Le retable du Royaume de Dieu – Premier volet - « Patience »
- Frédéric Kienen

- 18 juil.
- 5 min de lecture
15e dimanche du temps ordinaire
Is 55,10-11 et Mt 13,1-23

Chers Frères et Sœurs,
Ce dimanche est un peu particulier. Non pas parce qu’il se passe quelque chose d’extraordinaire dans notre calendrier, mais parce qu’il ouvre discrètement une série de trois dimanches comme un retable en triptyque. Plus précisément, durant trois dimanches, Jésus va nous révéler le Royaume de Dieu et notre place dans son édification en nous racontant sept paraboles. Trois dimanches… sept paraboles… le symbole de ces chiffres n’est pas anodin. En effet, dans la Bible, les chiffres ne sont jamais tout à fait anodins. Le chiffre trois, dans la culture biblique, évoque souvent Dieu, et pour nous, chrétiens, ce chiffre correspond au premier signe de notre foi : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Plus précisément encore, le trois est aussi le symbole du temps nécessaire pour qu’une œuvre s’accomplisse, pour qu’un passage se réalise, pour qu’une révélation soit complète (à l’image de Jésus qui ressuscite le troisième jour, le cœur de notre foi). Et puis il y a le chiffre sept, le chiffre de la plénitude divine, de l’accomplissement. Dieu crée le monde en sept jours. Bref, c’est comme si le sept venait nous dire : « Tout est là ! » Ainsi, durant trois dimanches, Jésus va nous révéler le retable du Royaume de Dieu et nous invite de ce fait à la patience et à la contemplation.
Jésus nous dévoile aujourd’hui le premier volet de ce triptyque parabolique avec une image toute simple : un semeur qui sort pour semer. Nous pouvons facilement l’imaginer. Il sème généreusement. Peut-être même un peu trop généreusement à nos yeux, car au final, il sème des graines un peu partout : sur le chemin, dans les pierres, au milieu des ronces et, heureusement, dans la bonne terre. Spontanément, en entendant cette parabole et en identifiant Dieu au Semeur, nous pourrions nous demander : quelle terre suis-je ? Ce n’est évidemment pas faux. Or, en tenant compte de notre retable, le sens même de la parabole repose plutôt sur le sens de la graine. En effet, ces graines semées sont tels les mots égrainés que Jésus nous donne à entendre. Bref, c’est sa Parole qui n’attend que d’être accueillie et méditée, afin de grandir en nous, de nous transformer, de nous élever vers lui. Ainsi, vous l’aurez compris, notre question spontanée ne peut qu’évoluer : Est-ce que je suis une terre… fertile à la graine de Parole de Dieu ? Plus précisément, la terre de mon cœur est-elle suffisamment meuble pour laisser sa Parole entrer dans ma vie pour prendre racine, m’interpeller, me transformer ? Ou bien mon cœur est-il parfois un peu caillouteux ou trop propice aux ronces ?
En réalité, ces questions suscitées par cette image du Semeur demeurent légitimes et révélatrices de notre vie de foi vue comme un jardin, une parcelle de terre qui participe à la beauté d’un Royaume plus vaste. En effet, certains jours, nous accueillons la Parole de Dieu avec enthousiasme et puis, dès qu’une difficulté arrive, nous abandonnons vite. Nous laissons aussi parfois ces ronces envahir notre vie ; ronces qui correspondent à nos soucis, nos peurs, nos occupations, nos agendas parfois tellement remplis que même Dieu aurait du mal à y trouver un rendez-vous ! Et puis, parfois, notre cœur ressemble à ce chemin tellement tassé que la graine ne parvient même plus à y entrer. Alors, c’est vrai… peut-être la terre de notre cœur devient stérile parce que nous avons été blessés, déçus ; peut-être la terre de notre cœur n’est plus si fertile parce que nous avons entendu cent fois le même Évangile et que nous pensons déjà savoir ce que Jésus va nous dire. L’image de la terre que cette parabole suscite devient ainsi comme un miroir de notre vie de foi.
Toutefois, ne sombrons pas dans un pessimisme désarmant, car nous risquerions d’oublier le sens même de cette graine, de cette Parole de Jésus : c’est une parabole. En d’autres termes, Jésus ne nous dit pas : « Toi, tu es le chemin. Toi, tu es les pierres. Toi, tu es les ronces. Et toi, heureusement, tu es la bonne terre. » Non. Une parabole n’est pas une étiquette que Jésus vient coller sur notre front. Une parabole est un récit dans lequel il nous invite à entrer et surtout à méditer afin de nous atteindre et de nous relever. Et si nous pouvons entrer dans ce récit, alors nous pouvons aussi y bouger, y avancer, y changer de place. C’est donc bien de l’intérieur que Jésus peut nous saisir la main pour contempler la terre que je suis aujourd’hui… et qui n’est pas forcément celle que je serai demain. Oui, mon cœur peut être caillouteux aujourd’hui, mais il peut surtout devenir plus accueillant demain. Oui, mon cœur peut être envahi de ronces aujourd’hui, mais il peut surtout peu à peu être dégagé demain. Oui, il peut être sec, fatigué, fermé… mais, avec l’aide du Seigneur pour prendre soin de la terre que je suis pour accueillir ses graines de Parole, mon cœur va retrouver sa fécondité. Car après tout, le Seigneur, tout comme les jardiniers, le sait bien : la terre, elle se travaille, se retourne, s’arrose. Pour que le jardin de notre foi soit beau, le Seigneur demeure à nos côtés pour nous aider à enlever les pierres, à arracher les mauvaises herbes. C’est donc avec beaucoup de patience et de soins qu’une terre que l’on croyait pauvre finit par donner de très beaux fruits.
Prendre patience… nous touchons enfin le sens même de cette parabole, portée et révélée par cette image du Semeur qui demeure autant présent pour veiller et nous aider à jardiner. Car oui, nous ne sommes jamais seuls pour entretenir la terre de notre cœur. En ce sens, laissons germer simplement cette graine de Parole du prophète Isaïe, par la voix duquel Dieu nous dit que sa Parole est comme la pluie et la neige qui descendent du ciel, qui viennent arroser la terre et la rendre féconde. Bref, Dieu ne demande pas à la terre de se débrouiller toute seule. Et pour nous, cette pluie, en plus de sa Parole, il nous offre sa présence, sa grâce ; de même que son Esprit Saint reçu à notre baptême qui, discrètement, travaille la terre de notre cœur. Alors, peut-être que la question de ce dimanche n’est pas seulement : « Suis-je une terre propice à la graine de Parole ? » Car la vraie invitation de Jésus est peut-être simplement celle-ci : « Quel merveilleux jardin de mon Royaume veux-tu devenir ? »
Pour conclure, chers Frères et Sœurs, durant les trois prochains dimanches, comme un retable à contempler, Jésus va nous raconter sept paraboles, sept histoires en triptyques pour nous parler du Royaume de Dieu et le révéler. Sept graines qu’il va déposer dans nos cœurs pour devenir peu à peu une part de son jardin. Alors, c’est vrai, nous ne les accueillerons peut-être pas toutes de la même manière… certaines paraboles nous toucheront ou d’autres nous dérangeront peut-être ; certaines encore sembleront tomber sur des pierres ou au milieu de ronces de préoccupations. Mais gardons confiance, car le Semeur, Lui, continue de semer, de veiller et de nous aider, et surtout, de croire que notre cœur peut devenir avec patience une bonne terre.
Amen. Alléluia !
Frédéric Kienen



