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Tous invités au festin de Dieu !

Photo du rédacteur: Daniel Nsabimana, Curé-Doyen
Daniel Nsabimana, Curé-Doyen
10 oct.
5 min de lecture

28e dimanche du temps ordinaire, A

Évangile selon saint Matthieu 22, 1-16



Au moment où j’écris ces quelques lignes, je reviens d’une belle soirée passée autour d’une table. Une invitation à souper avait été organisée pour remercier les bénévoles qui, par leur temps, leurs talents, leurs idées et leur générosité, ont contribué à faire des Fêtes septennales une belle réussite. Les sourires étaient au rendez-vous, les souvenirs circulaient, les anecdotes fusaient. Mais le plus précieux était peut-être ailleurs : dans cette joie toute simple de se retrouver, sans autre objectif que celui d’être ensemble. Au menu : un apéritif convivial, une bonne assiette de spaghettis, quelques notes de musique offertes par un duo, un dessert bien garni aux trois assortiments gourmands, sans oublier les conversations qui se prolongent dans la bonne humeur… De quoi mettre l’eau à la bouche, n’est-ce pas ?


Et si les lectures de ce dimanche nous mettaient, elles aussi, l’eau à la bouche ? Car, elles aussi, nous parlent d’un repas de fête, d’une table généreusement garnie et d’une invitation à partager la joie d’être ensemble. Ah, savez-vous quoi ? Et si Dieu était, lui aussi, un cuisinier inégalable ?


Le prophète Isaïe nous présente Dieu qui prépare un festin pour tous les peuples : une table généreuse, des mets savoureux, des vins de qualité. Dans l’Évangile, Jésus nous révèle que ‘’le Royaume de Dieu est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils’’. ‘’Venez, tout est prêt…’’  Oui, Dieu aime dresser la table. Et surtout, il aime élargir le cercle des invités. Une belle image pour nous faire découvrir un Dieu qui ne se lasse pas de nous inviter à la fête de la vie.


Mais, à première lecture, cette histoire peut nous donner une image bien sévère de Dieu. On y voit un roi en colère, des serviteurs malmenés, des hommes mis à mort, une ville incendiée et, pour finir, un pauvre invité jeté dehors, pieds et poings liés, parce qu’il ne porte pas l’habit de noce. Oui, il faut bien le reconnaître : cette parabole est rude. Elle pourrait même réveiller chez certains de douloureux souvenirs. Celui d’un Dieu sévère, juge implacable, toujours prêt à sanctionner les fautes de ses enfants. Un Dieu dont on nous parlait parfois davantage pour nous faire peur que pour nous apprendre à aimer.


Notre Église a longtemps vécu avec cette image. À une époque où elle occupait une place considérable dans la société, la foi était parfois présentée comme une succession d’obligations et d’interdits. Le péché semblait se cacher partout, et la joie de croire peinait à trouver sa place. Les bergers du troupeau devenaient parfois des préfets de discipline, davantage préoccupés par le respect des règles que par la liberté intérieure des personnes.


Mais le point central de cette parabole, c’est avant tout l’histoire d’une fête. La vie à laquelle Dieu nous invite ressemble à un festin de noces. Et Jésus, pour réveiller ceux qui l’écoutent, force un peu le trait. Il faut parfois secouer les consciences ! Encore faudrait-il que cette histoire ne finisse pas par nous écraser sous le poids de la peur.


Car, dans cet Évangile, tout est affaire d’invitation. Et cela ne date pas d’hier. Depuis les premiers temps de l’Alliance, c’est l’histoire d’un Dieu passionné par l’humanité, d’un Dieu qui veut se faire connaître, qui noue une alliance avec les hommes et vient lui-même à leur rencontre.


« Venez, tout est prêt ! » Voilà une première bonne nouvelle : Dieu ne nous invite pas à une réunion austère, réservée à quelques personnes irréprochables. Il nous convie à une fête où chacun peut trouver sa place. Lorsque les premiers invités refusent de venir, le roi envoie ses serviteurs sur les chemins pour rassembler tous ceux qu’ils rencontreront, les bons comme les mauvais.


