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« Qu’y a-t-il à voir » De la tentation à la transfiguration

  • Photo du rédacteur: Michel Teheux
    Michel Teheux
  • 26 févr.
  • 4 min de lecture

2e Dimanche de Carême - 1er mars 2026

Évangile selon saint Matthieu 17, 1-9




« Adam, où donc es-tu » ? L’Alliance du premier jour s’était dénouée en drame « J’ai eu peur et je me suis caché » !

L’homme s’est caché, loin de Dieu, il s’est caché, loin de lui-même : « Ils virent qu’ils étaient nus » : Adame ne pouvait plus se regarder parce qu’il ne pouvait plus voir Dieu. L’homme, un jour, redécouvrirait-il ce que c’est d’être un homme en découvrant son visage sur le regard amoureux de Dieu ?

 

« Levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus, seul »

Mais les disciples suivront-ils cet homme jusqu’au jardin de la passion ?

Le suivront-ils, ce Fils de l’homme, dont le visage sera plus défiguré que celui du lépreux dont on détourne le regard ? Au jardin de Gethsémani, Pierre, Jacques et Jean, d’effroi s’endormiront, puis lamentablement s’enfuiront ! Comme Adam, au jardin de la Genèse : « Tu m’as fait peur ; je me suis enfoui » !

 

« L’homme, qu’est-ce que l’homme » ? s’interrogeait le psalmiste.

Mais peut-être nous voilerons-nous la face lorsque nous découvrirons la réponse de Dieu.

 

Sur la montagne Jésus a été transfiguré devant ses disciples. Qu’ont-ils vu ?

Un visage rayonnant, des vêtements comme la lumière… Autant d’images pour dire que Dieu révèle sa présence et montre sa face, images traditionnelles de la Bible pour décrire la présence visible de l’Invisible.

Qu’ont-ils vu ? Moïse et Élie, la Loi et les Prophètes, encadrant ce Jésus pour attester que toute l’histoire de Dieu-avec-les-hommes, l’histoire sainte, rend témoignage à cet homme ; il est l’accomplissement des Écritures. Qu’ont-ils vu ?

Plus tard, sur une autre colline, ils ont vu un homme vêtu de rouge, le visage défiguré par la souffrance, un condamné couronné d’épines, rejeté, rebut d’humanité. Il portait toute la douleur du monde, un juste ajustement maltraité, un homme devenu l’ombre de lui-même. Leur propre image. Un homme montant au calvaire qui incarnait ce que nous sommes car qui pourrait bien reconnaître en nos vies dérisoirement humaines la beauté originelle qui éblouissait Dieu au point qu’il ne pouvait s’écrier au 6e jour de la création : « Ah que cela est beau » ! Qui pourrait reconnaitre en nos vies dérisoirement humaines un éclat de la splendeur dont nous sommes revêtus depuis le premier matin du monde ?

 

« L’homme, qu’est-ce que l’homme » ? s’interrogeait le psalmiste, et nous avec lui. Et voici la réponse donnée par Dieu lui-même : un homme sur la colline, tout à la fois sur le Thabor et sur le Calvaire.

 

Mais pour reconnaitre cette réponse de Dieu, il n’y a que trois hommes, trois disciples qui, après avoir pensé rêver : « restons ici et dressons trois tentes - ne pourront imaginer que la réalité soit si différente et s’enfuiront à Gethsémani.

 

Pour reconnaître la réponse de Dieu, il n’y aura à l’heure de la vraie manifestation qu’un étranger, un païen, un garde romain ; « Celui-ci était le Fils de Dieu » !

 

« L’homme, qu’est-ce que l’homme « ? s’interrogeait le psalmiste, et nous avec lui.

Dimanche dernier nous l’avions découvert tenté de ne pas oser rêver et de se contenter de n’être qu’un homme pétri de glaise et de terre lourde, tenté d’être un homme au rabais se satisfaisant de succédanés du désir qui est sa vie.

Aujourd’hui, nous sommes conviés à découvrir comment son rêve devient réalité.

« L »homme, qu’est-ce que l’homme ».  La réponse de Dieu c’est cet homme transfiguré au sommet de la colline, et c’est cet homme, le même blessé et agonisant au sommet de l’autre colline.

Notre caractère, c’est d’être un homme debout, la tête dans les nuages et non pas un rampant par terre. Mais notre caractère, c’est aussi de découvrir la valeur sacrée de cette pauvre vie humaine, dérisoirement humaine.

Notre caractère chrétien est de caractériser notre vie, humblement quotidienne, car c’est elle, et elle seulement, qui peut être transfigurée.

 

Parce que nous sommes baptisés, rien dans notre vie n’est étranger à Dieu.

C’est cette vie d’un homme prêchant dans les villages de Galilée printanière, c’est cette vie d’un homme allant jusqu’au terme de sa vie et montant au Golgotha, c’est cette vie-là, tissée de joies et de peines, d’espérances et d’échecs qui est la vie du Fils de Dieu. Le Transfiguré, icône vivante de Dieu et reflet de sa Gloire, c’est le Crucifié, homme des douleurs et rebut du peuple.

Désormais nous réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image (2Cor-3-18)

Notre dignité de baptisés n’est pas à côté ou au-dessus de notre vie humaine, elle transparait à travers elle.

 

« J’ai eu peur et je me suis caché » !

Adam voyant la dérision de sa vie pensait ne plus pouvoir regarder Dieu. Il lui faudra apprendre de Jésus que la vie de l’homme est le seul lieu où Dieu puisse transparaître.

 

Un visage, c’est extraordinaire…

Visage tendre et changeant de l’enfant qui a encore toute la vie devant lui.

Visage marqué de l’adulte.

Visage ridé du vieux qui porte les cicatrices de tant d’espoirs et tant de luttes.

Notre visage dit ce que nous sommes.

Le visage de Jésus portait en même temps les traits des paysans et des pêcheurs galiléens et le reflet de la Gloire éternelle de Dieu, visage d’un homme et icône de Dieu.

Contemplant ce visage unique, nous découvrons comme en un miroir la dignité insoupçonnée de notre vie et la beauté étonnante de notre visage : là dans notre existence pauvrement humaine se dévoile le lent travail de l’Esprit nous enfantant à la vie de Dieu. Là, dans cette vie qui porte tant de cicatrices et tant de rides, s’ébauche notre vrai portrait. L’Adam que nous sommes, au lieu de s’enfuir, doit plutôt se jeter dans les bras de Dieu pour s’entendre dire la Parole qui nous donne naissance : « Ah que tu es beau, de la glaise et j’e t’ai tiré pour te transfigurer, moi aujourd’hui, je t’ai engendré » !

 

Michel Teheux


 

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