Un regard du cœur… saisi de compassion
- Frédéric Kienen

- il y a 3 jours
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11e dimanche du temps ordinaire
Ex 19,2-6a ; Rm 5,6-11 et Mt 9,36-10,8


Chers Frères et Sœurs,
Avez-vous remarqué que l’Évangile que nous venons de partager ensemble relève d’une grande douceur… parce qu'il nous montre d'abord le cœur de Jésus. Avant même d'envoyer ses apôtres, de leur confier une mission ou de leur demander quoi que ce soit, Jésus regarde les foules. Et ce regard n'est pas celui d'un chef qui distribue des tâches ; c'est le regard d'un berger qui aime, au point d’être « saisi de compassion ». Autrement dit, il est profondément touché par ce qu'il voit, par les souffrances, les inquiétudes, les blessures et les égarements de ceux qui viennent à lui. Et c'est à partir de cette compassion qu’émerge la mission destinée aux apôtres à peine nommés et reconnus.
Jésus appelle donc les Douze par leur nom et leur donne un pouvoir particulier pour leur mission : guérir, relever, libérer, annoncer que le Royaume de Dieu est tout proche. Pourtant, à notre grand étonnement (voire incompréhension pour notre regard moderne), il ne les envoie pas partout. Au contraire, il limite même leur champ d'action. Non pas parce que Jésus voudrait exclure certains, mais parce qu'il connaît ceux qu'il envoie. Plus précisément, Jésus connait leurs qualités, mais aussi leurs fragilités. Parmi eux se trouve Judas, déjà reconnu par Jésus comme celui qui le trahira… sans oublier les onze autres qui le renieront ou l’abandonneront au pied de la Croix. Bref, Jésus n'ignore rien de leurs faiblesses. Et malgré cela, il leur fait confiance.
Entre nous, ce regard de Jésus est profondément réconfortant, surtout pour nous aujourd’hui. En effet, bien souvent, en raison de notre culture de la réussite, nous avons tendance à penser que Dieu appelle les meilleurs, les plus capables, les plus saints. Or, l'Évangile nous montre tout le contraire. Jésus appelle d’abord des hommes ordinaires, avec leurs limites, leurs peurs et leurs incohérences. Et c’est à partir de ce qu’ils sont qu’il leur confie une mission adaptée à leur capacité à ce moment-là.
N'est-ce pas aussi ce qu'il fait avec chacun de nous ? Le jour de notre baptême, nous avons nous aussi reçu un pouvoir, celui de l'Esprit Saint. Nous avons été marqués de l'amour de Dieu et envoyés pour en être les témoins. Alors, c’est vrai… parfois, nous nous sentons trop faibles pour cela. Nous voyons davantage nos limites que les dons que Dieu a déposés en nous. Nous nous disons que notre foi n'est pas assez forte, que nous ne savons pas assez bien parler de Dieu, que d'autres seraient plus compétents que nous. Pourtant, le Seigneur ne nous demande pas d'être parfaits. Il nous demande simplement de lui faire confiance.
Alors, c’est vrai… nous ne sommes pas tous appelés à parcourir les routes ou à prêcher devant des foules. Mais, par ce don de l’Esprit d’amour, nous avons déjà tous quelqu'un à aimer davantage, quelqu'un à écouter, à réconforter, à encourager. Nous avons tous cette petite part de l'Évangile à faire rayonner autour de nous, comme une lumière d’amour même infime et qui possède pourtant déjà en elle-même le pouvoir de repousser les ténèbres de l’abattement ou du désarroi. Comme les apôtres, nous n'avons pas à porter le monde entier sur nos épaules. Nous avons seulement à répondre fidèlement à l'appel qu'il nous adresse aujourd'hui. Et pour trouver cette force de répondre, nous savons où regarder.
Vendredi dernier, nous célébrions la solennité du Sacré-Cœur de Jésus. Quel beau rappel ! Car la source de notre mission n'est pas d'abord notre courage ou notre bonne volonté, mais bien dans ce Cœur ouvert pour nous. C'est là, dans ce cœur, que nous puisons la force d'aimer lorsque l'amour devient exigeant ; c'est là, dans ce cœur que nous trouvons la patience de pardonner, la persévérance de servir et la joie de continuer malgré nos découragements.
Pour conclure, chers Frères et Sœurs, rappelons-nous qu’avant même notre baptême, le Christ nous a appelé chacun par notre nom pour faire de nous les enfants du même Père. De même, plus nous nous approchons du Cœur du Christ qui bat pour chacun de nous, plus son amour peut transformer le nôtre. Alors, peu à peu, nous apprenons à regarder les autres avec davantage de compassion et de bienveillance ; peu à peu, nous apprenons à accueillir leurs fragilités comme Dieu accueille les nôtres, et à devenir à notre tour des témoins de sa tendresse.
Alors, aujourd'hui, demandons simplement la grâce de ne pas avoir peur de nos limites, mais bien de les révéler pour laisser notre Seigneur les transformer. Car oui… il les connaît déjà… mais elles ne l'empêchent pas de nous appeler encore par notre nom avec ce même regard d’amour posé sur chacun de nous ; nous qui sommes envoyés non parce que nous sommes parfaits… mais parce que nous sommes aimés et pouvons aimer en retour.
Amen. Alléluia !
Frédéric Kienen



