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Allez dire !

  • Photo du rédacteur: Michel Teheux
    Michel Teheux
  • 14 déc. 2025
  • 3 min de lecture

3e dimanche de l'Avent - 14 décembre 2025

Évangile selon saint Matthieu 11, 2-11




Que le désert chante et crie de joie !

Que la terre aride fleurisse, car le Seigneur vient !

Jean le Baptiste en avait bondi d’allégresse : « Il vient et je ne suis pas digne de dénouer ses sandales « ! Cri de joie de dimanche dernier. Mais, dans sa prison, il se retrouve seul.

Agité par le doute : les signes de la venue de Dieu sont tellement contraires à ce qu’on attendait.

 

« Es-tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre » ?

Elle est bien nôtre, cette question du Baptiste en sa prison !

Le désert l’emporte sur les solidarités généreuses et en ce temps de déprime économique, chacun se replie sur lui-même et sur ses acquis ou privilèges sociaux.

Les captifs sont toujours réduits à fléchir les genoux devant plus fort qu’eux : oppression de peuples entiers esclaves des systèmes économiques ou politiques, aveuglement de ceux qui détiennent le pouvoir, fatalité des conditionnements personnels ou collectifs.

 

Devons-nous en attendre un autre ?

Depuis 20 siècles on a beau nous répéter que Jésus est venu nous libérer, nous sauver, tant d’injustices, tant de souffrances ou de malheurs, contestent cette proclamation et si peu de choses ont changé que la question, lucidement, monte sur nos lèvres et l’interrogation divise notre cœur : n’avons-nous pas eu tort de faire confiance à ce Jésus ?

Franchement, votre vie ne vous est-elle jamais apparue comme vouée à une cause perdue ?

 

« Du cultivateur, recevez la patience » !

Il a labouré, il a semé, et puis l’hiver est là avec la terre comme morte.

Malheur à lui s’il désespère que le jour va bientôt se lever !

De Jésus, il nous faut réapprendre, encore, une fois de plus, l’espérance.

« Allez dire ce que vous entendez et voyez » !

Quelques paralysés sont redressés. Sans doute des centaines restent courbés mais quelques-uns sont remis debout.

 

Des aveugles voient parce que les ténèbres intérieures ont été illuminés par des paroles qui touchent le cœur.

Des boiteux marchent parce qu’une main a soutenu leurs marches vacillantes.

 

Des lépreux sont guéris parce qu’un baiser les a convaincus qu’ils n’étaient pas les damnés de la terre.

Des sourds entendent une Bonne Nouvelle qu’ils n’osaient penser être pour eux.

Vous me direz : c’est une goute d’eau dans l’océan de la détresse humaine : il y a encore tous ceux qui rampent par terre, ceux qui boitent, malmenés par l’existence, ceux qui sont excommuniés encore de la communion avec les autres, ceux qui n’entendront jamais que les cris de haine, de guerre, d’oppression ou la voie de la condamnation des autres ou d’eux-mêmes. Le salut serait-il si dérisoire ?

 

Heureux celui qui ne tombera pas !

L’Évangile n’est pas un poème héroïque, une épopée, ni la démonstration éclatante d’une victoire non contestable. Il est tissé d’humbles existences, dérisoires comme toutes les existences, des mots fragiles comme toutes les paroles humaines, une vie qui finit lamentablement sur un gibet de condamnés, une prédication qui a des accents provinciaux bien différents des traités savants des sages. Folie de Dieu et scandale d’une croix ! Du Royaume vous ne verrez que la petitesse de la graine jetée en terre, la dérision d’une croix dressée pour manifester l’amour de Dieu, la fragilité d’un enfant pleurant dans la campagne de Bethléem.

 

Allez dire…

Nous n’irons pas proclamer des choses extraordinaires, des faits hors du commun, nous ne pourrons dire que notre pauvre expérience. Des aveugles voient, des sourds entendent, des paralysés se relèvent. Notre témoignage est celui du muet qui, hier encore, n’avait rien à dire et qui aujourd’hui ne peut retenir la louange qui monte sur ses lèvres.

Notre témoignage est celui du paralysé qui, hier encore, était enchainé par tant d’entraves et qui, aujourd’hui, s’étonne de sa liberté.

 

Allez dire…

Pour nous opposer au défaitisme de la lucidité humaine, pour attester la réalité du salut, nous n’avons que des signes fragiles à apporter : ce qui nous est arrivé !

Mais aussi ce que nous allons nous remettre à faire. Car la marche dans le désert peut être moins pénible si chacun prend l’autre par la main, si ceux qui ont plus de cœur à l’ouvrage réconfortent les découragés, si les plus forts prennent sur leurs épaules les plus faibles.

 

Devons-nous encore attendre ?

Lorsque les signes du salut apparaissent dérisoires, le temps vient de donner chair à l’espérance. Car la Bonne Nouvelle est une grâce pour devenir un devoir, une promesse pour devenir une tâche.

Du salut, il ne sera donné qu’un seul signe : des hommes et des femmes qui en vivent. Au lieu de preuves, il n’y a qu’une invitation : « allez dire » !

 

 

Michel Teheux



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