Dernier pas de l’Avent : Accueillir l’amour…
- Frédéric Kienen

- 20 déc. 2025
- 4 min de lecture
4e dimanche de l'Avent - 21 décembre 2025
Is 7,10-16 ; Rm 1,1-7 et Mt 1,18-24

Chers Frères et Sœurs,
Après les flammes de l’espérance, de la paix et de la joie qui ont illuminé nos pas sur le chemin de l’Avent, aujourd’hui nous allumons la flamme de l’amour. Certes, en tant que benjamine, peut-être est-elle encore la plus petite… la plus discrète. Cependant, elle est aussi celle qui vient toucher le plus profondément nos cœurs, l’essence même de notre foi. Car c’est bien d’elle que jaillira la lumière de Noël, le jour où retentira cette annonce bouleversante : « Emmanuel, Dieu est avec nous ». Aussi, prenons le temps durant ces derniers jours de l’Avent, où notre joie s’exprimera à nouveau dans l’expression du Gloria, de la gloire de Dieu resplendissante, pour saisir et cueillir cette petite flamme de l’amour qui baignera le monde entier de sa lumière.
Tout d’abord, par la voix du prophète Isaïe qui s’adresse au roi Acaz, un homme inquiet et assailli par la peur, Dieu lui propose un signe. Cependant, Acaz le refuse. Pourquoi ? Peut-être ne veut-il pas déranger Dieu ou peut-être n’ose-t-il pas vraiment lui faire confiance. Malgré cette retenue d’Acaz, Dieu lui donne quand même ce signe, un signe inattendu, humble et presque fragile : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel. » Ainsi, par cette première annonce du Sauveur, nous saisissons que l’amour de Dieu précède toujours nos hésitations, nos refus, nos peurs… nos fragilités. En effet, même quand notre cœur se ferme, Dieu Lui continue d’aimer, de se donner, de s’approcher de nous. Il nous donne ainsi cette douce leçon, que seul l’amour véritable ne s’impose pas par la force… il se propose dans la douceur.
De plus, au-delà de cette présence intérieure qui embrase le cœur, l’éclat de l’amour véritable prend chair dans l’Évangile d’aujourd’hui à travers une figure souvent silencieuse, mais essentielle : Joseph. Joseph, un homme juste et qui aime profondément Marie. Et pourtant il se retrouve face à une situation incompréhensible, déroutante, douloureuse : Marie sa promise est enceinte, elle qui n’a pourtant pas « connu d’homme ». Alors c’est vrai… comme Acaz, habité par le doute, Joseph aurait pu se replier sur lui-même et agir selon la Loi en dénonçant Marie afin de se protéger. Mais l’amour qu’il porte envers Marie est déjà un amour vrai, c’est-à-dire un amour qui ne cherche pas à faire du mal, un amour qui respecte, un amour qui laisse la place au mystère… un amour prêt au sacrifice. Ainsi, c’est dans cette nuit intérieure du cœur de Joseph que Dieu prend à nouveau l’initiative et vient lui parler en songe : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. » Embrasé à nouveau entièrement par la lumière de l’amour– cette lumière capable de chasser toute obscurité – Joseph accueille Marie et son enfant dans une fidélité totale ; cet enfant à naître qui est bien celui que saint Paul nous rappellera plus tard être le Fils de Dieu, venu pour que nous recevions la grâce de son amour au cœur de notre humanité, dans notre histoire, dans nos familles… jusque dans nos fragilités.
C’est donc porté par cette grâce que Joseph accueille le projet de Dieu et la mission de lui donner son nom : Jésus, Dieu sauve. Par son oui silencieux, Joseph devient maintenant le gardien de l’amour incarné et le protecteur de Dieu fait enfant parmi nous, de l’Emmanuel. Ainsi, Dieu nous donne cette autre douce leçon, que l’amour que nous célébrons aujourd’hui n’est pas une simple émotion mais bien une initiative divine qui commence par cette parole également annoncée à Marie : « Ne crains pas ! » Ne crains pas de faire confiance ; ne crains pas d’accueillir ce que tu ne maîtrises pas ; ne crains pas de laisser Dieu agir autrement que tu l’avais prévu.
Pour conclure, chers Frères et Sœurs, la flamme de l’amour que nous allumons aujourd’hui est encore petite, comme l’enfant de Bethléem prêt à naitre. Mais ne nous y trompons pas… c’est elle qui donne sens aux autres flammes. Pourquoi ? Car sans amour, l’espérance s’éteint ; sans amour, la paix est fragile ; sans amour, la joie est superficielle. Car l’amour véritable porte le nom d’Emmanuel, c’est-à-dire Dieu qui se fait entièrement proche de nous au point d’habiter entièrement nos cœurs. Car l’amour véritable – porté par Dieu à l’image d’Acaz ; fidèle et patient à l’image de Joseph – se vit dans nos choix quotidiens, dans notre accueil de l’autre tel qu’il est, dans la confiance donnée… même quand tout n’est pas clair.
Ainsi, à la veille de Noël, demandons au Seigneur la grâce d’accueillir l’Emmanuel, lumière d’amour et de vie dans nos cœurs. Demandons aussi la grâce d’aimer comme Dieu aime, c’est-à-dire discrètement, humblement et fidèlement. Et que la flamme de l’amour embrase nos cœurs et nous prépare à reconnaître, dans l’enfant de la crèche, Dieu avec nous, Dieu pour nous, Dieu qui aime ses enfants jusqu’au bout.
Amen. Alléluia !
Frédéric Kienen



