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Le retable du Royaume de Dieu – Troisième volet - « Joie, Engagement absolu et Responsabilité »

  • Photo du rédacteur: Frédéric Kienen
    Frédéric Kienen
  • il y a 3 jours
  • 5 min de lecture

17e dimanche du temps ordinaire

1R 3 ,5.7-12, Rm 8,28-30 et Mt 13, 44-52


Chers Frères et Sœurs,


Depuis trois dimanches, la liturgie nous fait contempler le Royaume de Dieu comme un magnifique retable en trois volets. Le premier nous présentait la parabole du Semeur où tout commençait par la générosité de Dieu qui sème sa Parole à pleine poignée. Le deuxième nous révélait trois autres facettes du visage de Dieu, dont la miséricorde à travers le bon grain et l'ivraie, la croissance avec le grain de sénevé et la puissance discrète du levain dans la pâte. Aujourd'hui, ce troisième et dernier volet vient parachever l'ensemble avec trois nouvelles paraboles : le trésor caché, la perle de grand prix et le filet jeté dans la mer. Trois images qui nous dévoilent ainsi trois nouveaux traits du visage de Dieu : la joie, l'engagement absolu et la responsabilité. Mais pour entrer pleinement dans ces paraboles et les relier à celles que nous avons contemplées depuis trois semaines, il nous faut une dernière clé. Cette clé, les Lectures de ce jour nous la donnent elles-mêmes… c'est le discernement.


Ce discernement est annoncé dans notre première Lecture, autour du jeune roi Salomon qui ne demande ni richesse, ni puissance, ni longue vie. Il demande simplement « un cœur capable de discerner le bien et le mal ». Voilà sans doute la plus belle prière que puisse adresser un croyant dans son chemin de foi. Car le Royaume de Dieu ne se découvre pas avec les yeux du monde, mais avec un cœur éclairé par Dieu. Sans ce discernement, le trésor caché ne serait qu'un champ comme les autres, la perle ressemblerait à toutes les autres et le filet ne rapporterait qu'un amas indistinct de poissons. Mais lorsque Dieu ouvre notre regard, nous découvrons enfin ce qui a réellement de la valeur. Tant notre regard que notre cœur ainsi ouverts, nous sommes à même de saisir en profondeur ce que révèlent nos trois nouvelles paraboles.


Tout d’abord, dans la première parabole, la réaction contradictoire de l’homme nous interpelle. En effet, lui qui découvre le trésor ne repart pas triste d'avoir tout vendu. Au contraire, Jésus précise qu'il agit « dans sa joie ». La joie est ce premier visage du Royaume, où la rencontre avec notre Seigneur n'est jamais d'abord une succession de renoncements ; elle est la découverte émerveillée d'un trésor infiniment plus grand que tout ce que nous pensions posséder. Plus précisément, l’homme ne quitte pas quelque chose parce qu'il y est contraint, mais parce qu'il a trouvé infiniment mieux. Ainsi, tout comme notre Semeur qui répandait généreusement sa semence sur tous les terrains, aujourd'hui, nous découvrons le fruit de cette semence : un cœur heureux, un cœur joyeux, un cœur devenu capable de reconnaître le trésor que Dieu y a déposé au-delà de toute attente. Toute la pédagogie du Royaume nous conduit donc finalement à cette joie de la découverte.


La deuxième parabole approfondit encore cette révélation, autour de notre marchand qui, après avoir trouvé une perle unique, vend tout ce qu'il possède pour l'acquérir. Dans ce geste total d’abandon apparaît notre second visage du Royaume, celui de l'engagement absolu. En effet, nous savons que la foi n'est pas une activité parmi d'autres ni un supplément à ajouter à une vie déjà bien remplie. Non ! Lorsque nous découvrons le Christ avec sincérité, nous nous rendons compte qu’il peut devenir ce centre à partir duquel tout le reste trouve sa juste place. Saint Paul exprime d’ailleurs cette réalité, comme la finalité de notre vie chrétienne, lorsqu'il écrit que Dieu nous a destinés à être « configurés à l'image de son Fils ». Plus précisément, il ne s'agit pas seulement d'imiter Jésus extérieurement, mais de laisser son regard, son amour, sa miséricorde, sa patience et son humilité transformer progressivement toute notre manière de vivre. Nous comprenons ainsi que, nous qui sommes « appelés à son dessein d’amour » (l’amour étant la graine semée et le grain à récolter), l'engagement que Jésus nous demande n'est jamais un sacrifice stérile. Cet engagement est donc la réponse libre et joyeuse de celui qui a découvert le véritable trésor. Bref, plus nous choisissons le Royaume, plus le Royaume façonne notre cœur, nous configurant ainsi véritablement à l'image du Christ.


Enfin vient l’ultime parabole de notre retable du Royaume de Dieu, celle du filet jeté dans la mer qui rassemble toutes sortes de poissons avant que ne vienne le temps du tri. Cette parabole nous révèle le dernier visage du Royaume, celui de la responsabilité qui nous renvoie inexorablement à la patience du Semeur. En effet, depuis trois dimanches, Jésus nous montre la patience extraordinaire de son Père aux multiples facettes. Le Semeur annonce déjà le moissonneur ; le maître laisse pousser ensemble le bon grain et l'ivraie ; le grain de sénevé grandit lentement ; le levain agit discrètement ; la joie que procure la découverte du trésor caché ; le marchand qui engage sa vie et sa fortune pour la perle qu’il a toujours cherchée ; le filet qui accueille indistinctement tous les poissons et engage la responsabilité du pêcheur de les trier. Ainsi, au final, toutes ces facettes de la patience de Dieu ne sont jamais l’expression de son indifférence, car, de par sa propre nature d’aimer, il demeure présent à nos côtés de la graine à l’épi, en prenant soin des fruits que chacun de nous choisit de goûter. Tout cela suppose donc et nous ramène à ce premier discernement que Salomon demandait humblement à Dieu et que saint Paul présente comme le chemin par lequel nous sommes configurés au Christ.


Au terme de cette boucle, nous comprenons maintenant la dernière phrase de Jésus, apposée comme la signature de l’artiste au bas de notre grand retable du Royaume de Dieu : « Tout scribe devenu disciple du Royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l'ancien. » Ce scribe, en véritable disciple, devient pour nous cet exemple de discernement à vivre au quotidien dans notre vie de foi, c’est-à-dire en ne rejetant pas l’ancien sans s’y enfermer davantage, en accueillant la nouveauté du Christ sans renier tout ce que Dieu, en Père aimant, a déjà préparé et édifié. Bref, un disciple qui sait reconnaître l'œuvre de Dieu dans son histoire comme dans celle du monde, et laisser l'Esprit Saint faire sans cesse du neuf à partir de ce trésor.


Pour conclure, chers Frères et Sœurs, au terme de ces trois dimanches et de ces trois volets de sept paraboles qui révèlent en un retable le Royaume de Dieu, le Christ nous laisse donc un véritable itinéraire spirituel. Il ne tient plus qu’à nous d’y revenir et de le laisser nous émerveiller. De même, celui qui demande, comme Salomon, un cœur capable de discerner le bien et le mal, celui qui accepte de se laisser configurer au Christ, devient à son tour ce scribe du Royaume capable d'unir l'ancien et le nouveau. Alors nous participerons nous-mêmes, humblement mais réellement, à la croissance de ce Royaume que nous avons contemplé tout au long de ce retable : un Royaume semé avec générosité et patience, croissant en toute discrétion, accueilli dans la joie, choisi de tout son cœur et vécu avec une responsabilité éclairée par le discernement.


Amen. Alléluia !

 

Frédéric Kienen




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