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Veillée Pascale

  • Photo du rédacteur: Michel Teheux
    Michel Teheux
  • 4 avr.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 6 avr.

Église Saint-Pierre - 4 avril 2026


Église Saint-Pierre - Veillée pascale - 4 avril 2026
Église Saint-Pierre - Veillée pascale - 4 avril 2026

Tout a commencé par des rites de sépulture, l’hommage des femmes au mort, l’embaument du cadre d'un supplicié.

 

Tout a commencé dans un jardin, aux portes de la cité sainte.

Comme tout s’était lamentablement terminé dans le jardin voisin : l’aventure de trois ans de prédication commencée dans la printanière Galilée avait abouti sur un gibet d’infamie et la proclamation d’une Bonne Nouvelle avait été jugée comme blasphème.

Le jardin du Golgotha était tout à côté et celui-ci ne devait, lui aussi, ne plus connaître que les larmes de la désespérance des femmes qui avaient suivi le Maître depuis le début. 

 

Tout a commencé dans ce jardin.

Comme aux premiers matins de l’univers. Dieu s’est mis du côté de la vie.

« Dieu vit que cela était bon » ! Et à l’émerveillement de Dieu s’est jointe notre acclamation : « Que tes œuvres sont belles ! »

 

Tout a commencé dans ce jardin,

Lorsqu’il est devenu manifeste pour les cœurs qui s’étonnent et ne peuvent rien expliquer que Dieu a accompli son projet éternel, lorsque deux, trois femmes aimantes apprenaient que l’histoire sainte s’est condensée en cet homme qu’elles ont écouté, suivi, aimé. Jésus de Nazareth.

Et notre cœur, cette nuit, s’est réchauffé en relisant ces Écritures et en faisant mémoire de cette histoire sainte : « Que tes œuvres, Seigneur, sont belles : tu nous prends par la main ! »

 

Tout commence pour nous cette nuit.

Car nous avons laissé monter en nous les alléluias vainqueurs.

Car nous nous sommes laissés prendre par cette affirmation, cette annonce qui, maladroitement sans doute, mais surement, enserrent notre vie.

Christ est vivant !

 

Cette nuit, de manière nouvelle, à travers des morts dont nous sommes les héritiers, à travers des gestes qui ont traversé le temps, par des mots d’hommes et des gestes communs - chanter, s’assembler, écouter, prendre du pain, faire jaillir le feu et la lumière - nous avons accueilli une Parole qui est celle de Dieu et nous entrons dans le grand geste de l’histoire sainte.

Christ est ressuscité !

Révolution, bouleversement, retournement de nos vies !

Nous attestons que quelqu’un - quelqu’un de notre histoire - est plein de vie.

Éternellement et nous annonçons que, dès lors, la vie - la vie de tout homme - va vers la plénitude. Pour toujours.

 

Tout commence cette nuit. Avec la foi de deux, trois femmes, venues au tombeau.

Avec notre foi, mal assurée et balbutiante :

Parce qu’il nous est dit que la vie est désormais notre promesse.

Même si, de manière ô combien douloureusement évidente, les forces de mort nous emprisonnent encore, même si, de manière ô combien tragiquement évidente, le calvaire est encore présent en nos histoires personnelles et collectives.

 

Christ est ressuscité !

Victoire pour nous sans doute.

Victoire aussi pour le monde.

Car, cette nuit, l’annonce pascale et l’espérance qu’elle promeut ne sont pas à usage interne : elles sont pour le monde.

Cette nuit notre étonnement, joint à celui des saintes femmes est Bonne Nouvelle pour la terre entière : nous devenons, par la grâce de Dieu, la conscience vive de ce qui lui est déjà donné sans qu’elle en ait connaissance.

En nous, le monde apprend que la mort - la mort physique, la déchéance morale et spirituelle, l’exploitation sociale, la désespérance des personnes ou collective - en nous, le monde apprend que la mort - toute mort- est contre nature.

 

Pâques n’existe que lorsque, par la grâce de la lumière que nous avons accueillie, nous devenons pour le monde des passeurs de vie, des passeurs d’espérance.

Non pas que nous prétendions que tout est évident en notre foi. La vie que nous construisons est malmenée, la libération dont nous sommes les artisans est marquée par tant de chutes et de rebours en arrière d’impasses et de chemins de traverse. La lumière que nous souhaiterions transfigurante a tant de mal à lutter contre les désespérances et parfois même le désespoir.

 

Nous n’éliminons pas à bon marché le tragique de l’existence.

Avec le non-croyant nous sommes confrontés à l’absurde, acculés à la souffrance, au vide.

Nous croyons seulement, auprès du tombeau, nous croyons humblement qu’un monde nouveau est né, puisqu’un homme a été arraché aux puissances de mort.

 

Pâques n’existe que dans l’humilité du témoignage. C’est la dimension que tout geste de vie désormais consacré dans la victoire pascale d’incarner la révolution du tombeau, trouve vie par deux, trois femmes encore apeurées. Tout geste qui est porteur de vie a valeur d’éternité. Tout geste qui engendre la mort, celle des corps et celle des cœurs, tout geste qui veut détruire l’espérance n’est pas digne. Pas digne de Dieu. Pas digne de l’homme.

 

À Pâques nous consacrons tous les gestes porteurs de vie.

 

 

Michel Teheux




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