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"Allez, vous aussi, à ma vigne"

Photo du rédacteur: Frédéric Kienen
Frédéric Kienen
il y a 3 jours
3 min de lecture

25e dimanche du temps ordinaire

Ph 1, 20c-24.27a et Mt 20, 1-16




Chers Frères et Sœurs,


En regard de notre compréhension moderne du juste salaire, quelque chose vient nous déranger spontanément dans l’Évangile de ce dimanche communément appelé « les ouvriers de la dernière heure ». Des ouvriers travaillent depuis le matin, d’autres seulement depuis quelques heures, certains même depuis la dernière heure… et pourtant, tous reçoivent le même salaire. Professionnellement, nous trouvons cela injuste, car nous avons pris l’habitude de compter, de comparer, de mesurer ce que chacun a fait, le temps qu’il a donné, les efforts qu’il a consentis. Mais Jésus nous invite aujourd’hui à changer de logique… à passer du professionnel au spirituel. En effet, pour participer au « travail » de l’Évangile, l’essentiel n’est pas de savoir qui est arrivé le premier ni qui a travaillé le plus longtemps, non ! Car, pour obtenir le juste salaire, l’essentiel est d’avoir simplement répondu à l’appel du Seigneur et accepté de prendre sa place dans sa vigne pour la cultiver.


En réalité, cette logique particulière, nous pouvons la comprendre simplement à travers l’Eucharistie. Lorsque nous nous avançons pour communier, certains sont parmi les premiers, d’autres parmi les derniers. Pourtant, chacun reçoit le Christ tout entier. Le don de Dieu ne dépend donc pas du moment où nous arrivons, mais de l’Amour avec lequel le Seigneur se donne. Plus précisément, la parabole révèle ce don dans le sens où, tout au long de la journée, le maître sort à la rencontre de ceux qui sont encore là et leur dit : « Allez, vous aussi, à ma vigne. » Il ne regarde donc pas d’abord ce que ses ouvriers ont accompli, mais il leur ouvre simplement un chemin pour participer à son œuvre.


Allons à la vigne du Seigneur… participons à son œuvre. Cette parole rejoint profondément chacun de nous, dans notre vie. En effet, certains jours, nous allons vers lui dès l’aube… et d’autres en fin de journée. En réponse à certains événements de notre vie, nous avons marché longtemps avec lui… et d’autres où nous nous en sommes éloignés. Il y a aussi des périodes où nous avons l’impression de ne pas faire grand-chose, de perdre du temps ou de ne pas être à la hauteur. Mais, au final, le Seigneur ne nous enferme jamais dans notre passé, car il nous rejoint toujours là où nous sommes et nous invite à avancer avec lui, à notre rythme, à notre mesure. L’ouvrier de la dernière heure nous rappelle ainsi d’une part qu’une rencontre avec le Christ peut toujours devenir le commencement d’une vie nouvelle ; d’autre part que ce qui compte n’est pas la longueur du chemin parcouru, mais bien la réponse que nous donnons à son invitation aujourd’hui… et demain.


Cette réponse du demain, Paul l’exprime avec une grande simplicité : « Pour moi, vivre, c’est le Christ. » Par cette expression, il témoigne que chacun de nous, dans notre existence et notre quête du bonheur, pouvons trouver notre orientation dans cette relation d’amour avec Jésus, afin de demeurer uni avec lui et de servir son œuvre. Alors, voilà peut-être le véritable « salaire » dont parle l’Évangile. Notre Seigneur ne nous propose pas une récompense à comparer avec celle des autres. Mais il nous donne ce qu’il y a de plus précieux : sa présence, son Amour, et la joie de participer à son œuvre.


Pour conclure, chers Frères et Sœurs, telles ces mains qui forment un trône pour recevoir notre Seigneur au moment de la Communion, accueillons aujourd’hui cette parole du maître de la vigne comme une invitation à témoigner de ce qu’il nous donne en retour. Il nous rappelle ainsi que chacun de nous demeure unique à ses yeux et a la même place dans son cœur ; que nous avons simplement à accueillir son appel et à lui offrir ce que nous sommes, avec nos forces, nos fragilités, notre histoire et notre désir d’aimer. Bref, que « vivre le Christ » ne repose pas sur le compte ou la comparaison, mais le simple fait de l’accueillir et de faire de notre vie une réponse à son Amour.


Amen. Alléluia !

 

Frédéric Kienen



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