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Heureux le gracié !

  • Photo du rédacteur: Michel Teheux
    Michel Teheux
  • 31 janv.
  • 3 min de lecture

4e dimanche du temps ordinaire - 1er février 2026

Évangile selon saint Matthieu 5, 1-12a




« Frères et sœurs, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni des gens puissants ou de haute naissance ».

Devant Paul, une assemblée de minables, de gens de petite vertu, les bas-fonds d’une ville réputée pour sa débauche, les pauvres de ce grand port méditerranéen. Les chrétiens de Corinthe sont la preuve vivante de la révolution accomplie par l’annonce de l’Évangile. « C’est par grâce, en effet, que vous êtes dans le Christ » !

 

Bonne Nouvelle initiale, fondatrice ! Création ! Le salut est accordé, réalisé.

Victoire de Pâques au seuil de l’Évangile : le salut n’est pas conditionnel : c’est par grâce que vous appartenez déjà au Christ ! Bienheureux êtes-vous !

Conversion radicale de la religion : le bonheur n’est pas au terme d’un parcours d’obstacles à surmonter, la béatitude est proclamée d’emblée. Initiale. Inaugurale.

Car tout est déjà accompli : le pauvre, le persécuté, l’assoiffé de la justice que Dieu rend, c’est Jésus lui-même. Il n’aura plus à faire en actes ce qu’il vient d’annoncer.

Et si l’itinéraire qu’il entreprend monte au Calvaire, il s’éclaire déjà de l’aurore pascale : le chemin de Jésus est celui de la vie, de la vie vécue en plénitude, déjà éternelle.

 

Tout l’Évangile de Jésus Christ tient en cette page : il est une nouvelle de grâce et une proclamation pascale, il est une annonce de libération et une foi annoncée dans le renversement de l’ordre des choses.

Nouvelle de grâce et foi attestée : l’Évangile sera la mise en forme, en gestes d’une annonce révolutionnaire : « Heureux vous qui avez vu » !

« Heureux, vous qui avez vu » ! et l’Église répétera d’âge en âge : « Nous vous annonçons ceci pour que votre joie soit parfaite ». Heureux le disciple car il est l’homme de l’espérance ; il se sait appelé au salut. De même que quelque chose à précédé les Béatitudes et le discours sur la montagne, de même la vie chrétienne suppose-t-elle l’annonce du salut.

 

Heureux le disciple, car depuis que Dieu est intervenu dans l’Histoire, l’homme ne naît plus dans un monde hostile, mais dans un monde traversé par une promesse. Bienheureux celui qui découvre la face cachée du monde : en son Fils Dieu a fait basculer nos certitudes et nos évidences.

 

Alors que nous pensions devoir vaille que vaille tirer parti de la vie, il nous est annoncé qu’elle est donnée avec surabondance.

Alors que nous estimions devoir capitaliser mérites et bonnes œuvres, il faut reconnaître que « la grâce a surabondé » !

 

Proclamation pascale et annonce révolutionnaire car les Béatitudes, annonce de salut et de vie, sont fondamentalement un chemin. Jésus ouvre une voir et, l’ayant parcourue, lui, jusqu’à la croix et jusqu’au tombeau ouvert, il atteste que ce chemin est praticable. « Vines et suis-moi » seront toujours les maîtres-mots de l’Évangile.

Le bonheur n’est pas donné dans les richesses trompeuses ou les évidences illusoires, il se découvre dans une vie consacrée à inscrire en gestes de bonté, de tolérance, de miséricorde, de compassion, de justice, de pardon, de témoignage les intuitions reconnues dans l’annonce de l’Évangile.

Bienheureux le disciple qui invite le Maître : vivant de sa passion il connaîtra la gloire des sauvés.

 

Bienheureux vous, bienheureux serez-vous… Va et viens entre l’annonce et l’engagement, le don et le comportement. À l’heure du désarroi d’un monde désemparée, à l’heure du doute qui s’inscrit en nos vies si peu christianisées, il nous est bon de réentendre la Bonne Nouvelle inaugurale puisqu’elle dit aussi le terme de notre parcours chaotique.

 

« Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ».

Nous connaissons les drames du monde, ses angoisses, ses recherches, ses échecs, ses affrontements, ses espérances, ses réussites.

Mais heureux sommes-nous, car nous attestons que Dieu tisse la toile de sa grâce à travers la trame de ces enfantements douloureux : le temps que vous vivons fait déjà partie d’une éternité prise en charge par dieu. Heureux le présent que nous vivons : il en est l’introduction balbutiante, mais décisive : la transition entre la promesse et sa réalisation complète.

 

Et heureux sommes-nous puisque nous nous réengageons dans le chemin de Pâques : mettant le monde sens dessus dessous, nous faisons des Béatitudes une force de changement.

 

 

Michel Teheux




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