Douze apprentis
- Michel Teheux

- 14 juin
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11e dimanche du temps ordinaire
Évangile selon saint Matthieu 9, 36-10,8

Ils sont douze. En eux s’incarnent les douze tribus de l’Israël nouveau : ils sont le fondement du Peuple de l’Alliance, les pierres de fondation de l’Église à venir.
Douze pour être les prémices de l’accomplissement de ce que Dieu cherchait à manifester depuis le débit de sa rencontre avec les hommes. En ce geste prophétique, Jésus réclame pour lui le peuple de Dieu. En un geste d’envoi, il appelle douze hommes parce que le troupeau est sans berger : la mission qu’il leur confie est à la mesure de sa compassion pour le monde en déroute : « À la vue de la foule fatiguée, il eut pitié ».
Jésus les choisit. Le voici, le peuple que Dieu se choisit : des hommes et des femmes qui se lèvent à travers les âges pour se mettre à la suite du prophète, l’Église qui, jour après jour, entrera plus profondément dans le mystère du Fils pour découvrir en lui le désir qui fait vibrer Dieu depuis les origines. Le voici, le peuple de Dieu fondé sur les Douze : il n’existe que pour laisser résonner en lui la Bonne Nouvelle du salut offert, que pour amplifier les vibrations du cœur de Dieu. Ils étaient douze. Prémices du nouveau Peuple de Dieu. Choisis pour apprendre qui est Dieu en vivant un compagnonnage privilégié avec le Témoin suprême.
Choisis pour se mettre à la suite de celui qui les précède pour les entraîner dans la révolution de Dieu. Ils ne seront pas des disciples endoctrinés, devant accepter une nouvelle théorie sur Dieu ; ils ne pourront découvrir ce qui leur est donné qu’en se liant avec leur Maître, qu’en expérimentant ce qu’il leur fera vivre. Les disciples ne seront pas d’abord des « étudiants », ils seront en apprentissage. Douze apprentis appelés à « se faire » à Jésus et, par lui, à Dieu.
Jésus en choisit Douze, il les appela. Ils ne deviendront « apprentis » que parce qu’ils sont convoqués. Ils ne seront disciples qu’en étant embrigadés. Ils ne seront pas « à leur compte » mais des initiés. Précédés par une Parole qui les provoque et qui ne leur appartient pas. La vocation est dans l’ordre de la gratuité. Le voici, le peuple de Dieu fondé sur les Douze : l’Église sera toujours appelée à vivre en communion avec son Sauveur. Communauté fondée sur un appel, issue de la liberté et de la grâce de Dieu.
Jésus en choisit Douze, pour vivre avec lui, et, ainsi, devenir les apprentis de son message qui est un mode de vie. Il les appelle et les envoie en mission. Les apprentis deviennent artisans : par eux la Parole du Maître est démultipliée et se donne à voir les mœurs du Royaume. Le voici, le peuple de Dieu fondé sur les Douze : l’Église est instituée comme un signe de Dieu.
L’appel a toujours pour conséquence la mission : l’Église n’existe pas pour elle-même, elle est pour le monde.
Alors que des hommes s’enlisent dans leurs fausses certitudes et prennent feu pour des rêves dérisoires, des hommes et des femmes sont appelés à regarder vers l’avenir qui tire le monde en avant, vers plus que lui-même. Alors que des hommes sont en mal de repères pour guider et donner sens à leurs recherches, des hommes et des femmes sont appelés à vivre les exigences pascales, exercer un ministère de prévision, témoigner de la réconciliation possible.
Ils étaient Douze, pour le bonheur du monde. L’un d’eux s’appelait « Judas », « celui qui le livra ». L’Église, édifiée sur la fondation des Douze, restera donc « dans le monde », marquée comme lui par le signe du mystère du mal. Le voici, le peuple de Dieu : il n’est pas d’une autre chair que la pâte humaine : l’Église s’en différencie seulement par la part qu’elle annonce, à la face de la terre, la grâce que Dieu lui fait comme au monde. Par elle-même déjà, l’Église sera pour le monde le signe qui accomplit la promesse, le gage de l’Alliance, le sacrement du salut.
Les Douze apprentis devenus artisans deviennent ainsi les pierres de fondation de ce que nous sommes.
Michel Teheux



