Lumière de foi et sel de vie
- Frédéric Kienen

- il y a 5 jours
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5e dimanche du temps ordinaire - 8 février 2026
Is 58,7-10 et Mt 5,13-16

Chers Frères et Sœurs,
Force est de constater que le temps du Carême et de son jeûne spirituel n’a pas encore commencé… d’où Jésus continue de s’adresser aux gourmands. En effet, dimanche dernier, Jésus parlait aux gourmands de la joie avec les Béatitudes. En début de semaine, à la Chandeleur, il nous invitait à être gourmands de Sa lumière. Et aujourd’hui, il continue sur le même registre en s’adressant aux gourmands de la vie, mais en version… sucré-salé. Plus précisément, quelque chose change car Jésus ne se contente plus d’être LA Lumière. Aujourd’hui il nous passe effectivement le flambeau : « Vous êtes la lumière du monde » ; « Vous êtes le sel de la terre ». Deux images simples et pourtant riches en enseignement qui nous invitent au changement, à la conversion. Pourquoi ? Car Le sel ne sert à rien s’il reste dans la salière ; car La lumière n’éclaire pas si on la cache. Ainsi, par ces deux images, Jésus nous rappelle un autre fondement de la foi qui n’est pas faite pour être gardée pour soi, mais pour transformer la vie, la nôtre et celle des autres vers le bonheur véritable.
Première image. Au sujet de la lumière, le prophète Isaïe nous montre concrètement à quoi elle ressemble quand elle devient vivante et incarnée : « Partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir le pauvre sans abri, couvrir celui que tu vois sans vêtement. » Et alors, dit-il, « ta lumière jaillira comme l’aurore ». Isaïe définit ainsi la lumière de Dieu non pas comme un idéal ni un beau sentiment intérieur, mais bien comme un jaillissement, une praxis, c’est-à-dire une mise-œuvre de gestes de justice, de compassion et de partage. Jésus, dans l’Évangile, va encore plus loin. En effet, Il ne dit pas seulement de faire rayonner le bien autour de soi. Il indique la source et la direction de ce bien en affirmant « que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux ». Autrement dit, la lumière que nous avons contemplée, accueillie et célébrée depuis Noël, Jésus, en porteur de lumière, nous la transmet humblement, par amour. Dès lors, attendue et reçue dans la foi, rayonnante par notre vie, Sa lumière qui nous traverse nous transforme à son image comme des passeurs de lumière. Nous devenons ainsi à son image des guides et des repères pour tous ceux que nous rencontrons. Uniquement des guides ? Oui… car nous sommes des passeurs de Sa lumière, de son amour. En ce sens, la vraie lumière n’attire pas l’attention sur nous, mais bien sur la source, sur Dieu Lui-même. La vraie lumière ne cherche pas la reconnaissance de soi, mais révèle l’amour du Père.
Deuxième image. Jésus ajoute également cette autre image étonnante, celle du sel de la terre. Bon, nous le savons. Le sel donne du goût. Sans sel, la nourriture est fade. De la même manière, sans Dieu, sans l’Évangile vécu, la vie peut perdre sa saveur profonde. Alors, c’est vrai… nous pouvons vivre et voir par nous-mêmes beaucoup de choses qui nous rendent heureuses certes… mais passer malgré tout à côté du bonheur véritable. Pourquoi ? Parce que nous avons une fâcheuse tendance à l’agueusie, c’est-à-dire à nous contenter de l’habitude du quotidien qui endort notre goût, ou à refuser par souci de maitrise que l’autre s’approche de notre cuisine. Bref, progressivement, nous perdons ainsi la saveur de l’inconnu, la saveur de l’audace et de la vie… la saveur de la foi. Ainsi, cet appel de Jésus d’être le sel de la terre demeure surtout le rappel que chaque moment vécu à sa propre saveur qui trouve son goût véritable non dans l’autosatisfaction, mais bien que lorsqu’il est partagé et épicé par l’amour de Dieu. Bref, Jésus nous rappelle qu’être le sel de la terre, ce n’est pas briller pour soi ni devenir à tout prix un chef étoilé, mais déjà de donner du goût à la vie des autres et donc à nous-mêmes. Et c’est là que se cache le bonheur véritable : dans une vie qui se donne et qui aime.
Ainsi, accueillir la lumière du Christ avec foi, c’est découvrir que le vrai bonheur ne se trouve pas dans l’égoïsme ou la fermeture, mais dans le don de soi. Le sel de la terre, c’est une vie ajustée à l’amour, une vie qui donne goût à l’existence, même au cœur des épreuves.
Pour conclure, chers Frères et Sœurs, après la Chandeleur, Jésus nous fait passer d’une foi qui contemple à une foi qui rayonne et se goûte. Sa lumière nous est donnée pour éclairer nos choix et relations, Son sel éveille nos sens sur notre manière d’aimer. Et plus nous les partageons, plus nous laissons Jésus nous transformer ; plus nous les incarnons, plus notre foi grandit en nous.
Aussi, demandons au Seigneur la grâce d’accueillir sa lumière chaque jour, avec une foi simple et confiante, une foi sucré-salé ; afin que notre vie devienne humblement mais réellement lumière pour nos frères et sel qui donne goût au bonheur véritable.
Amen. Alléluia !
Frédéric Kienen



