Accueillir l'autre, c'est accueillir le Christ
- Frédéric Kienen

- 28 juin
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 29 juin
13e dimanche du temps ordinaire
Mt 10,37-42 et Rm 6,3-4.8-11


Chers Frères et Sœurs,
Ces derniers jours, le Mondial de football fait parler de lui, non seulement pour le jeu, mais aussi parce que certaines équipes n'ont pas été accueillies comme elles auraient dû l'être. Des tensions politiques, des refus, des sifflets et des hostilités sont venus assombrir ce qui devrait être une fête du sport, un lieu de rencontre entre des peuples différents. Au fond, vous l'aurez compris, dans le cadre de cette célébration, il ne s'agit pas seulement de football… mais cet événement est comme un miroir de notre monde. En effet, nous vivons dans une société où il devient parfois difficile d'accueillir celui qui est différent, celui qui ne pense pas comme nous, celui qui vient d'ailleurs.
Mais si nous sommes honnêtes, cette difficulté ne concerne pas seulement les grandes institutions ou les relations entre les peuples. Elle peut aussi se glisser dans nos propres cœurs. Il nous arrive d'avoir du mal à accueillir la réussite d'un collègue, le bonheur d'un voisin, la reconnaissance dont bénéficie un frère ou une sœur. Il nous arrive aussi de ne pas accueillir nos propres limites, nos échecs ou les chemins inattendus que la vie nous impose. Alors, sans même nous en rendre compte, la jalousie, l'orgueil, les comparaisons ou la rancœur prennent doucement leur place. Et c'est notre cœur qui finit par se refermer.
C'est précisément là que Jésus vient nous rejoindre aujourd'hui. Il nous dit : « Celui qui vous accueille m'accueille ; et celui qui m'accueille accueille Celui qui m'a envoyé. » Pour Jésus, accueillir n'est jamais un simple geste de politesse ni seulement ouvrir la porte de sa maison à l’inconnu. Pour Jésus, accueillir, c'est ouvrir la porte de son cœur ; c'est croire que derrière chaque visage, même le plus ordinaire, même celui qui nous dérange parfois, se tient mystérieusement le Christ lui-même. Voilà pourquoi Jésus peut dire que le moindre geste d'amour, même offrir un simple verre d'eau, a une valeur infinie. Non pas à cause de la grandeur du geste, mais parce qu'à travers lui, nous faisons une place au Christ. Bref, accueillir, c'est permettre à l'autre d'exister. C'est lui dire, parfois sans un mot : « Tu as une place. Tu es important. Tu es aimé de Dieu. »
Mais une telle manière de vivre ne peut pas reposer uniquement sur notre bonne volonté. Elle prend sa source dans un don beaucoup plus profond : notre baptême. Saint Paul nous rappelle d’ailleurs que, par le baptême, nous avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ. Une vie nouvelle nous a été donnée où, peu à peu, notre ancienne manière de vivre est appelée à laisser place à celle du Christ, à nous laisser transformer par Lui. Voilà pourquoi nous ne sommes plus seulement des hommes et des femmes qui essaient de bien vivre ensemble… nous sommes devenus les membres d'un même Corps : le Corps du Christ. Dès lors, accueillir l’autre n'est pas seulement accomplir une belle œuvre de charité. C'est surtout reconnaître que cet autre partage déjà avec moi la même vie reçue d’un même Seigneur, c’est-à-dire en l’accueillant véritablement comme un frère, une sœur, un enfant du même Père.
Lorsque nous oublions cela, nous recommençons vite à classer les personnes : celles qui nous ressemblent et celles qui nous dérangent ; celles que nous apprécions et celles que nous préférons éviter. Mais le baptême vient renverser cette logique. Il nous rappelle que notre première identité n'est ni notre caractère, ni notre réussite, ni nos opinions, ni notre origine. Notre première identité est d'être des enfants bien-aimés de Dieu. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu'accueillir sera toujours facile. Comme dans une famille, comme sur un terrain de football où les joueurs se heurtent parfois, il peut y avoir des incompréhensions, des blessures ou des tensions. Pourtant, le Christ nous invite toujours à aller plus loin. Il nous appelle à ne pas laisser ces obstacles avoir le dernier mot.
Accueillir l’autre comme le Christ est donc un véritable chemin de conversion. C'est apprendre à aimer avec son cœur plutôt qu'avec nos seuls sentiments ou notre unique volonté. C'est ce que Jésus exprime lorsqu'il nous demande de l'aimer par-dessus tout… non pas pour aimer moins nos proches, mais pour les aimer davantage, d'un amour plus libre, plus patient et plus vrai.
Pour conclure, chers Frères et Sœurs, la question que Jésus nous adresse aujourd'hui est finalement très simple : quelle place suis-je prêt à lui laisser dans mon cœur ? Car le Christ ne vient jamais seul. Chacune de nos rencontres sont finalement une rencontre avec Lui. Il prend le visage d'un voisin, d'un pauvre, d'un enfant, d'une personne âgée, d'un collègue, d'un membre de notre famille... parfois même de celui avec qui les relations sont les plus difficiles.
Demandons donc au Seigneur de raviver en nous la grâce de notre baptême. Que cette vie nouvelle reçue de l'amour du Père transforme peu à peu notre regard ; que nos paroles, nos gestes, notre manière d'écouter, de pardonner et d'accueillir deviennent le reflet du Christ, Lui qui nous a accueillis le premier, alors que nous étions encore loin de Lui. Alors, peut-être, notre monde si souvent blessé par les divisions découvrira, à travers nos vies, quelque chose du visage de Dieu : un visage ouvert, miséricordieux, toujours prêt à accueillir et à aimer.
Amen. Alléluia !
Frédéric Kienen



