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Le Noël des mages

  • Photo du rédacteur: Michel Teheux
    Michel Teheux
  • il y a 6 jours
  • 3 min de lecture

L'Épiphanie du Seigneur — 4 janvier 2026

Évangile selon saint Matthieu 2, 1-12




Panique à Jérusalem ! Des étrangers, toujours suspects, incirconcis de surcroit et venus de l’Orient comme les anciens envahisseurs, se disent à la recherche d’un roi qui serait né en Judée.

 

La nouvelle a vite fait le tour de la ville, semant à la fois inquiétude et espérance. On comprend sans peine le trouble du prince en place… Il y a la concurrence en l’air… Agitation aussi parmi les chefs religieux, leurs théologiens et exégètes consultés ! Un roi, c’est possible, depuis des générations et des générations on l’attend ce libérateur, ce Messie : mais si les temps étaient accomplis, les hommes de la religion le sauraient.

En face de la sagesse des experts, qui peuvent les affirmations de quelques excités, qui fondent leur conviction sur une étoile ?

L’histoire ira en se répétant : demain les petits et les réprouvés laisseront parler la spontanéité de leur foi et l’étonnement de leur cœur tandis que les puissants et les savants se perdront dans des querelles d’école et des discussions rabbiniques.

Aujourd’hui, Hérode envoie la troupe pour mettre son pouvoir à l’abri au prix du massacre des innocents, demain on dressera une potence d’infamie. Tandis que les mages s’agenouillent devant celui qu’ils reconnaissent comme le Roi, demain on offrira au prédicateur de Galilée le trône sanglant de la croix.

 

Demain aussi les premiers à reconnaître le Sauveur et à entrer dans l’Église, ce seront des incirconcis païens, étrangers au peuple choisi, grecs, mèdes et parthes, élamites et romains, tandis que les fils d’Israël entreront difficilement dans le mouvement surprenant de la Bonne Nouvelle. La foi et la confiance dans l’avenir, leur ardeur missionnaire, rendront plus d’une foi fade et incolore la fidélité des « anciens » enfermés dans leurs schémas doctrinaux, prudents et soupçonneux.

Demain l’Église sera celle des mages et des chercheurs, non celle des religieux imbus de leurs privilèges et de leurs droits.

 

L’Épiphanie du Sauveur fera l’émerveillement de quelques chercheurs tandis qu’elle agacera les gens pieux désarçonnés.

L’histoire encore ira en se répétant. Tentation pour l’Église d’aujourd’hui d’enfermer le Sauveur derrière les barreaux d’une culture, d’une civilisation, d’une race.

Tentation de monopoliser la vérité tout entière et donner prise à la jalousie soupçonneuse de nous croire propriétaires de Jésus Christ, seuls aptes à le rencontrer vraiment, à le comprendre, à le suivre.

 

L’Épiphanie est un appel à découvrir Dieu là où il donne des signes de sa présence, dans la fragilité d’un enfant, l’intuition de ceux qui cherchent, la naïveté de ceux qui croient encore aux étoiles ! Invitation pressante à la modestie dans nos certitudes, au profond respect des différences, au dépassement des étroitesses paralysantes.

 

L’Épiphanie est le rendez-vous universel auprès de la crèche.

Manifestation du sens caché de toute recherche vraie et sincère : Dieu ne se découvre pas dans la sagesse des sages ni dans les canons des affirmations orthodoxes : il se dévoile dans la marche hésitante d’hommes qui sont fidèles au désir qui les pousse à avancer. Les « découvreurs de Dieu » resteront des étonnés et des passionnés.

Jusqu’au jour où sera manifesté la valeur secrète de leur recherche : « Venez les bénis de mon Père » leur sera-t-il dit au jour du jugement. Ils ne se doutaient pas que Dieu avait pris visage d’assoiffé, de malade, d’étranger, de délaissé.

Ils apprendront que le lieu de la présence réelle du Sauveur, c’est cette vie de recherche et de passion, de désir et de tâtonnements : c’est à Bethléem, la maison du pain, et non à Jérusalem, la sainte et la fière que Dieu se donne à voir.

 

 

Michel Teheux



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