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Croire en la Trinité

  • Photo du rédacteur: Michel Teheux
    Michel Teheux
  • 31 mai
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 1 juin

La Sainte Trinité

Évangile selon saint Jean 3, 16-18




Qui nous dira le nom de Dieu ?

Depuis que l’homme est homme, il s’est essayé à dire Dieu. Et les hommes sont faits des dieux à l’image des hommes. Dieu tout-puissant, divine explication des mystères du monde lorsque l’homme ignorait les secrets de l’univers, génial horloger de la machine cosmique ? Mais que devient dieu créateur à l’heure où des sondes spatiales vont violer les planètes lointaines ?

Dieu, régisseur suprême des règles de la vie, rétributeur impartial capitalisant les mérites et les fautes. Maître exigeant certes mais dont la poigne de fer rassure car « au moins on sait ce qu’on doit faire… ! Mais que devient Dieu garant de la Loi et des règles morales lorsque, dans une société de crise, se réajustent le consensus social et la morale commune ?

Dieu, maître de sagesse, balisant les voies de l’épanouissement humain, Dieu des sages qui nous dirait : il y a ce qu’il y a, le hasard et la nécessité, cherche et trouve… ! Mais que devient Dieu maître de sagesse lorsque le monde est pris de vertige devant son évolution et les défis de l’histoire, lorsque les lendemains que l’on avait promis chantants ont fait place à un désarroi généralisé, vers où va-t-on, à quoi ça sert ?

Dieu parfois garant de l’ordre social, divin soutien des causes les plus diverses… Mais que devient-il lorsqu’à juste titre on dénonce l’impérialisme de tous les totalitarismes, les sectarismes déshumanisants, les intégrismes de tous poils ?

 

Qui nous dira aujourd’hui le nom de Dieu ?

Ne pensons pas trop vite que nous avons, nous chrétiens, la réponse.

Car le Dieu que nous prêchons est le plus souvent à l’image des dieux humains.

Dieu créateur, Maître de tout, Dieu fondement de l’ordre moral ou social.

Dieu apaisement de nos inquiétudes, suprême recours lorsque la souffrance ou la désespérance nous saisissent…

 

Qui est Dieu ?

Dieu aujourd’hui nous révèle lui-même son nom : Tendre et miséricordieux, lent à la colère. Un Dieu désarmé, exactement l’inverse d’un Dieu tout puissant. Non pas un Dieu lointain et d’autant plus divin qu’il serait supérieur aux hommes et disant de leur histoire. Un Dieu tellement désarmé qu’il s’abandonne au pouvoir des hommes, dont la toute puissance est la souveraine faiblesse de l’amour qui, en sa perfection, s’en remet totalement au vis-à-vis, Dieu dont l’éclatante grandeur est de devenir dérisoire demande : « veux-tu » ? Veux-tu de moi, veux-tu que je sois ton Dieu pour que tu sois mon peuple.

                                      

Qui est Dieu ? Dieu aujourd’hui nous révèle lui-même son visage : un homme de Nazareth, artisan galiléen, un prêcheur sur les collines de Judée, un condamné au gibet des Romains.

Dieu n’a d’autre nom à livrer que celui d’un homme tellement homme. Dieu n’est pas anonyme : il porte un nom, celui de Jésus de Nazareth.

Pour Dieu, la manière d’être Dieu, c’est de devenir homme. Pour lui être homme n’est pas un handicap mais la perfection de son être même : en Jésus Dieu devient Alliance réalisée, répondue. Dieu, pour dire son être le plus intime, ce mouvement qui depuis toujours le fait sortir de lui-même puisqu’il est Amour, s’exprime en dehors de lui-même. Dieu n’est jamais autant dieu que lorsqu’il se dit en Jésus. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ».

 

Nous, chrétiens, ne croyons pas n’importe quel Dieu mais en ce Dieu-là qui dit son nom en nous donnant un homme, Jésus.

Quand donc prendrons-nous la mesure de cette révolution dans la manière de penser, de vivre Dieu :

Dieu n’est pas tant quelqu’un qu’il faut prier que quelqu’un qui nous prie :

veux-tu de moi ?

Dieu n’est pas tant à obéir qu’un ami à servir.

Dieu n’est pas tant quelqu’un à démontrer qu’une vie à expérimenter.

Et quand donc prendrons-nous la mesure de la révolution qu’introduit en notre vie la foi en ce Dieu-là ?

Car qui peut dire le nom de Jésus et donc celui de Dieu, sinon celui qui vit de l’Esprit de Jésus ?

Qui peut comprendre le mystère Jésus sans se laisser prendre à ce mystère d’une vie livrée, consacrée à l’amour ?

Qui peut confesser le nom de Jésus et du Dieu de Jésus sans se laisser convertir par l’Esprit et qui peut prétendre rencontrer en vérité l’homme, image de Dieu et frère du Seigneur.

Notre foi en la Trinité n’est pas la signature d’un dogme à accepter, elle est un engagement à reprendre : il n’y a pas de foi plus vraie pour nous mettre sur le chemin de Dieu que de nous ouvrir au mystère de l’homme.

Car c’est là, dans l’accueil du frère, que nous initierons à l’accueil du Tout Autre.

C’est là, dans le service du pauvre, que nous nous essaierons à servir celui qui s’est reconnu en eux.

C’est là, dans le balbutiement de notre peu de foi, que nous approcherons en vérité le nom que nul ne peut vraiment dire.

 

Croire en la Trinité, c’est nous laisser prendre au mystère de l’Amour.

 

 

Michel Teheux




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