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« AIMEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES » : Ἀγαπᾶτε ἀλλήλους

  • Photo du rédacteur: Frère Christian Eeckhout, OP
    Frère Christian Eeckhout, OP
  • il y a 6 jours
  • 6 min de lecture

Prédication du Fr Christian Eeckhout, OP à l'occasion des fêtes Septennales

Collégiale Notre-Dame et Saint-Domitien - 16 Août 2026




Chers frères et sœurs,

 

Dans l’Évangile selon saint Jean, Jésus parle sans détour. Lors de sa passion, Il n’a plus vraiment le temps de grandes considérations. Il sent venir sa condamnation et sa mort toute proche, avant d’être glorifié, et de ressusciter. Il déclare en substance à ses disciples : vous voyez que Judas est sorti. Je suis engagé dans ce combat pour la vie.


Vous et moi, sommes dans un contexte à risque ! Si vous voulez témoigner de ce que nous avons vécu ensemble, alors il faut vraiment être soudés ; et la meilleure manière c’est celle que je vis depuis toujours avec vous : un amour total.


Pas celui de la possession ou de la domination d’autrui, comme l’« eros », ni même celui des intérêts mutuels dans l’amitié, la « philia ». C’est une manière d’être au monde et aux autres qui est celle d’un amour de charité, du type « agapè », c’est-à-dire qui est sans renvoi d’ascenseur, sans attendre un merci en retour, comme celui d’une mère qui a allaité son petit enfant.


Et comme je vous ai aimés ainsi, jusqu’à vous laver les pieds dans un esprit de service, il faut que vous agissiez de même. Sinon vous ne serez pas crédibles ! Car vous êtes reliés à Moi, hommes et femmes réunis à Jérusalem, et ce sont mes dernières volontés en quelque sorte : « comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,34 ; 15,12.17).


Voilà ce que Jésus déclare comme testament spirituel à ses disciples. Jésus-Christ fonde une communauté qui a pour ciment le même amour que celui qui le lie à son Père. Et la première communauté chrétienne, avec sainte Marie à Jérusalem a vécu cet idéal, avec la force reçue de l’Esprit Saint qui leur rappela tout l’enseignement et le vécu de leur divin maître, Seigneur et sauveur. Donc en cet évangile, les uns et les autres, ce sont les disciples hommes et femmes de Galilée surtout.


Mais est-ce facile d’aimer ainsi, vraiment d’aimer les autres comme Jésus les aime ? Et avez-vous pensé à vous laisser aimer ? Par les autres ? Et par celui qui est ‘autrement Autre’, Jésus ?


Oui aimer c’est une action : une action d’amour ! C’est même un chemin de bonheur pour tous dans l’alliance de Dieu, car en créant les hommes et les femmes à Son image, Dieu ne se proposait que leur bonheur ! (cf. Sg 2,23).


Voici cinq pistes concrètes pour vivre cet amour au quotidien :


1° Tâchons d’agir avec humilité : Servons sans chercher à être reconnu ; pensons aux œuvres de miséricorde : aider un voisin, aller rendre visite à une personne malade, en prison, ou veuve.


2° Soyons attentionnés et attentifs : écoutons les besoins des autres, même s’ils ne les expriment pas clairement.


3° Si nous sommes incompris, ou ‘de la revue’, sachons pardonner. Comme Jésus a pardonné à ceux qui l’ont crucifié, choisissons de pardonner plutôt que de nous venger ou de nourrir de la rancœur.


4° Devenons juste : en défendant les opprimés et combattant les injustices, comme le rappellent les béatitudes évangéliques.


5° Désirons partager : en donnant de notre temps, de nos ressources ou de nos compétences pour aider ceux ou celles qui sont dans le besoin. À l’exemple des premiers chrétiens qui cherchaient une communauté de prière et de partage (cf. Ac 2,42-47).


Et qui sont « les autres » ? Retenons que c’est un amour qui s’étend à toutes et à tous, universellement. Même si saint Jean montre Jésus parlant à ‘ses disciples’, en réalité, pour Jésus il s’agit d’un amour inconditionnel et universel.


Les trois autres évangiles montrent en effet que l’amour à la manière de Jésus-Christ n’est pas limité au cercle restreint de la famille, des amis, ou de la communauté de foi juive. Il s’étend à toutes et tous, y compris aux ennemis et aux personnes qui nous sont étrangères ou hostiles. Jésus l’illustre clairement dans le ‘sermon sur la montagne’. Et quand il parle du « prochain », Jésus dit : “Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent.” (Luc 6,27-28).


