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« Pour des yeux accrocheurs » Des voyants

  • Photo du rédacteur: Michel Teheux
    Michel Teheux
  • il y a 4 heures
  • 4 min de lecture

4e Dimanche de Carême - 15 mars 2026

Évangile selon saint Jean 9, 1-41




Il se doutait bien peu du rôle qu’il serait appelé à jouer !

Familier de la nuit, sans horizon, sans autre regard que de deviner l’invisible. Ce n’était qu’un aveugle et un mendiant, sur le bord du chemin.

Un homme symbole. Peu ou prou chacun n’est-il pas prisonnier d’une nuit intérieure où restent enfermés trop de clairvoyances incapables de s’ouvrir sur la nouveauté du jour qui vient.

Un homme dont nous sommes tellement fières !

 

Il se doutait bien peu du rôle qu’il serait appelé à jouer !

Car l’aveugle mendiant va devenir le détonateur d’une Bonne Nouvelle pour ceux qui marchaient dans les ténèbres : pour eux une lumière à resplendi !

Le récit de sa guérison nous est donné pour nous conduire à l’invisible rendu enfin visible, au secret enfin manifesté, à la nuit enfin traversée par une promesse.

« Je suis la lumière du monde » affirme Jésus « Celui qui vient à moi n’est plus dans les ténèbres » !

 

Révélation, épiphanie, manifestation : tel est le miracle donné comme un signe.

« Le Verbe s’est fait chair et nous avons vu sa gloire, gloire éternelle qu’il tient du Père depuis toujours » !

Trait de lumière qui bouleverse la nuit des hommes. Malgré les apparences de toute puissance, la nuit est fragile : une étincelle brise son impérialisme. Il suffit qu’il s’entende la Parole de Jésus et sa prétention : « Je suis la Lumière du monde » pour que des hommes et des femmes relèvent la tête et, leur nuit soudain devenue jour, se remettent à espérer.

 

La Lumière était chez elle dans le monde, le Verbe de Dieu était chez lui parmi les hommes.

Mais les siens ne l’ont pas reconnu et ont préféré se replier dans leurs ténèbres.

Le récit de la guérison de l’aveugle de naissance, c’est l’histoire d’un jugement et l’ouverture d’un procès.

Désormais Jésus n’ira plus très loin : on le suivra dans tous ses faits et gestes, on contestera sa prétention. Les ténèbres préfèrent la nuit : vivre au grand jour sera toujours un risque et la nuit jette un voile pudique sur les mesquineries des hommes et sur la pâle fadeur de leur vie.

Mais la Lumière continuera d’être Lumière ; Jésus ira jusqu’au bout du chemin. De ce chemin qui va vers Siloé et, par-delà, en suivant le Cédron, à Gethsémani.

Le procès de Jésus est commencé où s’annonce déjà le Vendredi Saint. Mais quand sur le Golgotha la lumière semblera avoir été tuée, dressée comme un fanal sur l’histoire des hommes, la croix jugera le monde. Les ténèbres n’ont pu atteindre la Lumière.

 

« C’est pour un jugement que je suis venu », prétend Jésus « afin que ceux qui voient ne voient pas et que ceux qui pensent voir deviennent aveugles ».

Jugement de la Lumière débusquant les ténèbres ; jugement qui est dévoilement : la Lumière fouille nos cœurs et ne laisse aucune échappatoire, il faut accueillir le soleil ou fermer les volets.

 

Jugement de Dieu qui est dévoilement et illumination.

Des illuminés, voilà ce que sont les baptisés ! Ah si nous pouvions quelques fois être considérés comme des rêveurs, témoins de la folie de Dieu !

Notre foi est comme un sixième sens, comme si nous voyons l’invisible. Nul ne pourra démontrer la Lumière ; pour comprendre ce qu’elle est, il faut exposer notre visage aux rayons du soleil ; pour découvrir comment elle transforme le monde, il faut ouvrir les yeux.

Notre foi est illumination et commence au bord du chemin, lorsque nous attendons, prisonniers de notre nuit « Va te laver » nous dit Jésus et parce que nous avons entendu parler de Jésus, nous nous risquons à professer la confession de foi qui nous irradie : « Tu es le Christ, le Fils de Dieu vivant » ! Notre foi est cette illumination que rien ni personne ne peut nous démontrer : qui pourrait prouver la Lumière sinon en l’éprouvant, qui pourrait prouver l’amour, la bonté, la beauté, la joie sinon en la vivant ?

Baptisés, nous n’avons d’autre assurance dans notre fois que d’exposer notre vie à la chaleur de Dieu. Et pour repousser les ténèbres qui nous menacent, nous n’avons que les mots de notre amour : « Tu es le Bien-Aimé de Dieu, notre Lumière et notre Sauveur » ! Pour affronter la nuit nous n’avons que notre peu de foi, lampe fidèlement rallumée pour que les ténèbres ne soient pas victorieuses : « Je crois mais viens au secours de ma foi » !

La profession de foi du baptisé est bien autre chose que le credo hautement affirmatif des gens qui savent tout, elle est l’émerveillement et l’humble exposition devant une Lumière qui nous vient d’ailleurs.

 

Parce qu’elle est illumination, notre foi est aussi conversion.

Nul ne connait la Lumière s’il ne vient à la Lumière pour qu’elle irradie sa vie et la transfigure ; accueillir la Lumière débusque les ténèbres.

« Maintenant vous êtes devenus Lumière : vivez comme des fils de la Lumière » !

La Lumière dénonce les ombres trompeuses et les faux espoirs en qui nous voulions nous fier. Elle inonde de sa clarté le chemin de la vie, justice, amour, charité, service, pardon, vérité, espérance brillent en lettres de feu pour nous guider.

Baptisés, nous sommes des convertis, des illuminés, des voyants.

Comme si nous voyions l’invisible nous avançons et travaillons à la transfiguration de notre terre. Parce que notre regard a été lavé des fausses évidences, nous ne pouvons nous satisfaire d’un monde qui exploite l’homme, où l’injustice est la condition de la réussite et du bien-être, où un fossé sépare pays pauvres et pays riches. Comme la Lumière ne réchaufferait-elle pas notre cœur puisque nous nous exposons à son action : celui qui vient à la Lumière naît de la vérité.

 

Illumination et donc conversion, notre baptême inscrit en nous la nouveauté de Dieu.

Ayant contemplé la Bonne Nouvelle, comment ne serions-nous pas transfigurés par elle : que ne ferait-on pour des yeux accrocheurs ?

 

 

Michel Teheux




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