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Toute la vie devant soi

  • Photo du rédacteur: Michel Teheux
    Michel Teheux
  • 17 janv.
  • 4 min de lecture

2e dimanche du temps ordinaire - 18 janvier 2026

Évangile selon saint Jean 1, 29-34




L’homme… Qu’est-ce que l’homme ? Qui suis-je ? Qu’est-ce que la vie ? Ma vie ?

Toutes les réponses me laissent insatisfait : elles ne disent jamais qu’une part de moi-même. Jamais on ne pourra me mettre en formules, et je serais toujours autre chose que les jugements péremptoires auxquels on voudrait me réduire : Dieu plus, je resterai un mystère pour moi-même.

 

Qui sommes-nous ?... Pour répondre à la question, pour saisir notre vie sans doute faudra-t-il ce dernier matin où la vie sera derrière nous ? Qui sommes-nous ?... La réponse est devant nous : nous avons toute la vie pour l’inventer. Nous sommes ce que nous devenons, toute une vie pour apprendre le secret de notre personne. Qui suis-je ? Toute la vie qui est devant moi !

 

Qui est cet homme ? Les paysans de Nazareth, les pécheurs de Tibériade, les commerçants de Jéricho et les pharisiens de Jérusalem n’auront pas assez de trente années pour découvrir le secret de celui qu’ils appelaient Jésus…

 

Qui donc est-il, ce fils de charpentier qui guérit les lépreux et prétend remodeler le cœur de l’homme en le délivrant de son péché ? Qui dont est-il, ce parleur, et d’où vient cette prétention qu’il affiche : « On vous a dit… Moi, je vous dis ?... Pourquoi fait-il table commune avec les gens de petite vertu ? Qui donc est cet homme ? Il faudra bien toute la vie de cet homme et même sa mort, pour découvrir son secret !

 

Qui est cet homme ? Il faudra nous attacher à scruter ses paroles et ses gestes pour découvrir son mystère, fixer notre regard sur le visage de sa vie.

Et pourquoi le regarder ainsi ?

Sans doute parce que, de tous les visages humains, le sien est le plus attirant.

Parmi les hommes dont l’histoire a gardé le souvenir, y en a-t-il un autre en qui s’accordent dans une telle harmonie des traits normalement disparates : la douceur de l’enfant et la fermeté intransigeante de ceux qui ont faim et soif de justice, l’éclat des transfigurations et la désintégration du torturé, l’émerveillement de la vie et le scandale de la mort.

Quel homme ne serait attiré par un tel visage ?

 

Cependant, croyants, c’est un autre mouvement que l’admiration qui nous porte vers lui.

Jésus… Dieu a voulu avoir toute une vie d’homme pour apprendre qui il était, toute une vie d’homme devant lui pour lever le voile de son mystère… car désormais, et pour l’éternité, Dieu prend le nom d’un homme : Dieu de Jésus ! Dieu se marie avec l’existence d’un homme, il épouse ses paroles, ses gestes et ses sentiments. Toute une vie d’homme pour découvrir qui est Dieu car nous n’avons pas d’autre lieu pour le connaître, par d’autre lieu que la vie de cet Homme-là !

 

Qui est cet homme ? Il descendra un jour dans le secret du tombeau… Qui est cet homme qui se laisse broyer comme le grain enfoui en terre ? Oui, le voilà cet homme, le voilà l’Homme ! Tel un agneau conduit à l’abattoir, il meurt sur le gibet de l’infamie. Oui, le voici, l’Homme, foulant aux pieds la mort qui n’a pas pu enchaîner le soleil de Pâques ; il s’est levé, lumière des nations, et de lui l’homme apprend son destin. Parce que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, la vie de cet homme devient la trace de ce que Dieu veut pour l’homme.

 

Oui, si nous nous attachons à scruter la vie de ce Jésus de Nazareth, c’est parce que nous découvrons en lui, le Ressuscité, de manière indécise et si souvent malheureusement voilée, ce que nous sommes en profondeur et en vérité. Sa vie est celle de l’homme selon Dieu, l’homme version de Dieu. Oui, confusément souvent mais avec la ferme assurance de notre foi, nous disons : « Voici l’homme » !

Si nous nous attachons avec tant de passion, à découvrir le visage de Jésus c’est parce qu’il n’y a pas d’autre lieu pour déchiffrer nos propres traits. Son nom est le nôtre.

 

Jour après jour, année après année, nous nous attacherons dès lors à laisser le rythme de Jésus prendre nos vies pour être de plus en plus configurés au Ressuscité et pour nous conformer ainsi à notre vrai visage, devenir nous-mêmes « version Dieu ». Nous nous mettrons donc à l’école de Jésus et permettrons à sa parole de nous prendre en son rythme, nous lui ouvrirons toutes les possibles résonances de notre personne, aussi bien l’adhésion de notre intelligence que les décisions de notre volonté et les élans de notre cœur.

 

C’est en regardant Jésus que nous apprendrons comment modeler le visage de notre vie, quels traits choisir et adopter pour devenir ce que nous sommes déjà pour Dieu.

Qui est cet homme ? Qui sommes-nous ?... Il faudra bien toute une vie pour laisser le mystère transparaître, jusqu’au jour où, dans l’étonnement, qui sera l’émerveillement de l’éternité, nous oserons dire : « c’est toi le Fils de Dieu » et où, dans la béatitude, nous nous entendrons dire, comme un écho, « tu ne m’aurais pas cherché, si tu ne m’avais déjà trouvé ».

 

 

Michel Teheux



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