« Voués à la passion… »
- Michel Teheux

- 6 sept. 2025
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23e dimanche du temps ordinaire - 7 septembre 2025
Évangile selon saint Luc 14, 25-33

L’appel de Jésus est abrupt : il demande à des hommes de jouer leur vie pour lui, avec la priorité la plus radicale. Jésus a pris la route de Jérusalem. À l’horizon se profile déjà la croix. Il ira jusqu’au bout de sa vie livrée à l’amour, il ira jusqu’au bout de sa passion. Celui qui a dit : « Que votre oui soit oui, que votre non soi non », a été le premier à vivre son oui donné à la vocation reçue de Dieu. Dieu, sans se tromper, pouvait dire au baptême : « Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé en qui j’ai mis toute ma complaisance, écoutez-le ».
Il n’y a pas deux évangiles sortis de la bouche de Jésus : d’une part un enseignement bon-enfant, très humain, un peu bohème, jailli en des heures de sourires et d’indulgence, et, d’autre part, un enseignement rigoriste, fanatique, proclamé en des heures de colère et d’exaspération. C’est dans le prisme de nos verroteries que la lumière se décompose, pas dans sa source.
« Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi, ne peut être mon disciple ».
« Je suis le chemin et la vie ». Il n’y a pas deux chemins pour accéder au Père, le Fils sait où il va lorsqu’il monte vers le calvaire.
« Porter sa croix ». Il ne s’agit pas d’une métaphore pour désigner les épreuves, les efforts, les pesanteurs de la vie, il s’agit de la pièce de bois sur laquelle les Romains clouaient les condamnés. Pour Jésus, c’est la réalité même d’une vie livrée à l’amour, sans reprise. Celui qui se porte volontairement à la suite de Jésus accepte de partager sa vie et sa mort.
« Quel est celui d’entre vous qui veut bâtir une tour et qui ne commence par s’asseoir » ? Nous sommes voués à toutes les passions du Christ, sa passion d’humanité et sa passion de Dieu, sa passion d’amour et sa passion de don. Jésus crie l’urgence du Royaume. Il dit toute porche, imminente, disponible, cette réalité tant attendue : un monde bouleversé par Dieu. Il s’agit de se décider à entrer par la porte étroite. C’est la sève de l’humanité que Jésus vient changer : par ses paroles et ses attitudes, il vient bousculer les mystères sociaux, politiques et religieux. Cet homme est dangereux et ses ennemis ne s’y tromperont pas : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure plutôt que tout le peuple… »
Si quelqu’un veut marcher derrière moi… ». Qu’est-ce que « suivre » Jésus aujourd’hui ? Certains ont des réponses immédiates à cette question, des réponses de propriétaires du Christ, comme s’ils utilisaient Jésus pour figer et consacrer leur manière de vivre. D’autres sont prêts à dire que la question n’a plus beaucoup de sens, comme si nous avions assimilé ce qu’il y avait d’assimilable dans le message de ce doux utopiste de Nazareth… « Suivre Jésus » ne serait-ce pas plutôt le laisser survenir, toujours dérangeant, toujours inépuisable ?
Ne serait-ce pas accepter qu’il vienne fissurer nos bien-être et nos assurances, nos théories et nos pratiques ? Ne serait-ce pas commencer et toujours recommencer avec lui, avec une prudence craintive ? Ne serait-ce pas faire entrer dans le jeu celui qui disait : « vous ne pouvez vivre si je ne demeure chez vous », si bien qu’un jour nous pourrons dire : « Pour moi vivre, c’est le Christ ».
« Voilà un homme qui commence à bâtir et qui ne peut achever » !
Tout est possible pour Dieu lorsqu’il commence à nous parler.
Il n’y aurait à désespérer que si la parole vive de Dieu venait à s’éteindre. Mais à chaque âge de l’Eglise se sont levés des hommes et des femmes qui ont dit : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre ».
Frères et sœurs, accepterez-vous de vous laisser prendre au jeu de la Parole de Jésus ?
Vous déciderez en connaissance de cause : il est temps de revenir en arrière.
« Qui m’aime me suive », disons-nous familièrement.
C’est avec cette invitation que je vous laisse, non pas seuls avec vous-mêmes, mais vous débattre avec l’Esprit de Jésus que vous avez reçu.
Michel Teheux



