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L’encouragement fraternel

Photo du rédacteur: Frédéric Kienen
Frédéric Kienen
il y a 7 jours
3 min de lecture

23e dimanche du temps ordinaire

Rm 13, 8-10 ; Mt 18,15-20


Chers Frères et Sœurs,


« N’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel. » Cette parole de saint Paul nous ouvre particulièrement bien à l’Évangile que nous venons d’entendre. Elle nous rappelle que nos relations fraternelles ne sont jamais simplement affaire de droits, de torts ou de comptes à régler. Il existe entre nous une dette particulière, celle de l’amour : nous nous devons les uns aux autres cette attention, cette bienveillance, cette patience qui permettent à chacun de grandir et à nos relations de demeurer vivantes. Et c’est justement dans ce contexte que Jésus nous parle aujourd’hui de nos relations avec nos frères et nos sœurs.


En effet, spontanément, nous appelons ce passage de l’Évangile celui de la « correction fraternelle ». Et il est vrai que Jésus nous demande d’avoir le courage de parler lorsqu’un frère s’égare : d’abord seul à seul, puis, si nécessaire, avec d’autres. Mais peut-être faut-il nous arrêter un instant sur cette expression de « correction fraternelle ». Car corriger quelqu’un n’est jamais anodin. Nous pouvons facilement glisser de la correction au jugement. Nous pouvons vouloir expliquer à l’autre ce qu’il a mal fait, lui montrer son erreur, lui faire comprendre qu’il aurait dû agir autrement. Et, sans même nous en rendre compte, nous pouvons prendre une position de supériorité : nous savons, l’autre se trompe. À ce moment-là, la correction risque de ne plus être fraternelle. Elle peut devenir une manière de nous élever en abaissant l’autre.


Or, Jésus ne nous demande pas de gagner contre notre frère, mais bien de gagner notre frère. C’est une nuance essentielle, car il déplace le sens même de la relation. Plus précisément, le but ici n’est pas d’avoir raison, mais de ne pas perdre la relation. Le but ici n’est pas de montrer à l’autre qu’il s’est trompé, mais bien lui permettre de retrouver un chemin. C’est pourquoi nous pourrions peut-être parler moins de « correction fraternelle » que d’« encouragement fraternel »… et cela change tout !


Encourager quelqu’un dépasse la simple correction en nous faisant entrer dans une autre logique. En effet, la correction cherche à faire voir à l’autre ce qui ne va pas, tandis que l’encouragement cherche à faire grandir ce qui peut devenir meilleur ; la correction part de la faute pour demander un changement, tandis que l’encouragement part de la relation pour ouvrir un chemin. Et surtout, l’encouragement ne place pas l’un au-dessus de l’autre, dans le sens où il ne dit pas : « Nous savons, et tu dois changer », mais plutôt : « Nous avons encore un chemin à parcourir ensemble. » Ainsi, dans l’Évangile, il ne s’agit finalement pas de savoir lequel des deux frères doit avoir raison, non… cela nous reconduirait à la seule correction. Il s’agit de voir que l’encouragement seul permet à ces deux frères de renouer leur relation. Mais que faire si la distance demeure trop grande entre eux ? C’est ici que la dernière parole de Jésus devient particulièrement importante : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »


Nous avons souvent entendu cette phrase comme une belle promesse sur la prière en communauté : même si nous ne sommes que deux ou trois, Jésus est présent parmi nous. Mais, dans le contexte de cet Évangile, cette parole prend une profondeur particulière : le Christ est là au milieu de la relation. Autrement dit, il n’est pas simplement un troisième personnage qui s’ajouterait à deux personnes en conflit. Il est celui qui peut devenir le lien entre elles. Plus précisément, lorsque deux frères ne parviennent plus à se comprendre, lorsque la blessure, l’orgueil ou le ressentiment les sépare au point que tout contact devient impossible, le Christ vient se placer au milieu. Non pas pour prendre parti pour l’un contre l’autre, mais pour les conduire tous les deux vers lui. Car le Christ, prince de la paix, est lui-même le chemin vers l’Amour, vers ce but ultime vers lequel toutes nos relations sont appelées à tendre. Alors, l’enjeu n’est plus : « Qui va gagner ? » Ni même : « Qui a raison ? » L’enjeu devient : « Comment allons-nous retrouver ensemble le chemin de l’Amour ? »


Pour conclure, chers Frères et Sœurs, nous touchons le véritable sens de l’encouragement fraternel qui ne consiste pas à tirer l’autre vers nous, vers notre manière de voir ou de penser, mais à nous laisser d’abord attirer ensemble par le Christ. Car lorsque nous nous retrouvons au nom et autour du Christ, quelque chose peut changer. Nous ne sommes plus simplement deux frères face à face, avec nos différences, nos blessures ou nos désaccords ; nous devenons deux frères tournés ensemble vers le Christ, pour avancer ensemble sur son chemin, celui de l’amour… l’un avec l’autre, et tous deux avec lui.


Amen. Alléluia !

 

Frédéric Kienen




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