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  • Photo du rédacteurFr. Laurent Mathelot, o.p.

Dix-neuvième dimanche du temps ordinaire

Dernière mise à jour : 13 sept. 2023

Évangile de Matthieu (14, 22-33)



Marcher sur ses peurs


La première question qu’il me semble convenir de se poser face à un récit tel celui que nous venons d’entendre où Jésus marche sur l’eau, c’est celle de la réalité des faits : Jésus a-t-il effectivement marché sur l’eau ?


Examinons les deux possibilités : est-ce un récit imagé – une parabole – qui nous parle de Jésus ou, véritablement, les événements se sont-ils déroulés comme le présente le récit ?


Si Jésus a effectivement « marché sur l’eau » et si Pierre a pu pendant un temps le faire aussi, alors le récit nous dit que notre foi, si elle est suffisante, nous permet de marcher sur l’eau. Une lecture littérale de ce récit est à rapprocher d’une lecture littérale d’un autre passage de l’Évangile de Matthieu (21, 21) : « Si vous avez la foi et si vous ne doutez pas, […] vous pourrez dire à cette montagne : “Enlève-toi de là, et va te jeter dans la mer”, et cela se produira. »


Pensez-vous que votre foi vous permettra un jour d’espérer qu’une montagne se jette dans la mer ? Pensez-vous pouvoir un jour marcher sur l’eau ?


Une lecture littérale de ces textes ne dit pas grand-chose, sinon qu’elle nous parle d’une foi surhumaine, inimaginable et inaccessible. Une lecture littérale ne nous parle plus de nous, d’un Dieu qui vient nous rejoindre. Au contraire, elle nous présente la véritable foi comme quelque chose d’impossible. S’il faut attendre de voir des montagnes se jeter dans la mer ou de pouvoir marcher sur l’eau pour être sauvés, alors l’Évangile n’est plus une Bonne Nouvelle.


Examinons dès lors l’autre hypothèse : celle d’un récit qui nous parle en images des réalités spirituelles qui nous traversent.


Dans la Bible, la mer est le symbole de la peur et de la mort ; contrairement à la source qui est un symbole d’espérance et de vie. On se souvient bien sûr du récit du Déluge où Dieu se repent d’avoir fait l’homme puisqu’il est plein de malice. On se souvient aussi du récit de l’Exode, où Dieu fend la mer en deux parts pour que le peuple échappe à pied sec à l’emprise du Pharaon. Dans d’autres passages, la mer est le repère des monstres marins : Léviathan ou la baleine qui avale Jonas. Et dans le Nouveau Testament, il est fait mention des naufrages de Paul.


Il faut bien se rendre compte que, jusqu’à une époque très récente, peu de gens savaient nager. La noyade était une des principales causes de mortalité par accident. Tous avaient une peur immense des eaux profondes. Et même la navigation se faisait par cabotage, s’éloignant rarement des côtes.


On comprend dès lors que le récit nous enseigne que la foi triomphe de la peur. Jésus qui marche sur l’eau, c’est l’image du Christ qui surmonte toute peur. D’ailleurs lorsque Pierre se mit à le suivre sur l’eau, le texte nous dit que « voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! ».


Il me semble que cette deuxième lecture nous parle infiniment plus de la puissance de Dieu que la lecture littérale. C’est parce que la foi nous délivre de toute peur que Jésus apparaît véritablement comme un sauveur en toute circonstance ; et pas seulement comme un maître-nageur qui viendrait nous secourir alors que l’on se noie.


L’Évangile n’est pas tant un manuel de natation, mais bien un écrit spirituel qui nous parle de délivrance universelle. La peur nous fait nous enfoncer dans la mort et la foi nous permet de surmonter toutes les circonstances tragiques de la vie. Voilà le véritable enseignement de ce récit.


« Non habbiate paura ! » s’était écrié le pape Jean-Paul II dans l’homélie inaugurant son pontificat. « N’ayez pas peur ! ». Ces mots s’adressaient aux chrétiens au-delà du rideau de fer, et ils ont été prophétiques : le mur de Berlin est finalement tombé.« N’ayez pas peur ! » ; ayez foi dans le salut que vous propose le Christ.


Les chrétiens de Pologne étaient terrassés par la peur de l’empire soviétique et ils avaient certainement de véritables raisons d’avoir peur. « N’ayez pas peur ! » leur rappela le pape ; croyez en la force de votre foi ; croyez en la puissance de Dieu qui passe à travers vous. Et de fait, nous savons aujourd’hui que les chrétiens de Pologne qui ont entendu ce message ont pris leur destin en main ; ont fini par renverser des montagnes ; qu’ils ont obtenu l’impossible.


La peur est le moteur qui nous conduit en Enfer. Car l’Enfer c’est d’être enfermé et rien n’enferme mieux que la peur. C’est la peur qui maintenait les populations de l’est en prison ; c’est la peur qui encore aujourd’hui nous fait nous barricader et c’est encore la peur qui nous fait envisager d’ériger des remparts et des murs, là où la foi et l’Évangile nous commandent pourtant de bâtir des ponts.


Quels sont mes barricades, mes remparts de protections ? Quelles sont en moi les peurs que le Christ doit encore rejoindre ? Les peurs qui m’enferment ; desquelles j’ai besoin d’être délivré, sauvé ? Voilà des questions pour aujourd’hui.


« Pris de peur, ils se mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur parla : ‘Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur !’ »


— Fr. Laurent Mathelot, dominicain



Année A, 19ème dimanche du temps ordinaire - 13 août 2023
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