Chair et sang
- Michel Teheux

- 7 juin
- 3 min de lecture
Le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ
Évangile selon saint Jean 6, 51-58

« Je suis le Pain vivant… celui qui mange de ce pain vivra… »
« Je suis le Pain vivant », dit Jésus. Seul Dieu connaît vraiment la Vie, son enfant chéri sorti de ses mains au premier matin de l’univers.
Personne n’a jamais vu Dieu, seul Celui qui vient de lui le connaît.
À voir comment Jésus aima la vie, passionnément, délibérément, nous avons quelque peu comment Dieu est passionné de la vie.
Mais nous avons momifié Dieu, idole adorable et vénérable !
Quelle surprise lorsque nous serons plongés dans la vitalité débordante, inattendue de notre Dieu !
« Je suis le Pai vivant », dit Jésus. La vie débordante de Dieu se fait chair et sang.
« Celui qui mange de ce pain vivra éternellement. Le Pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde » !
Mais nous avons pétrifié sa chair et son sang, idoles adorables et vénérables !
« Je suis le Pain vivant… celui qui mange de ce pain vivra… »
Mais il faut manger comme un croyant. Car manger Jésus Christ signifie devenir un avec lui, devenir sa chair et son sang !
Vivra celui qui apprendra de lui la mesure de la vie.
« Je suis le Pain vivant », dit Jésus.
Un soir, il offrira ce pain en rendant grâce pour annoncer sa Passion toute proche. Il allait donner son corps et son sang, tout lui-même, pour la multitude.
« Celui qui mange ce Pain vivra ».
Tous ceux qui entendent ces paroles sont voués, eux aussi, à donner leur vie sans limites.
« Je suis le Pain vivant ». Il disait la passion de Dieu pour la vie, sa passion. Il invitait à devenir sa chair.
« Je suis le Pain vivant ». C’est pour Jésus, bien plus qu’une image et un effet de rhétorique.
Cette affirmation devrait nous scandaliser, comme ses auditeurs juifs : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger » ?
Le réalisme des Paroles de Jésus devrait nous déconcerter : il y est question de pain, de chair donnée en nourriture, de sang versé pour étancher la soif. Il s’agit de manger et même, dans le texte originel, de « mâcher ».
Nous sommes bien loin de la nourriture spirituelle que l’on ne pouvait toucher des dents sous peine de sacrilège !
Il n’y a plus pour nous de scandale parce que nous avons désincarné l’Eucharistie : une hostie immaculée bien étrangère au gros pain de tous les jours.
Nos assemblées eucharistiques devraient être des scandales publics !
« Comment cela peut-il se faire » ?
Oui les hommes devraient s’interroger de nous voir prendre le gros pain de nos vies, la vie de tous les hommes avec le poids de ses misères et le lot de ses espérances, et d’oser prononcer sur ces humbles choses les Paroles du Seigneur :
« Ceci est mon corps » ! Car voici bien le scandale. Dieu prend sur lui la vie du monde et si nous avons fait du « symbole » du pain le symbole du symbole, c’est parce que nous avons déshumanisé Dieu !
« Comment cela peut-il se faire » ? Nous n’avons d’autre témoignage à rendre que l’annonce toujours déconcertante d’un Dieu qui a déménagé pour habiter le monde des hommes.
Manger, c’est s’incorporer, fusionner.
« Je te mangerais bien », dit la mère en embrassant l’enfant.
Prendre le corps et le sang du Christ, c’est entrer en communion d’amour et de destin. Prendre le corps et le sang, c’est encore reconnaître la vie de l’Esprit dans la chair et le sang de l’humanité d’aujourd’hui. L’humanité qui souffre, qui cherche, qui enfante le monde dans la douleur : l’humanité qui se réjouit, chante et danse.
Humanité des riches et des pauvres, humanité des pécheurs et des saints.
Ils avaient raison d’être scandalisés, car désormais, lorsque des hommes et des femmes, réunis au nom du Seigneur, partagent le pain en rendant grâce, advient la nouvelle surprenante de Dieu prenant chair vivante, chai de toute l’existence des hommes.
Michel Teheux



