Tous invités à la table du Seigneur !

28e dimanche du temps ordinaire, A
Is 25, 6-10a ; Mt 22, 1-14

Chers Frères et Sœurs,
Il y a des pages de l’Évangile qui nous mettent spontanément mal à l’aise. Celle que nous venons d’entendre en fait certainement partie ! Un roi organise un repas de noces, mais les invités refusent de venir. Certains vont jusqu’à tuer les serviteurs envoyés pour les appeler. Le roi se met en colère, fait périr les meurtriers et incendier leur ville. Puis, un homme est invité à son tour, mais parce qu’il ne porte pas l’habit de noce, il est jeté dehors, dans les ténèbres. Avouons-le : il y a de quoi se demander où est passée la bonté de Dieu dans cette histoire !
Pour comprendre cette parabole, il faut nous rappeler que Jésus s’adresse à ceux qui refusent de reconnaître en lui l’envoyé de Dieu. Derrière le roi, nous pouvons reconnaître Dieu lui-même ; derrière les invités, ceux qui ont reçu son invitation, mais qui finissent par la refuser. Les serviteurs représentent les prophètes, ces hommes envoyés par Dieu au fil de l’histoire et qui n’ont pas toujours été accueillis. Jésus annonce ainsi que le Royaume de Dieu ne se limite pas à ceux qui pensaient en être les seuls bénéficiaires : l’invitation est désormais adressée à tous, aux bons comme aux mauvais, à ceux que l’on rencontre sur les chemins, sans distinction.
Mais alors, pourquoi tant de violence dans cette parabole ? Il ne s’agit pas de prendre cette histoire comme une description de la manière dont Dieu se comporterait avec nous. Jésus utilise un langage imagé, volontairement frappant, pour nous faire comprendre la gravité de nos refus et l’importance de l’invitation qui nous est faite. Dieu nous propose une alliance, une relation d’amour, une vie partagée avec lui. Mais il ne nous force pas à l’accepter. Nous pouvons être tellement occupés par nos affaires, nos préoccupations ou nos habitudes que nous finissons par ne plus entendre son invitation. Le danger n’est donc pas toujours de dire clairement « non » à Dieu ; c’est parfois de vivre comme si son invitation ne nous concernait plus vraiment.
Et puis vient cette seconde scène, celle de l’homme sans habit de noce. Lui aussi a été invité, lui aussi a pu entrer dans la salle. Alors pourquoi est-il expulsé ? L’habit de noce n’est pas une question de vêtements, ni de richesse, ni de belles apparences. Il représente plutôt notre manière d’accueillir l’invitation de Dieu et de nous laisser transformer par elle. On peut entrer dans l’Église, participer aux célébrations, connaître les prières et les traditions, tout en gardant son cœur fermé à l’amour de Dieu et des autres. L’invitation est gratuite, mais elle n’est pas sans conséquence… elle nous appelle à revêtir peu à peu le vêtement de la foi, de la miséricorde et de la charité.
Et voilà peut-être la bonne nouvelle de cet Évangile : nous sommes tous invités à la table du Seigneur car il veut que sa salle de fête soit pleine ! Il ne se résigne pas à voir des places vides. Lorsque les premiers invités refusent de venir, il envoie ses serviteurs sur les chemins et rassemble tous ceux qu’ils rencontrent. Personne n’est exclu de son invitation à l’avance. Notre passé, nos faiblesses, nos erreurs ou nos hésitations ne nous empêchent pas de prendre place à sa table. Dieu nous accueille tels que nous sommes, et il nous aime trop pour nous laisser dehors. Il ne tient donc qu’à chacun d’accueillir avec cœur et sincérité son invitation.
Pour conclure, cette parabole nous invite aujourd’hui à deux choses toutes simples : accueillir l’invitation de Dieu en lui ouvrant une place véritable dans nos cœurs ; nous laisser habiller par son amour pour changer notre manière de regarder les autres, de pardonner, de servir et de partager. De même, notre Seigneur nous rappelle surtout que n’avons pas besoin d’attendre d’être parfaits pour répondre à son invitation, nous pouvons venir tels que nous sommes, avec nos fragilités, nos blessures et nos questions. Car c’est justement là que son amour peut nous rejoindre et nous relever… car le Royaume de Dieu n’est pas d’abord une salle où l’on risque d’être expulsé, mais bien une fête à laquelle chacun est appelé… une fête où chacun peut trouver sa place, à condition d’accepter de se laisser transformer par son amour qui nous rassemble. Alors, réjouissons-nous ! Car cette fête commence déjà ici dans cette Eucharistie, autour de la table du Seigneur qui nous apprend à devenir, les uns pour les autres, des témoins vivants de sa bonté.
Amen. Alléluia !
Frédéric Kienen




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