La révélation de Dieu
- Michel Teheux

- 26 déc. 2025
- 4 min de lecture
Noël — 25 décembre 2025
Évangile selon saint Jean 1, 1-18

Je ne crois pas en Dieu !
Frères et sœurs, c’est la Bonne Nouvelles de Noël !
Nous ne croyons pas en Dieu comme nous a appris Dieu.
Comme un étranger. Comme un potentat tout puissant, dominateur, surveillant depuis le 7e ciel, divin organisateur de l’ordre créé.
Nous ne croyons pas en Dieu comme le sentiment religieux nous a éveillé sentiment de Dieu, garant de l’ordre moral, dispensateur de grâces et souverain rétributeur ; garant de l’ordre social, suprême alibi de toutes les dictatures.
Nous ne croyons pas en Dieu qui serait Dieu, c’est-à-dire d’autant plus divin qu’il est moins humain, un Dieu qui ne serait Dieu qu’en entrant en concurrence avec l’homme. Nous ne croyons pas en Dieu qui serait Dieu contre l’homme.
Car, aujourd’hui, en cette nuit, Dieu nous dit son nom, il nous dit qu’il n’est pas Dieu, pas Dieu comme Dieu est censé être Dieu. Car Dieu nous dit qu’il porte comme nom personnel le nom d’un homme : Dieu de Jésus de Nazareth.
Car Dieu nous dit par son nom ce qu’il est : Emmanuel, Dieu-avec-nous.
Aujourd’hui nous célébrons un grand mystère : Dieu se reconnait comme Dieu lorsqu’il prend visage d’homme ; Dieu, depuis le premier matin de l’univers où il s’émerveillait en regardant l’homme sorti de ses mains et à son image et à sa ressemblance, a besoin d’un vis-à-vis d’un être en face de lui pour dire son nom.
Dieu n’existe pas en lui-même, suffisant, satisfait : Dieu n’existe pas comme Dieu pour Dieu mais avec l’homme, pour l’homme.
« Il vous est né un Sauveur » ! Aujourd’hui s’incarne le projet éternel de Dieu.
Aujourd’hui Dieu donne chair à son désir secret, nuit où Dieu se montre à découvert, à visage nu. Dieu fait paraître au grand jour ses envies et ses rêves.
Car depuis toujours Dieu s’était pris de passion pour l’homme. Infiniment passionné, comme tous les amoureux, Dieu s’était mis à vouloir parler le langage de l’être aimé, à se faire son conjoint, à nouer avec lui une alliance tissée de tendresse et d’affection.
Aujourd’hui, Dieu nous montre ce qu’il a dans le cœur, il révèle au grand jour ses sentiments et sa raison de vivre. Comme tous les amoureux. Dieu ne vit plus sans celui qu’il aime et Dien n’a pas peur de cette nuit de faire étalage de sa passion : Dieu dit à la face du monde qu’il veut faire vie commune avec l’homme.
À Noël est révélé pour tous les siècles, ceux d’hier et ceux de demain, le secret de Dieu : ce qui se dit en Dieu depuis toujours devient public, Dieu rend sa liaison et nous nous répétons les uns aux autres : Dieu est heureux de devenir un homme.
L’épaisseur de l’histoire craque en laissant surgir la Parole qui libère : le Verbe s’est fait chair. Aujourd’hui est révélé le secret qui dit le sens de notre vie, où est dévoilé la promesse qui empêche l’histoire des hommes d’aller nulle part : c’est un bonheur pour Dieu de devenir un homme. C’est donc un bonheur pour nous de vivre notre vie d’homme ! Le Verbe s’est fait chair, il a planté sa tente parmi nous. Noël est autre chose qu’une fête doucereuse, c’est une fête qui bouleverse notre manière de concevoir, de vivre notre vie d’homme. Une fête révolutionnaire.
Révolution aujourd’hui : l’enchaînement des siècles est scandé par la mémoire que dieu fait toujours toutes choses nouvelles.
Révolution aujourd’hui : le long, le pénible cheminement de l’humanité vers plus d’humanité, l’enfantement d’une terre enfin habitable pour tous est traversé par une promesse. L’avenir réussira.
Révolution aujourd’hui : l’ordinaire est extraordinaire puisque Dieu n’a eu que le quotidien pour dire son éternité. Grande chose que notre journalier ; il s’inscrit déjà ce que Dieu fait advenir. Grande chose que nos amours hésitants, trébuchants : ils disent la source dont ils sont nés, l’Amour qui est Dieu ! Grande chose que nos efforts pour construire un monde plus humain : dans leur dérision même en face de l’immensité de la tâche, ils donnent déjà figure au monde désiré par dieu ! Grande chose que nos tentatives pour nouer des solidarités qui, pourtant, sont toujours remises en question : elles inscrivent, laborieusement sans doute mais victorieusement, la communion qui est l’avenir de l’homme !
Le Verbe qui est Dieu s’est fait chair, il a habité parmi nous : l’incroyable nouvelle traverse les siècles : notre vie, personnelle et collective, est à la mesure de la révélation de Dieu.
Noël : l’épaisseur du quotidien craque pour être élevé à la hauteur de l’éternité, ce qui est banalement humain devient le lieu où souffle l’Esprit qui font toutes choses nouvelles.
« Il a fait sa demeure chez nous » ! Notre humanité est donc celle de Dieu. Cieux qui rient et qui pleurent, petits et grands qui s’émerveillent, et ceux qui se désespèrent. Dieu se faufile dans la simple histoire humaine : la nuit n’est pas si froide, l’histoire terreuse des hommes n’est plus si lourde. Il faut juste donner une petite place. Même dans une étable ténébreuse. Il fera le reste en grandissant. Pour être tout en tous.
Michel Teheux



