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Pardonner sans compter…

Photo du rédacteur: Frédéric Kienen
Frédéric Kienen
13 sept.
3 min de lecture

24e dimanche du temps ordinaire

Si 27, 30 – 28,7, et Mt 18, 21-35


Chers Frères et Sœurs,


Souvenez-vous, dimanche dernier, nous avons relu l’Évangile de la « correction fraternelle ». Plus précisément, nous avions médité sur le fait de dépasser justement cette expression de « correction » pour entendre plutôt un « encouragement fraternel ». Car lorsque Jésus nous invite à aller vers notre frère, il ne nous place pas devant lui, comme un juge qui aurait raison face à celui qui aurait tort. Au contraire, il nous replace côte à côte, comme deux frères qui ont encore un chemin à parcourir ensemble. Et ce chemin, c’est le Christ lui-même qui nous le montre. « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux ». Nous ne sommes donc jamais seuls dans cette relation parfois difficile avec l’autre. Mais même quand la distance parait trop grande entre ces frères, le Christ est là, au milieu de nous, pour nous rapprocher et nous conduire tous les deux sur ce même chemin, vers ce même amour.


Et aujourd’hui, l’Évangile nous fait franchir un pas supplémentaire. Car il arrive que, malgré nos paroles, malgré nos encouragements, malgré notre désir de renouer le dialogue, l’autre brise à nouveau cette relation. Et cette fois, ce n’est plus seulement notre manière de regarder l’autre qui est mise à l’épreuve, mais notre capacité à lui pardonner. C’est alors que Pierre, homme prévoyant qui anticipe cette épreuve, vient poser à Jésus une question qui pourrait être la nôtre : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Dans le cas présent, Pierre pense déjà faire beaucoup… Pardonner sept fois, c’est généreux ! La relation ne peut être que rétablie ! Mais, Jésus lui répond : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. » Autrement dit, le pardon véritable, pour devenir miséricorde, ne peut se compter… cela nous reconduirait vers la correction plutôt que l’accueil de l’encouragement.


Pourquoi ? Parce que le pardon chrétien n’est pas une comptabilité. Il ne consiste pas à dire : « Je t’ai déjà pardonné trois fois, maintenant c’est terminé. » Le pardon n’est pas non plus faire comme si rien ne s’était passé, ni nier la blessure que nous avons reçue. Jésus nous invite à quelque chose de beaucoup plus profond : ne pas laisser la faute de l’autre avoir le dernier mot sur notre relation. Pour nous le faire comprendre, Jésus raconte cette parabole d’un homme qui devait une somme immense à son maître. Cet homme ne pouvait absolument pas rembourser. Or, son maître lui remet toute sa dette, tout simplement. Non pas parce que la dette n’existait pas, mais parce que, au final, la miséricorde qui permet à chacun de grandir et d’encourager est plus grande que la dette qui écrase et corrige.


Et c’est là que la parabole devient notre histoire… car nous aussi, nous avons reçu cette miséricorde. Car nous aussi, nous sommes ces personnes qui, devant Dieu, ne peuvent pas prétendre avoir tout réussi, tout compris, tout bien fait. Car nous aussi avons nos fragilités, nos erreurs, nos manquements, nos paroles que nous aurions aimé ne pas prononcer. Et pourtant, Dieu ne nous regarde pas à travers la liste de nos fautes. Il sait que nous demeurons des enfants et, à cet égard en tant que Père aimant, il s’attend à ce que nous fassions des bêtises. Voilà pourquoi il nous regarde toujours avec miséricorde… il nous relève… il nous redonne une place unique dans son cœur et nous permet de recommencer pour grandir et suivant son Fils unique, notre grand-frère dans la foi. Car oui, le Christ est toujours là, « au milieu de nous », pour nous conduire sur ce chemin d’amour aux pavés de pardon. Il est là dans l’encouragement que nous offrons à notre frère ou lorsque nous cherchons à réparer une relation. Et il est encore là lorsque nous sommes blessés et que nous essayons malgré tout de ne pas répondre à la blessure par une autre blessure.


Pour conclure, chers Frères et Sœurs, peut-être est-ce cela, finalement, le chemin sur lequel Jésus nous conduit depuis dimanche dernier… apprendre à vivre les uns avec les autres non pas en nous plaçant devant ou au-dessus de l’autre, mais à côté de lui… main dans la main pour l’encourager lorsqu’il tombe, pour lui tendre la main lorsqu’il s’égare et, même lorsqu’il nous blesse, pour choisir encore le chemin du pardon. Car n’oublions pas que nous-mêmes, avant d’être ceux qui pardonnent, nous sommes d’abord ceux qui ont été pardonnés.


Amen. Alléluia !

 

Frédéric Kienen

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