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  • Photo du rédacteurMichel Teheux

Jeudi Saint

Dernière mise à jour : 3 avr.

Évangile selon saint Jean (Jn 13, 1-15)



L’heure est grave : elle donne le poids de toutes les paroles et des gestes posés auparavant.

L’heure est grave : elle révèle ce qui se jouait dans ces quelques mois de prédication et de ministère de guérison.

L’heure est décisive : on ne pourra plus revenir sur ce qui est dit, effacer ce qu’elle montre.

C’est l’heure des adieux et du testament où s’énonce, en condensé, ce qui a été important durant toute une vie.

 

Au cours du repas qu’il pressent être un des derniers, alors qu’il est pleinement conscient de la gravité – de l’heure – l’évangéliste Saint Jean souligne sa souveraine lucidité -, Jésus se lève de table. Non pour faire un discours, mais pour laver les pieds de ses disciples.

 

Geste insolite et déplacé : il n’était pas dans les attributions du Maître de laver les pieds de ses serviteurs et ce geste de service n’était jamais posé au cours du repas. À l’heure où Jésus devrait prendre les choses en main et se redresser de toute sa stature pour dominer les événements, le voici agenouillé, littéralement aux pieds de ses disciples, dans la position de l’esclave sans droits, sans légitime reconnue.

 

On est à l’heure des choses essentielles : ainsi donc la position du serviteur est, pour Jésus, royale. Le testament, le voici : cette attitude n’est pas indigne du Sauveur : plus : elle accomplit sa vie, sa prédication et ses gestes symboles.

Dans l’agenouillement de Jésus se révèle son être le plus profond, son cœur. Toute la vie de Jésus manifeste que Dieu se plait à hauteur d’homme. Le lavement des pieds nous le montre à ras du sol.

 

Cet abaissement ne constitue donc en rien une déchéance. Nous n’avons pas affaire ici à un Fils dénaturé. Au contraire il est de la nature de Dieu et du Fils bien-aimé de se courber, de se pencher, de s’agenouiller. Le secret de cet abaissement – qui est l’autre mot de l’incarnation – est énoncé par le récit de l’évangéliste : « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout.

À l’extrême. Extrêmement.

 

L’amour brûlant de Dieu le conduit à toute extrémité : le geste du lavement des pieds est un débordement de ce qui bat au cœur de Dieu.

 

Le geste du Jeudi Saint oblige à faire un déplacement, une pâque. Dieu se met là où on ne l’attendait pas. Il sort du rang et dérange. Il convertit ce qui était déchéance en sacrement de sa grandeur, ce qui était dérisoire en témoin d’éternité. Dieu renversé, accroupi pour dire quelle estime il a de nous et donc quelle estime nous pouvons avoir de nous-mêmes. Le service n’est plus seulement bienveillance, il devient révélation.

 

À la Cène du Jeudi Saint, nous découvrons qu’il n’y a pas d’autre lieu pour rencontrer Dieu que nous mettre dans la position qui est la sienne. Tout souci de l’autre a valeur de révélateur : nous attachant au bien-être de l’autre, secrètement peut-être, mais en vérité, nous nous mettons sur le chemin qui permet de rencontrer Dieu.

Depuis le soir du repas d’adieu, le service, tout service de l’homme a une portée théologique : il parle Dieu (comme on parle une langue).

 

À la table du dernier repas, nous recevons la parole révélante du service, nous recevons aussi le testament qui est notre règle de vie.

 

« Si moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavés les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres, pour que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous »

Le service de tout ce qui est humain en l’homme mesure l’incidence du message évangélique : il est déjà jugement.

 

À l’endroit exact où les autres évangélistes attestent la présence de Jésus aux siens jusqu’à la fin des temps en faisant mémoire des paroles d’adieu prononcées sur le pain rompu et la couche échangée. Saint Jean fait, lui, mémoire du lavement des pieds. Il n’y a pas d’autre sacrement de la présence du Seigneur que le geste du serviteur. Il n’y a d’autre consécration que celle d’une vie aimante.

  

Michel Teheux


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