« Je crois à la communion des saints »

Toussaint - 1er novembre 2026
Évangile selon saint Matthieu 5, 1-12a

Il y a des moments dans une vie que l’on n’oublie jamais. Pour moi, l’un d’eux demeure profondément gravé dans mon cœur : celui de mon ordination sacerdotale, lorsque toute l’assemblée, d’une seule voix, chantait la litanie des saints.
Je revois encore ce moment où, couché à terre, dans le silence et le recueillement, je m’abandonne entièrement à Dieu. Alors s’élève la litanie de tous les saints. Les voix de l’Église les invoquent, les appellent, comme si ces hommes et ces femmes de toutes les époques, de toutes les générations, de toutes les cultures et de tous les horizons viennent me rejoindre, m’entourer et m’entraîner avec eux sur les chemins de l’Évangile.
Allongé sur le sol, je ne pouvais rien faire d’autre que m’abandonner. Mais je n’étais pas seul. Porté par la prière de l’Église et par cette foule invisible de témoins, je découvrais, d’une manière toute particulière, que notre foi ne se vit jamais isolément. Derrière nous, il y a ceux qui nous ont précédés ; à nos côtés, ceux qui marchent avec nous ; devant nous, ceux qui nous attendent dans la lumière de Dieu.
Ce souvenir prend une résonance particulière en cette fête de la Toussaint. La communion des saints, ce n’est pas une idée abstraite : c’est une présence, une fraternité qui traverse le temps et la mort, une espérance qui nous relie les uns aux autres en Dieu.
C’est peut-être là l’un des plus beaux visages de l’Église. Une Église qui ne se réduit pas à ceux que nous voyons, à ceux qui se rassemblent dans nos églises ou dans nos familles. Elle est plus vaste que nos frontières, plus profonde que nos différences, plus forte que la mort elle-même. Elle rassemble les saints connus et inconnus, ceux dont les noms sont inscrits au calendrier et tous ceux qui, dans le secret d’une vie simple, ont aimé, pardonné, servi et semé la paix autour d’eux.
Voilà pourquoi la fête de la Toussaint est si précieuse. Elle nous rappelle que le ciel n’est pas peuplé seulement de personnages extraordinaires, mais aussi de visages familiers : des parents, des grands-parents, des amis, des hommes et des femmes qui ont traversé nos vies en y laissant une trace de bonté. Des personnes ordinaires qui, à leur manière, ont laissé Dieu rendre leur amour extraordinaire.
La Toussaint est une fête de famille. Elle nous rappelle que nous appartenons à une même communion, que personne ne se sauve tout seul, que nous avons besoin les uns des autres et que l’amour vécu ici-bas ne disparaît pas avec la mort. C’est cela que je crois. Et c’est cela que la Toussaint vient chaque année raviver en moi : nous ne sommes pas seuls. Nous appartenons à une grande famille, et nous sommes faits pour vivre éternellement dans la communion de Dieu.
L’Évangile de la Toussaint nous présente les Béatitudes. Ce texte est essentiel pour comprendre ce que signifie être saint et ce que Dieu prépare pour ses enfants. Car aujourd’hui encore, Jésus nous murmure : Heureux ceux qui ont le cœur ouvert, les mains tendues et la vie offerte. Heureux ceux qui sèment la paix. Heureux ceux qui osent aimer. Car là où l’amour relève, là où la justice protège, là où la miséricorde libère et là où la paix rassemble, le Royaume de Dieu s’est déjà rendu proche.
Et nous, aujourd’hui, sommes-nous prêts à emprunter ce chemin ? Car le bonheur dont parle Jésus n’est pas seulement une promesse pour demain. Il commence dès aujourd’hui, chaque fois que nous choisissons d’aimer plutôt que d’indifférer, de pardonner plutôt que de condamner, de partager plutôt que d’accumuler, de bâtir la paix plutôt que d’entretenir les divisions.
Oui ! Heureux ceux qui ont compris cela. Heureux ceux qui essaient de le vivre. Heureux ceux qui, malgré leurs fragilités, laissent Dieu faire de leur vie une lumière pour les autres. Car à eux aussi, Jésus murmure cette promesse : « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux. »
La nostalgie semble ainsi accompagner la Toussaint, de toujours à toujours. Elle nous ramène vers ceux qui nous ont précédés, vers les visages aimés, les souvenirs qui demeurent et les absences qui nous habitent. Mais la Toussaint ne nous invite pas seulement à regarder en arrière : elle nous invite aussi à lever les yeux et à regarder plus loin que nos peines, plus loin que nos tombeaux.
Certains confondent parfois la Toussaint avec le jour de la prière pour les défunts. Cette confusion est somme toute légitime : les deux célébrations sont proches et même indissociables ! Que servirait de fêter les saints si nos cousins, nos parents, nos oncles et tantes ne pouvaient pas en faire partie ? Nos familles, nos amis déjà partis vers l’autre rive ne pourraient-ils pas faire partie de ces 144 000 symboliquement évoqués par l’Apocalypse ? Alors, n’ayons pas honte de superposer le 1° et le 2 novembre : après tout, c’est la même espérance !
Je vous fais une confidence : j’aime, le jour d’après, parcourir longuement un cimetière si joliment fleuri, même lorsque je n’y connais personne. Je m’arrête devant les concessions abandonnées, devant celles qui semblent n’avoir reçu aucune visite. Je murmure quelques mots, comme une prière discrète, tout en méditant sur la brièveté de l’existence humaine, celle des autres et la mienne.
Allons donc sur les tombes de nos défunts : nous y avons rendez-vous avec l’au-delà de notre propre existence.
Permettez-moi de terminer sur une note souriante, car, comme on dit « un saint triste est un triste saint. »
Un homme pleure devant une tombe :
—Tu n’aurais jamais dû mourir, jamais…
Le gardien du cimetière, passant par-là, lui demande :
— C’était un ami à vous ?
— Non, c’était le premier mari de ma femme !
Bonne fête de tous les saints !
Daniel Nsabimana, Curé-Doyen




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