Au risque du témoignage
- Michel Teheux

- 21 juin
- 2 min de lecture
12e dimanche du temps ordinaire
Évangile selon saint Matthieu 10, 26-33

Les chrétiens sont aujourd’hui accusés de silence.
Ils ne prononcent plus gère le nom de Dieu : ils cachent leur vie chrétienne dans l’intimité du cœur et la religion dans le domaine privé…
Notre génération encourrait-elle le reproche de Jésus : « Celui qui me reniera devant hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux « ?
Après le dramatique désappointement du Vendredi saint, les disciples se sont enfermés au cénacle ; portes et fenêtres verrouillées, ils ont cru pouvoir se contenter de souvenirs entretenus vaille que vaille.
Risquer une parole pour le Christ leur paraissant bien trop dangereux ! Mais l’Esprit les a jetés dehors pour que la parole retentisse comme une Bonne Nouvelle de salut : « Ce que je vous ai dit dans l’ombre, dites-le au grand jour » !
La Parole de Dieu, comme toute parole vivante, ne peut exister aseptisée : il n’y a de Parole que si elle est proférée et donc risquée. La Parole de Dieu doit être risquée dans des mots et des comportements d’hommes. Nous pensions préserver la Parole en l’enserrant, et voici que, sous peine de la renier, il faut la semer à tout vent : Nous pensions nous contenter de formules dévitalisées par les siècles, mais il nous faut réinventer les mots qui disent Dieu et aller porter témoignage devant les hommes, sous peine de rendre stérile la confession de notre foi !
Parce que les hommes évoluent dans leurs manières de vivre, il nous faut trouver des paroles fraiches pour annoncer Dieu !
La vie, selon l’Évangile, ne peut s’enliser dans des habitudes reçues ; elle n’existe que dans l’inlassable recherche d’une existence qui donne corps à la vérité.
Lorsqu’elle dit ce que tout le monde dit, l’Église n’est plus l’Église de Jésus qui scandalise.
Lorsqu’elle condamne et juge au lieu d’annoncer le pardon au risque de choquer ceux qui font d’elle la gardienne de la morale des gens « bien », l’Église n’et plus l’Église de l’Évangile de la miséricorde.
Lorsqu’elle utilise les moyens de pression ou de puissance, l’Église n’est plus l’Église qui met sa foi dans la force de révolution de la Parole évangélique.
Lorsqu’elle ne donne plus voix aux cris des désespérés, des écorchés de la vie, l’Église n’est plus celle des Béatitudes qui annonçaient le bonheur de ceux qui luttent avec eux qui pleurent.
Lorsque l’Église ne se met pas résolument du côté de ceux qui essayent de balbutier quelques mots de tendresse, l’Église n’est plus celle de Pâques qui annonce la victoire de l’Amour.
« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps… »
Les hommes pensaient juguler la Parole en la clouant au gibet de la dérision ; enfin, pensaient-ils, ils allaient pouvoir répéter ce qu’on a toujours dit et se contenter des habitudes séculaires… Ils pensaient, en tuant la Parole, pouvoir retourner en paix à leurs livres et leurs coutumes…
Mais « ne craignez pas ceux qui ne peuvent tuer l’âme » !
Au matin de Pâques, la Parole s’est levée du tombeau, et désormais, elle se risque dans les paroles et dans la vie des hommes qui osent porter le témoignage de sa continuelle nouveauté !
Michel Teheux



