L’Église de la Pentecôte
- Michel Teheux

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Évangile selon saint Jean 20, 19-23

Le chrétien est de race communautaire ou il n’est pas.
On ne peut être chrétien tout seul, « chacun pour soi et Dieu pour tous » !
Le chrétien est membre d’un corps été détaché de ce corps, il est comme plante coupée de ses racines. Oui, nos racines, ce sont nos frères dans la foi.
Regardez donc les premiers jours de ce qui sera l’Église de Jésus. Des disciples apeurés, enfermés dans leur cénacle clos. Mais ils sont ensemble. Ils se rappellent ce qu’ils ont vécu avec le Maître, ils se souviennent de ses paroles : « Il est bon que je m’en aille », « vous vous souviendrez de ce que je vous ai dit », « Je suis le cep et vous êtes les sarments ». Ils se redisent les uns aux autres leur espérance et cette foi étonnante qui les a faits tout quitter, leur métier et leur famille, pour suivre cet homme. Ils méditent les Écritures et redécouvrent les grandes étapes du projet de Dieu, de son Alliance avec les hommes et leur cœur se réchauffe. Parce qu’ils sont ensemble, ils réapprennent les un des autres que tout cela doit avoir un sens, cette prédication qui a enthousiasmé les foules, cette montée vers Jérusalem et cette mort infâme, incompréhensible. L’Église est née de cet être ensemble des disciples.
Et l’Église ne pourra jamais oublier cette espérance fondatrice. Nous sommes chrétiens parce que nous tenons ensemble, parce que nous recevons notre foi les uns des autres et expérimentons la force de notre espérance dans notre charité commune. Être ensemble, ce n’est pas pour le chrétien une question de goût ou de sentiment, c’est une question de vie ou de mort : il n’y a de chrétien que dans et par l’Église et nous n’existons que comme « membres les uns des autres ».
Serait-ce dire que nous devons vivre ensemble par seule opportunité ? N’en déplaise à quelques politiciens opportunistes, « l’union fait la force » serait-ce donc que la raison de notre « être ensemble » est une règle sociologique qui prétend justement qu’on se sent plus fort si on est ensemble et que l’on est réellement plus forts lorsqu’on est ensemble ? Le fondement de notre « écclésialité » serait-ce donc la foi de tout corps social ? « Il répandit sur eux son souffle ».
Notre « être ensemble » est une question de souffle, de souffle vital.
Le fondement de l’Église n’est pas une volonté commune de vivre ensemble, c’est un don « je vous enverrai l’Esprit ». « Notre être ensemble » est une respiration ; c’est parce qu’un même sang irrigue le corps que le corps tient ensemble. « Sans moi vous ne pouvez rien faire » affirmait Jésus. L’Église est née dans la Pâque du Seigneur et du don de son Esprit : Église de la résurrection et de la Pentecôte.
Une foule regroupée pour une manifestation ou une fête peut bien avoir des revendications ou des réactions collectives, elle ne sait pas encore pour autant ce qu’est une vie commune.
Quand les hommes sont appelés à devenir un peuple, il leur fait apprendre à vivre ensemble.
Si les chrétiens vivent ensemble, c’est parce que leur naissance a été inscrite au même livre de vie. L’Église n’est pas fondée sur une quelconque unité de pensée, elle ne se forge pas dans l’actualisation d’un programme commun ; notre communion est une question de sang et de souffle.
« Vous êtes un édifice spirituel, un temple bâti par l’Esprit, les pierres vivantes de la demeure de Dieu ».
C’est l’admirable commentaire que donnera l’épître de Pierre. L’Église n’est pas d’abord une organisation bien rodée, un organigramme bien ficelé, une structure qui a fait ses preuves, cela ce serait une Église « humaine », taillée à la mesure des hommes.
L’Église de la Pentecôte est un corps vivant, des pierres vivantes qui s’ajustent les uns aux autres, comme les membres d’un même corps.
Membres, les uns des autres, nous devenons responsables les uns des autres. Car si un des membres de l’Église vient à manquer à l’Église, c’est tout le corps qui en pâtit.
Sans doute n’y a-t-il qu’une bonne manière de parler de l’Église de la Pentecôte : elle est la communion des saints.
Michel Teheux



