Le retable du Royaume de Dieu – Deuxième volet - « Miséricorde, Croissance et Discrétion »
- Frédéric Kienen

- 18 juil.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 6 heures
16e dimanche du temps ordinaire
Rm 8, 26-27 et Mt 13, 24-43

Chers Frères et Sœurs,
Depuis dimanche dernier, comme un retable illustrant le Royaume de Dieu, la liturgie nous fait découvrir trois passages de l’Évangile de Matthieu sous la forme d’un triptyque de paraboles. Rappelez-vous, comme premier volet, Jésus nous racontait la parabole du Semeur pour en poser le fondement de ce Royaume : la patience de Dieu. Et aujourd'hui, comme second volet, Jésus poursuit son enseignement en nous offrant trois nouvelles paraboles, avant de conclure dimanche prochain avec les trois dernières. Sept paraboles en tout donc ! Ce chiffre n’est pas un hasard car il est le symbole de la plénitude. Et cette plénitude porte sur l’enseignement de Jésus qui nous révèle entièrement le Royaume de Dieu. La révélation est donc complète, certes… mais n'oublions jamais qu'une parabole demeure une parabole. Elle est une image à traduire et à relier à notre vie ; une invitation à réfléchir, à nous laisser déplacer et à grandir dans la foi. Ainsi, chacune de ces sept images révèle une facette du Royaume déjà à l'œuvre en nous, dans notre vie de foi. Mais reprenons notre méditation et découvrons ensemble ses trois nouvelles facettes : la miséricorde, la croissance et la discrétion.
Tout d’abord, la première parabole, celle dite du bon grain et de l'ivraie, illustre la miséricorde de Dieu… face à notre impatience naturelle à juger. En effet, avouons-le, nous aimerions souvent que tout soit simple : d'un côté les bons, de l'autre les mauvais ; d'un côté le bien, de l'autre le mal. Pourtant, Jésus nous montre par une image que la réalité est bien plus nuancée. Dans un même champ poussent ensemble le bon grain et l'ivraie. Ce champ, c'est le monde évidemment, mais c'est surtout notre propre cœur ; cette terre en chacun de nous où poussent de belles semences que le Semeur a déposées, mais aussi des semences des fragilités, des blessures, des incohérences déposées par d’autres ou par nous-mêmes. Alors, c’est vrai… devant l’incohérence de ce champ, tout comme les disciples, notre premier réflexe serait d'arracher immédiatement tout ce qui ne va pas pour uniformiser l’ensemble. Or, Dieu, lui, agit autrement. En tant que Semeur et celui qui récolte la moisson, il préfère laisser du temps, parce qu'il croit toujours que le bon grain peut encore grandir. Plus précisément, du fait qu’il ne renonce jamais à nous, car celui qui ressemble aujourd'hui à de l'ivraie peut encore devenir du bon grain par la conversion. Et il sait aussi qu'il existe en chacun de nous un mélange de lumière et d'ombre. Sa patience est donc l'expression de sa miséricorde ; miséricorde qu’il nous engage à vivre concrètement dans notre vie de foi en veillant à trier nous-mêmes le bon grain de l’ivraie, c’est-à-dire en ne jugeant pas trop vite les autres ni nous-mêmes.
La deuxième parabole, celle de la graine de moutarde, nous révèle une autre facette de cette patience de Dieu. Cette fois, il ne s'agit plus de supporter la coexistence du bien et du mal, mais d'accepter le rythme même de la vie. Car, reconnaissons-le, nous aimons ce qui est grand, visible, efficace. Nous rêvons d'une foi qui porterait immédiatement ses fruits, d'une Église qui rayonnerait sans difficulté, d'une conversion qui changerait tout en un instant. Pourtant, Jésus attire notre regard sur ce qu'il y a de plus petit : une simple graine de moutarde, presque insignifiante, mais qui porte déjà en elle toute la promesse d'un grand arbre. Voilà le regard de Dieu. Là où nous ne voyons qu'un commencement fragile, lui contemple déjà l'accomplissement. Il ne mesure pas son Royaume à ce qui est visible aujourd'hui, mais à la vie qu'il a lui-même déposée au cœur de cette petite semence. C'est pourquoi il ne brusque jamais la croissance. Il laisse à chaque étape le temps d'accomplir son œuvre, afin que les racines deviennent solides et que l'arbre puisse, un jour, offrir un refuge aux oiseaux du ciel. La patience de Dieu est ainsi une invitation à ne jamais mépriser les petits commencements de la grâce : une prière retrouvée, une parole d'Évangile qui nous rejoint, un geste de pardon, un enfant qui découvre la foi… Rien n'est encore spectaculaire, mais tout est déjà habité par la puissance de Dieu.
Enfin, la parabole du levain vient compléter cette révélation en nous montrant que le Royaume ne grandit pas seulement avec le temps ; il transforme aussi en profondeur. Et cela aussi bouscule nos attentes. Car nous aimerions souvent voir Dieu agir de manière éclatante, avec des signes évidents qui dissiperaient tous nos doutes. Or Jésus choisit l'image d'un levain que l'on enfouit dans la pâte. Une fois mélangé, il disparaît complètement ; personne ne peut plus le distinguer. Pourtant, c'est précisément dans cet effacement que réside sa force : il pénètre toute la pâte jusqu'à la faire lever entièrement. Ainsi en est-il de l'œuvre de Dieu dans nos vies. Bien souvent, nous ne percevons pas son action au quotidien. Nous avons même parfois l'impression que rien ne change. Pourtant, dans le secret de notre cœur, sa Parole continue de travailler, l'Eucharistie nous façonne peu à peu, les épreuves purifient notre foi, les actes de charité élargissent notre cœur. La patience de Dieu prend ici le visage de la discrétion : il ne transforme pas l'homme de l'extérieur en imposant sa puissance ; il le transforme de l'intérieur en respectant sa liberté. Et lorsque toute la pâte aura levé, nous découvrirons que, depuis le commencement, Dieu était déjà à l'œuvre, silencieusement mais inlassablement.
Pour conclure, chers Frères et Sœurs, le second volet de notre retable du Royaume de Dieu nous en révèle son véritable visage ; celle du Père discret et miséricordieux, qui croit en chacun de ses enfants plus qu’il ne croit en lui-même. Car si Dieu est patient avec nous, c'est toujours parce qu'il sait que son amour aura, en définitive, le dernier mot.
Aussi, demandons aujourd’hui à notre Père d’enlever peu à peu l'ivraie de nos vies, de faire grandir la petite graine de foi qu'il a semée en nous et d’accueillir son Esprit d’amour comme le levain capable de transformer toute notre existence. Alors, à notre tour, nous deviendrons des artisans de son Royaume qui est déjà au milieu de nous et qui continue, humblement mais sûrement, à porter du fruit.
Amen ! Alléluia !
Frédéric Kienen