Nous sommes appelés à répondre à la haine par la bienfaisance active. Cet amour dépasse les barrières et invite à voir en chaque personne sa dignité inaliénable, une valeur intrinsèque, créée à l’image de Dieu. Aimer à la manière de Jésus, c’est donc agir avec compassion, se mettre au service des autres, et chercher leur bien-être, même au prix de sacrifices personnels.


Aimer les autres comme Jésus-Christ ? Ce n’est pas toujours facile, mais c’est une aventure qui donne un sens profond à la vie. C’est simple et exigeant à la fois. De même que les vitraux colorés de cette magnifique collégiale font entrer la lumière, nous avons, nous aussi, à réfléchir la lumière de l’amour divin dans un monde qui en a souvent bien besoin. Donc arriver à vivre cet amour de charité, le processus de la réconciliation – dans les ménages, dans les groupes, entre les États – c’est choisir de briser les cycles de haine, de créer des ponts plutôt que des murs.


S’aimer les uns les autres à la manière de Jésus-Christ, c’est adopter le principe central de son enseignement qui dépasse une simple recommandation morale pour devenir une invitation à transformer les relations humaines.


Si, en effet, l’histoire de l’humanité est marquée par des conflits, des injustices et des divisions, l’amour chrétien est un antidote à ces maux. En choisissant d’aimer les autres malgré les différences culturelles, religieuses, sociales, les croyants deviennent des témoins de réconciliation dans un monde souvent fragmenté. Pour les chrétiens, s’aimer « les uns les autres » est une réponse naturelle à l’amour que Dieu nous a témoigné en premier. Jean écrit : “Nous nous aimons parce que Dieu nous a aimés le premier.” (1 Jean 4,19). Nous sommes appelés à refléter cet amour divin reçu envers notre prochain. C’est une façon de rendre grâce et de vivre en cohérence avec notre foi.


Dans les paraboles de Jésus, comme celle du ‘bon Samaritain’ (Luc 10,25-37), nous voyons concrètement ce que signifie “aimer son prochain” : « Les autres » c’est le prochain dont volontairement je me rapproche, et me fais proche parce qu’il est dans la misère, malgré lui. Et je veux essayer de l’en sortir au mieux pour qu’il fasse ou refasse sa vie. Pourquoi ? Parce que c’est ce que Jésus a toujours fait pour nous tous ! Il est le véritable « bon samaritain » de nos moments ratés, Celui qui fait miséricorde.


Un enfant à qui l’on demandait ce que signifiait « la miséricorde » répondit avec sagesse : ‘c’est celui qui prend une corde pour tirer l’autre de la misère.’ !


Qui sont les uns et les autres ? Je dirais ce qu’a écrit notre ami l’abbé Michel Teheux pour donner le sens de ces septennales : Ce sont celles et ceux qui d’abord prennent le temps d’être les uns ‘avec’ les autres et puis osent être les uns ‘pour’ les autres ! On peut penser à celles et ceux qui ont agi ainsi pour les autres – ils étaient le plus souvent des inconnus – par des actes d’amour de charité inspirés par Jésus-Christ et qui ont changé des vies et des sociétés.


Il suffit de penser au soldat romain saint Martin de Tours, qui partagea son vêtement avec l’homme gelant de froid.


À saint Dominique qui vendit ses précieux manuscrits bibliques pour nourrir les affamés lors d’une famine.


À sainte Catherine de Sienne qui assista les prisonniers condamnés avant leur exécution capitale.


À saint François d’Assise qui alla embrasser un lépreux par compassion ou à saint Damien De Veuster qui donna sa vie aux lépreux de Molokaï.


À saint Maximilien Kolbe qui demanda à remplacer un père de famille qui devait être fusillé.


À la sainte Mère Teresa, qui a consacré sa vie à rendre leur dignité et à accompagner dans leurs souffrances ou solitudes les pauvres laissés à eux-mêmes dans les caniveaux de Calcutta.


À Martin Luther King Junior, qui a lutté pour les droits civiques de ses compatriotes avec un message d’amour et de non-violence aux États-Unis.


Ou à notre frère hutois, le fameux dominicain Dominique Pire, qui organisa l’accueil des réfugiés, mais également privilégia le fait d’apprendre à pêcher du poisson pour libérer ceux qui sont dans la dépendance du poisson reçu.


Et il y a tous les anonymes qui, chaque jour, aident leur prochain, sans rien attendre en retour. Ces exemples illustrent comment l’amour chrétien peut inspirer des mouvements de justice, soulager la souffrance, et construire un monde plus humain.


À nous maintenant de témoigner de ce même élan d’amour.


Pour la plus grande gloire de Dieu ! Amen.

 

Fr Christian Eeckhaut, OP



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