Quelle belle image de l’Église ! Elle n’est pas un club de personnes parfaites, ni une assemblée de gens qui n’auraient plus rien à se reprocher. Elle est une communauté de femmes et d’hommes qui reconnaissent leurs fragilités et qui ont besoin de la miséricorde de Dieu. Personne ne devrait se croire indigne d’être aimé, accueilli ou pardonné. La table du Seigneur est ouverte à tous.


Cette parabole nous rejoint aussi dans notre monde actuel. À l’heure où les frontières se ferment, où les différences deviennent parfois des motifs de méfiance et où tant de personnes sont rejetées à cause de leur origine, de leur pauvreté ou de leur situation, l’Évangile nous rappelle que personne ne peut prétendre posséder Dieu ni se réserver sa place à la table. La terre est notre maison commune, et l’humanité est appelée à vivre dans la solidarité, le respect et le partage. Le rêve de Dieu est celui d’un monde où personne n’est oublié, où les larmes peuvent être essuyées et où chacun peut vivre dans la dignité.


Un dernier mot, enfin, sur les pleurs et les grincements de dents qui attendent l’invité qui ne porte pas le vêtement de noces. Pourquoi donc le mettre dehors, alors que le roi vient justement de faire entrer tout le monde, « les mauvais comme les bons » ? Cet homme n’a-t-il pas simplement mis les vêtements qu’il possédait ? N’est-il pas, lui aussi, invité à la fête ? La question mérite qu’on s’y arrête.


Le roi s’adresse à lui en ces termes : « Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir le vêtement de noces ? » Il y a dans cette question quelque chose d’étonnant. Le roi l’appelle « mon ami ». Il lui donne l’occasion de s’expliquer. Mais l’homme garde le silence. Il ne répond pas, ne cherche même pas une excuse. Il semble refuser toute relation avec celui qui l’a invité. Le silence répond à l’amour.


Et si le vêtement de noces désignait justement cette disposition intérieure qui nous permet d’entrer véritablement dans la fête ? Car on peut être présent sans être vraiment là. On peut occuper une place à table sans avoir le désir de rencontrer les autres, sans vouloir partager leur joie, sans se laisser transformer par ce qui se vit autour de nous.


On peut fréquenter l’Église, participer aux célébrations et connaître les paroles de la foi sans pour autant laisser l’Évangile transformer notre cœur. Le véritable vêtement de fête ne se trouve pas dans notre apparence, mais dans nos actes. Il se reconnaît à notre façon d’accueillir les autres, de tendre la main à ceux qui souffrent, de renoncer à la haine et de construire la paix.


Chaque eucharistie nous remet devant cette invitation extraordinaire. Juste avant la communion, nous entendons ces paroles : « Heureux les invités au repas du Seigneur ! » Nous répondons humblement : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri. » Nous reconnaissons ainsi que nous ne sommes pas parfaits, mais que nous avons confiance en celui qui peut nous relever et nous guérir.


Alors, ne restons pas à la porte de la fête. Ne refusons pas l’invitation de Dieu sous prétexte que nous sommes trop occupés, trop faibles ou trop imparfaits. Et lorsque nous prenons place à sa table, laissons le Christ nous revêtir de ses vêtements à lui : des vêtements simples, légers, faits de tendresse, de pardon et d’amour.


Dieu rêve d’une humanité rassemblée autour d’une même table. À nous de faire de ce rêve une réalité, dans nos familles, nos communautés et notre société. Car la foi chrétienne n’est pas seulement une invitation à recevoir l’amour de Dieu : elle est aussi un appel à le faire circuler autour de nous.


Alors, sommes-nous prêts à entrer dans la fête ? « Venez, tout est prêt ! »

 

Daniel Nsabimana, Curé-Doyen



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