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  • Photo du rédacteurFr. Laurent Mathelot, o.p.

27e dimanche du temps ordinaire

Évangile de Matthieu (21, 33-43)




Retrouver la proximité de Dieu



Vous l’avez compris, le propriétaire du domaine, c’est Dieu. Le domaine c’est son Royaume, les ouvriers de sa vigne sont ceux qui se sont engagés à faire sa volonté.


Jésus s’adresse ici aux grands prêtres et aux anciens. Ce sont eux les vignerons de la parabole. Dieu a confié sa vigne aux dirigeants d’Israël. Ensuite, il leur a envoyé des prophètes que Jésus présente ici comme des serviteurs venus recueillir les fruits de la vigne de Dieu. L’évangéliste Matthieu l’explique un peu plus loin, dans un verset très poétique : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu ! » (Mt 23, 37).


On comprend enfin que le fils du propriétaire c’est le Christ lui-même, que ceux-là mêmes auxquels il s’adresse finiront par vouloir tuer. Dès lors Jésus les prévient : « Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. » Et on comprend qu’il évoque ici un transfert de la présence réelle de Dieu, du Peuple d’Israël à l’Église.


Clairement, Jésus évoque ici la destruction du Temple de Jérusalem, qui était considéré par tout le peuple hébreu comme le lieu de la présence réelle de Dieu sur Terre – la Shekhinah – qui demeurait dans le Saint des Saints, la partie la plus sacrée du Temple, dans laquelle le grand-prêtre n’entrait, avec force précautions, qu’une fois par an, à l’occasion de la célébration du Grand Pardon – le Yom Kippour. Le Temple sera en effet détruit par les armées romaines de Titus en 70. Il n’en reste aujourd’hui, comme vestige, que les murs de soutènement de l’esplanade construite par Hérode – le mur occidental dit « des lamentations ».


On peut faire deux lectures de cet Évangile.


La première, littérale, est de considérer qu’avec cette parabole, Jésus prononce ici une prophétie, qu’il annonce la destruction à venir du Temple et la disparition de la présence réelle de Dieu du Saint des saints. C’était en effet alors une grande crainte que Dieu déserte son temple à force de dégoût du péché du peuple. D’où l’importance des rites des purifications, à mesure que l’on s’approche du sacré. C’est une lecture que vous pouvez parfaitement faire : Jésus apparaît alors comme un prophète qui annonce le transfert de la présence réelle de Dieu à l’Église. Et il est certain que le Christ est prophète.


Mais une autre lecture est tout à fait possible : celle qui reconnaît derrière cet Évangile l’intention de son auteur. L’auteur de l’Évangile selon Matthieu produirait ici une actualisation, pour son époque, du message de Jésus. Il ne parlerait pas tant de faits passés – Jésus qui aurait prophétisé la destruction du Temple – que de son interprétation personnelle de cette destruction, mise rétrospectivement sur les lèvres de Jésus. On sait en effet qu’au moment où l’Évangile de Matthieu est écrit, dans les années 80, le Temple d’Israël est détruit et que son auteur s’adresse à un auditoire judéo-chrétien très sensible sur cette question. On sait en outre que c’est un procédé littéraire classique à l’époque, que d’attribuer ses propres réflexions à un personnage illustre pour leur donner du poids. C’est ainsi qu’on trouve dans les premiers temps de l’Église de nombreuses lettres faussement attribuées à Paul, dont on ignore tout des véritables auteurs sinon qu’ils sont de ses disciples (Épîtres aux Éphésiens, aux Colossiens, deuxième épître aux Thessaloniciens, première et deuxième épîtres à Timothée, épître à Tite).


Quelle que soit la lecture que l’on fasse de ce passage de l’Évangile selon Matthieu, on peut en tirer le même enseignement, à savoir que ce qui fait fuir la présence divine, c’est notre volonté de souiller, de profaner, de tuer le divin.


L’Évangile poursuit (Mt 23, 38-39) : « Voici que votre temple vous est laissé : il est désert. En effet, je vous le déclare : vous ne me verrez plus désormais jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Voilà la clé pour toucher désormais à la présence réelle de Dieu, bénir le Christ qui vient à nous sous deux espèces, l’Eucharistie et notre prochain.


Quelle que soit l’interprétation religieuse que l’on donne à la destruction du Temple de Jérusalem en 70, c’est un fait que le Judaïsme lui-même a dû alors se réinventer, cherchant plus intérieurement lui aussi, la présence de Dieu.


Le Christ est venu nous dire que cette présence réelle de Dieu s’est approchée tout près de nous ; que nos corps, nos esprits, nos âmes sont eux-mêmes des temples saints que Dieu veut habiter. Au fond, ce que proclame le Christ c’est l’extension du Saint des saints, le lieu le plus sacré de la Terre, à toute l’Humanité.


Si nous voulons faire de nos existences un paradis, un lieu divin, c’est possible. Le Christ est venu à notre rencontre, le Royaume de Dieu s’est effectivement approché tout près de nous puisqu’il nous a embrassés. Certes, le Temple de Jérusalem n’existe plus, mais Dieu, à l’image du Christ, peut encore régner dans nos cœurs.


À l’instar des Juifs qui craignaient que le péché fasse fuir Dieu de son temple, nous comprenons qu’il soit possible de souiller, de profaner un cœur au point de tuer en lui l’amour et ainsi le divin. C’est le même principe : le péché qui nous atteint finit par souiller notre capacité d’aimer, au point pour certains de se détourner de Dieu, ne croyant plus en l’idéal de l’amour.


La présence de Dieu dans le Saint des saints était une présence ténue, ineffable mais bien réelle, comme l’est en nous le sentiment d’amour divin, léger comme un souffle subtil que le moindre désamour risque d’étouffer.


Si ce n’est déjà fait, je vous souhaite de trouver à l’intérieur de vous-même ce souffle discret d’amour divin, léger comme la bise qui pourtant emporte tout. On le trouve en expulsant une à une toutes les contrariétés de son cœur. On a alors l’impression véritable de rayonner de l’intérieur. On sait alors que Dieu est là, en nous présent et qu’il procure la paix.


— Fr. Laurent Mathelot, OP



Année A, 27ème dimanche du temps ordinaire, A, 8 ctobre 23, LM
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