Amour reçu, à missionner sans compter

29e dimanche du temps ordinaire, A
1Th 1, 1-5b et Mt 22, 15-21

Chers Frères et Sœurs,
« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Cette parole de Jésus, nous la connaissons bien. Mais en ce dimanche des missions, elle prend une résonance particulière. Car si nous devons rendre à Dieu ce qui est à Dieu, encore faut-il reconnaître ce que nous avons reçu de lui. Nous avons donc reçu bien plus qu’une pièce de monnaie : nous avons reçu son amour, sa grâce, sa vie ! Amour, grâce et vie qui prennent sens dans ces vertus dites « théologales », reçues lors de notre baptême, qui nous engagent à une mission particulière : celle de témoigner de la Bonne Nouvelle. Méditons ainsi ensemble ce lien intrinsèque entre notre filiation baptismale, ces vertus reçues et la mission.
Tout d’abord, saint Paul s’adresse aux chrétiens de Thessalonique et rend grâce pour leur foi, leur charité et leur espérance. Trois vertus qui sont comme les trois piliers de notre vie chrétienne. La foi qui nous attache au Christ, la charité qui nous pousse à aimer nos frères et sœurs, et l’espérance qui nous permet d’avancer avec confiance, même lorsque le chemin devient plus difficile. Ces trois vertus ne sont pas simplement de belles qualités que nous devrions essayer de développer par nos propres forces. Elles sont d’abord des dons de Dieu, des grâces que nous recevons et qui grandissent en nous lorsque nous accueillons sa Parole et que nous nous laissons conduire par son Esprit. Et ces dons ne sont pas faits pour rester enfermés dans notre cœur. Ils sont faits pour être partagés !
Nous pouvons maintenant entrer dans l’Évangile du jour qui nous précise le sens de notre mission de baptisés. Les pharisiens interrogent Jésus au sujet de l’impôt à payer à César. Mais Jésus déplace leur regard : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » La pièce de monnaie porte l’image de César. Et nous, créés à l’image de Dieu, nous portons en nous quelque chose de son amour. Nous sommes même devenus, par notre baptême, ses enfants bienaimés. Alors, que pouvons-nous rendre à Dieu ? Certainement pas quelque chose dont il aurait besoin, comme s’il attendait de nous un paiement en retour de ses bienfaits ! Dieu ne nous aime pas parce que nous lui devons quelque chose. Il nous aime gratuitement, et son amour nous précède toujours. Mais nous pouvons lui rendre grâce en laissant cet amour reçu devenir un amour donné. Le seul « impôt » que Dieu semble attendre de nous est donc bien que nous fassions fructifier son amour et que nous le partagions autour de nous !
Nous touchons ici précisément notre mission baptismale. Le dimanche des missions nous rappelle que nous sommes tous appelés à témoigner de la Bonne Nouvelle, de cet amour de Dieu-Père qui accueille, relève, pardonne et redonne vie. Bien sûr, certains partent au loin pour annoncer l’Évangile, parfois au prix de grands sacrifices. Nous pensons à eux avec reconnaissance et nous les portons dans notre prière. Mais la mission commence aussi tout près de nous : dans nos familles, dans nos quartiers, au sein de notre communauté, auprès des personnes seules, blessées ou découragées. Pour témoigner de l’amour de Dieu, nous n’avons donc pas nécessairement besoin de grands discours. Notre foi peut se traduire par une présence fidèle ; notre charité, par un geste de solidarité ; notre espérance, par une parole qui redonne courage. Chaque fois que nous choisissons d’aimer plutôt que de juger, de pardonner plutôt que de garder rancune, de tendre la main plutôt que de détourner le regard, nous rendons visible quelque chose de l’amour que nous avons reçu de Dieu.
Pour conclure, chers Frères et Sœurs, la foi, la charité et l’espérance dont nous parle saint Paul sont bien plus que les vertus de notre vie personnelle : elles sont le moteur de notre mission. Nous avons reçu gratuitement l’amour de Dieu ; nous sommes appelés à le donner gratuitement à notre tour. Alors, en ce dimanche des missions, demandons au Seigneur de raviver en nous ces trois dons. Que notre foi nous garde proches du Christ, que notre charité nous ouvre aux autres et que notre espérance nous donne l’audace de témoigner de son Évangile. Et si nous nous demandons ce que nous devons rendre à Dieu, souvenons-nous simplement de ceci : Dieu nous a donné son amour. À nous maintenant de le faire circuler ! Voilà notre mission, voilà notre joie, voilà notre manière de rendre à Dieu ce qui est à Dieu.
Amen. Alléluia !
Frédéric Kienen




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