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La vigne nous est confiée

Photo du rédacteur: Daniel Nsabimana, Curé-Doyen
Daniel Nsabimana, Curé-Doyen
4 oct.
4 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 oct.

27e dimanche du temps ordinaire, A

Évangile selon saint Matthieu 21, 33-43




Hier soir, en rentrant chez moi, j’ai aperçu un homme assis devant la Collégiale, une canette de bière à la main. Un homme sans domicile, comme on dit. Je croyais qu’il allait me tendre la main pour me demander de l’argent. Mais il ne m’a rien demandé. Il m’a simplement salué et m’a dit : « Mon Père, priez pour moi. » C’est tout. Alors, je me suis approché et nous avons parlé. Un peu du temps, de la dureté de la nuit passée, mais surtout de choses toutes simples, de la vie. Nous avons parlé plus d’une heure, sur le parvis de la Collégiale. Et quelque chose s’est passé. Les barrières sont tombées. Il n’était plus « un Sans-abri » et je n’étais plus le passant pressé. Nous étions simplement deux hommes, deux enfants de Dieu, partageant un moment de vie.


Il m’a raconté une partie de son histoire. Il avait connu une existence différente : une famille, un travail, une place reconnue dans la société. Puis un événement inattendu avait bouleversé son existence. Peu à peu, les choses se sont défaites dans sa vie. Une difficulté en a entraîné une autre, jusqu’à le conduire là où il se trouve aujourd’hui. Je garderai pour moi les détails de son histoire, par respect pour lui. Mais derrière cette situation, il y a une histoire. Une histoire de combat, de blessures, de ruptures et de rejet.


Cette rencontre m’a fait relire autrement l’Évangile de ce dimanche. Il nous oblige à regarder autrement. Celui que nous sommes tentés de considérer comme une pierre rejetée peut encore avoir une place dans l’œuvre de Dieu. Car Dieu ne regarde pas les personnes comme nous les regardons. Là où nous voyons une fin, lui peut encore voir un commencement.


C’est l’histoire de la parabole des vignerons homicides. Voilà une histoire où l’on se bat, où l’on tue pour garder la main sur un morceau de terrain. Une simple vigne devient comme un piquet autour duquel la fureur humaine s’enroule et s’entortille. Cela paraît insensé. Un peu délirant même. Et pourtant, c’est terriblement réaliste. Nous savons bien ce qui se joue autour de la terre, de sa possession, de son occupation. Nous connaissons les querelles de voisinage, les limites de propriété, les mètres carrés qui deviennent parfois plus précieux que tout le reste. On peut aller très loin pour défendre son bout de terrain. Et derrière la question de la terre, il y a toujours la question de l’autre : son droit d’exister, d’être respecté, de vivre librement.


C’est là que la parabole devient une histoire de Dieu avec nous. Car ce qui est étonnant, ce n’est pas seulement la violence des vignerons. C’est surtout la patience du propriétaire. Il envoie un serviteur. Puis un autre. Puis encore un autre. Et finalement, il envoie son propre fils. À chaque refus, Dieu recommence. À chaque violence, il cherche encore une porte de sortie. C’est presque une surenchère dans la folie ! Mais une folie qui n’est pas celle de la violence. C’est la folie de l’amour. Malgré notre dureté, malgré nos refus, malgré nos détours, Dieu ne renonce pas à nous. Il prend soin de nous.


Jésus reprend ici une image très ancienne de la Bible : la vigne représente le peuple de Dieu. Dieu a pris soin de son peuple comme un vigneron prend soin de sa vigne. Il a envoyé des prophètes, des serviteurs, pour rappeler son alliance et inviter son peuple à porter du fruit. Mais le message est souvent refusé. Et Jésus va encore plus loin. Bien sûr, il parle d’abord de lui-même. Il reprend les paroles du psaume : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux. » Cette pierre rejetée, mise de côté, que l’on croyait inutile, c’est lui. Jésus sait ce que signifie être refusé, écarté, rejeté. Et pourtant, c’est précisément cette pierre-là que Dieu choisit pour devenir la pierre d’angle, celle sur laquelle tout peut être construit.


Oui, le drame de la parabole commence lorsque les vignerons oublient qu’ils ne sont pas les propriétaires. Ils veulent garder pour eux ce qui leur a été confié. Ils ne veulent plus entendre la voix du maître. Et finalement, ils en arrivent à rejeter son propre fils.


Attention ! La vigne, c’est aussi notre vie. C’est ce monde qui nous est confié. Nous n’en sommes pas les propriétaires absolus. Nous sommes des ouvriers de la vigne. Et les fruits que Dieu attend de nous ne sont donc pas d’abord nos réussites, nos performances ou même nos mérites religieux. Ce sont des fruits d’amour. Une parole qui relève. Un pardon qui libère. Une main qui se tend. Une présence qui ne juge pas. Une place que l’on redonne à celui qui se croyait rejeté.

Saint Paul nous donne une autre clé : « Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce. » Cette parole ne signifie pas que nous n’aurons plus de difficultés, ni que les blessures de la vie disparaîtront d’un coup. Elle nous invite plutôt à ne pas laisser nos inquiétudes prendre toute la place. Ce qui nous préoccupe, ce qui nous dépasse, ce que nous ne savons plus comment porter, nous pouvons le confier à Dieu.


Et Paul ajoute une promesse étonnante : « La paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. » Peut-être est-ce aussi un fruit que le Seigneur attend de sa vigne : des hommes et des femmes capables de devenir, au milieu d’un monde inquiet, des artisans de paix.


Saint François d’Assise, dont nous célébrons la fête en ce dimanche 4 octobre, avait compris cela. Il a accepté de se laisser déplacer par les pauvres, par les petits, par ceux que la société regardait autrement. Il a découvert en eux, non pas des personnes à tenir à distance, mais des frères.


En ce mois d’octobre, mois du Rosaire et mois de la mission, l’Église nous rappelle que la mission commence aussi là : dans notre manière de regarder, d’accueillir et de rencontrer. Le 18 octobre, nous célébrerons le Dimanche mondial de la mission. La mission n’est pas seulement partir au loin. Elle commence souvent devant notre porte, dans notre rue, sur le parvis de notre église, dans notre quartier. La mission commence lorsque nous reconnaissons dans l’autre un frère.

 

Daniel Nsabimana, Curé-Doyen



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