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  • Photo du rédacteurMichel Teheux

Du masque de la transfiguration

Mercredi des Cendres - Évangile selon saint Matthieu (6,1-6.16-18)



Du carnaval à la Pâque


« Sortez masqués » ! La consigne était devenue habitude il n’y a pas si longtemps. Pour notre sécurité personnelle et pour la sauvegarde sociale !

Nous avons été contraints à vivre masqués. Mais cette obligation rendue «visible » n’était-elle déjà pas la condition de notre condition humaine ?

Tout compte fait, la vie ordinaire et quotidienne ne serait-elle pas un immense « carnaval » et les grands événements ne tiendraient-ils pas à leur aura, pour une part au moins, de leur mise en scène ?

Chacun de nous, chaque jour, avance masqués. Nous feignons la joie quand les larmes sont prêtes à jaillir. Bien que gais, nous affections un air ennuyé pour nous débarrasser d’un importun. Et que dire de celui ou celle qui applique sur son visage un masque de rondelles de concombres, les enlevant pour les remplacer par un maquillage, qui, parfois, prend des airs de théâtre…

 

Qui n’a rêvé d’être, un moment au moins, un autre que soi-même, de porter le visage qui arrache à la contingence de l’ordinaire, aux aléas du quotidien ?

Cette mascarade ne libère-t-elle pas les énergies, entraînant vers plus de vie, ouvrant des portes jugées fermées, à transgresser des interdits pour investir des possibles ? Qui n’a expérimenté ne pouvoir être « une personne » qu’en jouant un rôle qui permet de tenir une place dans la société ?

 

L’homme qui s’affuble d’une effigie ne « porte pas un masque ». Son « masque » et moins une représentation qu’un langage : il est pour les autres ce qu’il paraît. Il devient même le rôle qu’on lui fait jouer. Notre identité se résume-t-elle à un « jeu de rôles » ?

 

Du carnaval à l’Iconoclasme

Toute vie est « carnaval ». Le Mercredi des Cendres, un temps nous est donné pour faire tomber les masques. Quarante jours de conversion été de retournement. D’Iconoclasme.

 

Quarante jours, - un nouvel exode -, pour s’arracher à la terre d’esclavage – la terre où on ne s’appartient pas, où on est étranger, à soi-même, sans identité, aux autres – sans reconnaissance – et marcher vers celle qui, promise, sera donnée comme « notre » terre, comme « chez nous » où nous pourrons « demeurer (de-meurt, hors de la mort)

 

Au seuil de cette route et de cet itinéraire, le geste des cendres. La cendre, froide et sèche, qui dit la fragilité de l’existence, la poussière de notre paysage, le goût amer de nos prétentions à exister par nous-mêmes. Qui dit bien que toute existence est intrinsèquement marquée d’un signe de mort : Tu es poussière et tu retourneras en poussière !

 

Le carême nous dit : bas les masques ! dépouillement. Pour nous arracher aux idoles : notre vie comme un « sauve qui peut » indifférent aux détresses des autres, nous prétendions à tenir debout tout seuls, nos rêves de tout savoir et de tout vouloir, tout de suite, d’être transparent, sans équivoque et sans compromission, sans compromis.

Iconoclasme de nos prétentions sacrilèges, de nos autonomies mortifères, de nos moralismes irréalistes. Les masques que nous revêtons ou qu’on nous fait porter sont toujours proches de l’idole. Et l’idole arrête à elle-même au lieu d’être passage vers un au-delà, balise sur un itinéraire toujours à faire. Et l’idole exige déférence au lieu d’être invitation à sonder le mystère.

L’idole accapare au lieu d’être médiatrice d’initiation. Idole mortifère, l’inverse de l’icône qui transfigure.

 

De l’idole à la transfiguration

Quarante jours iconoclastes pour un parcours ; un exode – pascal – transfiguration. Si la cendre est déposée sur nos fronts ou dans nos mains, ce n’est pas seulement nous arracher aux faux semblants de nos idoles, c’est aussi pour nous entendre dire : reviens au terre-à-terre de tous les jours, à tes combats sans pour autant oublier que la terre promise, fruit de tes conquêtes, sera aussi don de grâce.

 

Prends la terre à pleines mains, bâtis une demeure où il fera bon vivre en frères ; la terre d’où tu viens, la matrice, est aussi à habiter, pour la changer, la transformer. Si la cendre est la pressante invitation à mettre bas les masques, c’est pour transfigurer nos idoles et nous rendre capables d’être revêtus de l’Homme nouveau. « Ce qui vous est donné ne transparaît pas encore, devenez ce que vous êtes » ! (Paul)

 

Au creux de nos mains, sur nos fronts, la cendre. Pour nous mettre en route vers Pâques : tu es plus que la poussière ; sous la cendre, les braises demandent à te réchauffer. Il n’y a de carême que pour être transfiguré au Christ ressuscité : la cendre deviendra le Feu Nouveau de la Nuit Pascale et c’est Dieu lui-même qui s’émerveillera après avoir pétri ton visage de glaise et ton masque de terreux : Ah que c’est beau, l’homme sorti de nos mains.


Michel Teheux



2024 - MERCREDI DES CENDRES
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