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  • Photo du rédacteurMichel Teheux

L’homme exposé

Dernière mise à jour : 3 avr.

Vendredi Saint - Évangile selon saint Jean (18, 1 – 19, 42)



« Voici l’homme » !

Cri d’émerveillement, extase des premiers jours.

Dieu, au matin de l’univers, s’étonnait lui-même de l’œuvre jaillie de ses mains, pétrie avec une infinie tendresse.

Voici l’homme ! Oui, il était beau, l’homme émergeant du cœur de Dieu ; il était son bel ouvrage. « Tu es mon Fils ; moi aujourd’hui je t’ai engendré ».

 

Mais l’homme s’exila vite loin de son Dieu, de son père ; il s’expatria loin de la terre de sa genèse et préféra courir les grands chemins, s’entichant de faux prophètes : « vous serez comme des dieux » !

L’homme crut trouver son bonheur dans ses propres rêves, faire lui-même son bonheur.

 

« Voici l’homme » ! Un bébé pleurant dans une mangeoire, né aux détours des chemins. « Jésus ne revendiqua pas le rang qui l’égalait à Dieu ». Aux temps promis, il prit chair d’homme pour manifester que l’avenir de l’homme est en Dieu. Non pas une chair purifiée, préparée, mais la chair souillée, maltraitée qui est celle de tout homme.

 

« Voici l’homme » ! Couvert de crachats, raillé, ridiculisé, déchiré par l’homme qui est devenu un loup pour l’homme, traîné devant le tribunal de l’injustice. Méprisé, rebut du peuple, malmené, il n’avait même plus apparence humaine, je Juste qui s’est fait pécheur. « Voici l’homme », homme des douleurs ; pour l’éternité le Fils unique devenu fils d’homme se présente au Père pour lui dire éternellement : « voici l’homme » ; et Dieu connaîtra, pour toujours et par l’intérieur, ce que c’est que d’être un homme.

 

« Voici l’homme » ! Ils regarderont vers celui qu’ils avaient crucifié : corps pantelant de l’homme qui doit mourir, corps déchiré de celui qu’on torture en quelque coin de la terre, corps sanglant de ceux qui sont bafoués par trop d’injustice et d’inhumaine exploitation, corps brisé de ceux qui meurent d’avoir osé croire en l’amour.

 

« Voici l’homme » Regarde-le Père « ! Et pour les siècles le cri d’agonie du Fils fera monter vers le ciel la voix des sans-noms, la détresse des incompris, la plaine étouffée des malades, la souffrance ignorée des oubliés, le calvaire des laissés pour compte. « Voici l’homme », pauvre homme exposé à nu, sans fard et sans gloire, simplement homme.

 

« Voici l’homme » ! Réponse de Dieu répercutée à travers les siècles par le cri d’espérance de tant d’hommes et de femmes qui ont cru en l’annonce inimaginable et qui ont pris le relais de la confession de foi du matin de Pâques.

« Voici l’homme » ! L’homme nouveau, nouvel Adam ! Car demain, dans la nuit du tombeau, Dieu dira à celui qui n’avait plus apparence humaine : Tu es mon Fils, moi je t’ai engendré ! et lorsque la pierre sera roulée, Dieu dira aux hommes déconcertés : « Mon fils était mort et il est revenu à la vie ; voici l’Homme » !

 

Voici l’Homme ! À la triste présentation de Pilate répondra notre cri de foi « Mon Seigneur est mon Dieu » ! C’est le même homme et le Christ de Pâques porte les stigmates de la passion.

Et c’est bien pour cela que rien ni personne ne pourra jamais nous faire désespérer de l’homme. Lorsque tant d’événements, tant d’expériences nous font douloureusement constater, tragiquement reconnaître « voici l’Homme » ! surgie des profondeurs de notre foi.

Il y a comme en écho inverse, cette profession de foi : « Voici le Ressuscité » ! sur la croix, Dieu exposait à nu notre avenir et notre promesse. Depuis les jours du Golgotha rien ni personne ne pourra faire taire l’émerveillement des premiers matins : Que c’est bon l’homme d’être un homme » !

 

Michel Teheux


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