La pierre est roulée
- Michel Teheux

- 5 avr.
- 3 min de lecture
Pâques - 5 avril 2026
Évangile selon saint Jean 20, 1-9

Une femme marche dans la lumière de l’aube. Dans la clarté d’un jour qui commence, alors qu’il fait encore sombre, elle se rend au tombeau où le corps de Jésus a été déposé.
En pleurs. Notre sœur. Comme nous elle se dit sans doute : est-il donc possible que la vie humaine ne soit que cela, une courte histoire qui se termine toujours par la mort. La vie n’est-elle toujours qu’une défaite acceptée ou, en tous les cas, imposée ?
Est-il possible que l’amour soit toujours définitivement anéanti et vaincu ?
Et que restera-t-il de ce que nous avons laborieusement construit ; sans doute, au mieux, quelques souvenirs jaunis que le temps effacera de plus en plus.
La vie serait-elle une absurdité inacceptable ?
Elle s’en allait vers le tombeau. Vers un mort. Pour rendre l’inacceptable un peu plus tolérable.
Pour pleurer sur le passé, c’est éviter de devoir pleurer sur le présent. Pour retenir ce qui, déjà, lui avait été arraché. Pour nier temporairement et illusoirement, qu’un tournait irréversible avait transformé irrémédiablement sa relation avec le Maître bien-aimé. Elle allait au tombeau pour une démarche de deuil à faire.
Surprise et étonnée, elle voit la pierre roulée. La tombe est ouverte. Comme une béance. Comme une ouverture vers le possible à découvrir, à recevoir.
La vie pourrait être victorieuse ; les Paroles du Maître au lieu d’être testament et relique pourraient être paroles de vie, pour faire vivre ; les gestes qui relevaient au lieu d’être objets de souvenir pourraient susciter d’autres gestes qui ressuscitent l’espérance.
Béance d’un tombeau désormais vide pour annoncer qu’il est vivant. Et le mot qui surgit de l’action de grâce de Marie éplorée, transfigurée est, grammaticalement, un participe présent et se conjugue à la voix active. La béance du tombeau vide annonce que la résurrection s’écrit en termes de vie présente.
La tombe est ouverte comme une béance ; et aussi comme un appel.
La Marie transfigurée devient missionnaire d’une nouvelle transfigurante.
Elle qui marchait vers une tombe, court. Pour appeler les disciples à courir eux aussi. Pour faire courir la nouvelle jusqu’à aujourd’hui.
Pâques se reçoit comme une annonce et comme une mission.
Une annonce : inimaginable et qui ne peut être démontrée.
Tertullien, un Père de l’Église, disait : « La résurrection est impossible, donc elle est certaine ». Non pas d’une certitude disponible, une évidence, mais une certitude qui, s’appuyant sur le témoignage des premiers disciples, se reçoit à travers la confiance. Nous confessons Pâque, et la résurrection ne peut se dire qu’en évocation et en symboles. Symboles de la foi.
Pâques se reçoit aussi comme une mission. Marie-Madeleine peut se détourner de son passé et du poids de ses hantises, elle qui fut guérie de sept démons.
La voici neuve pour vivre. Notre foi pascale ne concerne pas d’abord la fin du monde mais notre aujourd’hui. « Ne cherchez plus le vivant parmi les morts, il n’est plus ici » avertit l’ange du dimanche matin « allez dire aux frères, il vous précède ». Nous recevons vocation d’être artisans d’espérance.
« L’artisanat de Pâques » ne s’écrit qu’en termes d’ébauches de vie, à coups d’essais et d’erreurs », mais aussi en s’appuyant sur l’expérience partagée qui permet la transmission des savoir-faire.
Nous appuyant sur une longue lignée de témoins qui ont vécu de la Pâque du Seigneur, nous recevons vocation de passeurs de vie : nous avons devoir de réenchanter notre temps pour que chaque jour soit un commencement du monde.
Michel Teheux



