« Entrer dans la Grande Semaine »
- Michel Teheux

- 29 mars
- 2 min de lecture
Dimanche des Rameaux
Évangile selon saint Matthieu 26, 14-27, 66

« En lui, j’ai mis toute ma complaisance… ! C’étaient les paroles du Père au moment du baptême de Jésus. Et, durant toute l’année liturgique, nous nous attachons à lire dans les paroles de Jésus la Parole de Dieu, à découvrir dans ses gestes l’action de la révélation du Père.
Nous avons donné notre foi au Christ et nous croyons qu’il est le reflet de la Gloire du Père. Cette gloire, nous l’avons vue se manifester, lumineuse et béatifiante à la Transfiguration, et nous l’avons découverte dans le doux émerveillement de Noël.
Il nous fait maintenant, en ces jours de la « Grande Semaine », la découvrir dans les contradictions, les humiliations, les souffrances, la croix.
Dans le bébé de Noël, nous avions découvert la proximité de Dieu et cela déjà nous avait étonnés, mais l’émerveillement devant la candeur du poupon était venu au secours de notre foi.
Dans le transfiguré… du Thabor, nous n’avions aucune peine à reconnaitre Dieu : en Jésus ainsi glorifié, nous retrouvions tous les traits que nous prêtons à la divinité, éclat, puissance et majesté.
Mais cet homme à genoux, serviteur qui lave les pieds souillés de poussière et de sueur, comment nous montrerait-il quelque chose de Dieu ? Et ce visage ruisselant de sang que nous voyons se décomposer dans les supplices ou l’angoisse de l’abandon, comment nous révélerait-il un reflet de la Gloire de Dieu ?
Tout au plus, pourrions-nous en le contemplant, admirer avec Péguy « la très parfaite imitation de l’homme par Jésus Christ ».
Mais ce n’est pas assez : ce n’est pas un amoureux souci de communion à la condition douloureuse de l’homme que Jésus se fait serviteur, entre en agonie, s’abandonne aux attaques de mépris et de la haine. Au jardin des Oliviers, dans le corps de garde de la police romaine, comme sur la croix où, trois heures durant, il étouffe, Jésus ne recherche pas seulement l’imitation de l’homme. Là aussi, là surtout, il est image visible du Dieu invisible., Parole du Dieu incompréhensible. Là aussi, là surtout, Jésus est la manifestation de la Gloire de Dieu : « Voici l’Heure, Père, glorifie ton Fils comme ton Fils te glorifie ».
Devant ce Jésus livrant son corps en rompant le pain, devant cet homme abandonné des siens et rejeté comme blasphémateur, devant ce condamné enseveli à la sauvette, il nous faudra reconnaître, sans que nous puissions nous l’expliquer, que Dieu, dans la profondeur de sa vie, ressemble à quelqu’un qui se met à genoux et qui sert, à un homme en agonie et à celui-là qui meurt abandonné.
En cette Grande Semaine, nous allons aller jusqu’au cœur de Dieu.
Et jusqu’au cœur du mystère de l’homme.
Car nous découvrons aussi que lorsque nous servons et nous essayons à aimer les autres, lorsque nous affrontons la souffrance, lorsque nous donnons notre confiance à Dieu, alors nous sommes très proches de lui.
Cette Semaine nous découvrirons que Dieu a tellement aimé le monde que c’est bon pour nous d’aimer l’homme. Cette Semaine, nous découvrirons, dans la prière et l’émerveillement, que Dieu assume la condition de l’homme jusqu’au bout pour que nous apprenions que toute histoire d’homme est une histoire sacrée.
Et c’est pourquoi cette Semaine est une Semaine Sainte.
Michel Teheux



