EMMAÜS
- Michel Teheux

- 19 avr.
- 3 min de lecture
3e Dimanche de Pâques - 19 avril 2026
Évangile selon saint Luc 24, 13-35

Ils allaient tous les deux sur la route, dans la chaleur et la poussière, écrasés par le malheur de l’avant-veille. Ils marchaient sans comprendre. Le Maître avait été arrêté, exécuté. Les foules l’avaient renié et on l’avait vu perdu au gibet d’infamie, hors de la Cité Sainte, comme un mécréant. La grande aventure était terminée. La fête avait tourné aux larmes et les rires s’étaient mués en détresse. L’Agneau du sacrifice était devenu la brebis menée à l’abattoir. Les disciples s’étaient éparpillés ; le troupeau, sans pasteur, ayant fui.
Ils discutaient des raisons qui les avaient poussés à s’engager, de leurs espoirs, de son échec, de sa mort incroyable. Un compagnon sans nom, sans visage, un passant s’approcha sans rien dire. Il écouta longuement les espoirs déçus et les nouvelles craintes. Il partagea les inquiétudes et ne put ignorer la secrète interrogation : la mort aurait-elle donc le dernier mot ?
Bientôt les mots vont se presser sur les livres, l’Écriture en entier est là, présente. Il commence par Moïse, l’Égypte, l’Exode, la longue servitude, la libération, l’Alliance au désert. Il parle des prophètes, de l’exil et du retour : l’espérance ne peut décevoir, la vie renaît des cendres, le grain doit mourir pour porter du fruit.
Ils l’invitent à entrer à l’auberge avec eux. A sa parole, leur cœur s’est lentement réchauffé. L’aurore ne peut disparaître lorsque, dans les ténèbres, les premiers rayons du jour ont paru.
« Reste avec nous ». la table est mise. Le voyage arrive à son terme. Le pain rompu, partagé, la miche de l’amitié, c’est là, devant eux, le signe de l’Ami « Ils le reconnurent ».
Pour nous, ce ne sera jamais plus comme avant. Au fond des solitudes, alors que la désespérance semble devoir l’emporter, il nous reste à marcher dans l’attente, jusqu’à l’ombre du soir qui le fera rester près de nous.
Il nous reste à garder sa Parole : c’est elle qui nous le découvre et dévoile son secret. Nous connaissons depuis longtemps cette histoire vieille de rois et de prophètes, mais lui dévoile le grand dessein de Dieu. Sa Parole retrouve les chemins cachés de notre cœur, que nous pensions à jamais enfouis sous l’opacité de nos incertitudes et de nos questions, effacés par trop de déconvenues et de médiocrités.
Sa Parole dévoile des traits que nous pensions à jamais oubliés. Dieu est donc fidèle à ses promesses ; nous pouvons toujours tout recommencer, nous sommes marqués à jamais par l’Esprit… !
Il réveille en nous des voix que nous avions fait taire : vous êtes des enfants bien aimés, je ferai jaillir en vos déserts des sources d’eau vive ! Et notre cœur déjà s’éprend.
Il est entré chez nous. Il a rompu le pain, comme font des amis qui prennent ensemble un repas quotidien. Et jamais nous ne pourrons oublier la saveur de ce pain.
Il est avec nous Celui que nous cherchions. Il est vivant Celui que nous reconnaissons dans le geste familier.
Lorsque nos yeux s’ouvrent, déjà nous devons nous lever : nos yeux étaient empêchés de le voir parce que notre regard, après s’être posé sur Lui, peut-être, comme un passant, ne l’avait pas suivi jusqu’où il allait et où il nous entraînait, pour y entrer avec nous. Quand nous le retrouvons, heureusement, il nous échappe encore, nous ne pouvons pas le détenir. Cette fois nous le perdons plus : il est parti en se donnant, il est reparti pour nous appeler plus avant.
Michel Teheux



