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  • Photo du rédacteurFr. Laurent Mathelot, o.p.

Quand vie et mort s’embrassent

4e dimanche de l’Avent — Évangile selon saint Luc (Lc 1, 26-38)



Les icônes de la Nativité représentent souvent l’enfant Jésus emmailloté dans un linceul funéraire. C’est leur manière profonde de dépeindre le paradoxe de cette nuit de Noël où vie et mort s’embrassent pour l’éternité. Mort de cette humanité livrée à elle-même – à l’esclavage du péché – et vie de Dieu parmi les hommes. Le linceul du nouveau-né est la mise en abîme, dans l’icône de la Nativité, de la nuit de Pâques où cet enfant sera crucifié. Le nouveau-né dans un linceul est ici, déjà, symbole de résurrection.

 

Tout est dit : ce soir, la vie rejoint la mort pour l’éternité. Voilà ce que nous allons fêter. Le Christ ne vient pas seulement rejoindre les pécheurs, les publicains, les prostituées, les voleurs, les paralytiques et les lépreux. Le Christ, ce soir, rejoint encore plus misérable que les misérables ; il rejoint la mort. La divinité embrasse d’amour l’humanité jusqu’à assumer, déjà, être sacrifiée.

 

C’est une des plus belles images du christianisme que celle d’un enfant emmailloté dans un linceul, bien que vivant. Tout est dit de la vie, de la mort et de la résurrection : Dieu rejoint l’humanité comme un petit enfant qui sera crucifié. Il n’y a, à la fois, pas image plus fragile de la divinité et image plus forte. On retrouve le paradoxe de l’incarnation : c’est au sein de notre faiblesse que Dieu se révèle le plus fort, dira Paul (2 Co 12, 7-10)

 

L’orient ancien conserve la tradition des hébergements nomades dans des grottes, les animaux en bas ; les gens en haut. C’est une structure qu’on voit encore dans nos vieilles fermes, pour profiter de la chaleur animale durant la froideur de la nuit. Les récits nous disent que Marie n’a pas trouvé de place à l’étage des humains ; qu’elle a dû enfanter parmi le bétail et que l’enfant fut mis dans une mangeoire. Même parmi les plus rustres, il se trouve des gens pour céder leur place à une mère qui accouche. Ici, personne. Pas un ne se lève pour aller dormir avec les bêtes. Au moment de naître, personne ne fait de la place au Christ, alors que tous, en ces temps d’occupation romaine, implorent Dieu pour la venue d’un sauveur. Que celui qui nous révélera notre humanité naisse parmi les bêtes et on comprend à nouveau que le paradoxe est révélateur.

 

La nuit de Noël, c’est la nuit des paradoxes. Dans la rue les mendiants vont croiser des gens pressés de se rendre à de riches banquets. Et plus tard, ceux qui ont faim recroiseront d’autres qui se sont rendus malades, à trop boire et manger.

 

La nuit de Noël, c’est la nuit des paradoxes. Les familles se rassemblent et celles et ceux qui souffrent de solitude l’éprouveront d’avantage : unetelle devant sa télé ; untel accoudé seul à un bar. Qui a-t-il de plus triste qu’une personne abandonnée de tous le soir de Noël. C’est pourtant ce que nous fêtons.

 

La nuit de Noël, c’est la nuit des paradoxes, où les plus belles illuminations vont remplir d’éclat la fête d’une naissance passée totalement inaperçue, sauf de pauvres bergers alentour et de quelques sages guidés de loin.

 

Dieu se fait homme, tout puissant dans un nouveau-né, lumière du monde qu’à peine on aperçoit. Le paradoxe de la nuit de Noël port un nom : kénose, qui vient du grec qui signifie se vider, s’effondrer, s’anéantir – personnellement, je conserve l’image de Dieu qui endosse l’humanité comme un costume beaucoup trop étroit. La kénose s’est s’apetisser jusqu’à devenir méconnaissable pour rendre paradoxalement éclatante sa grandeur. Et c’est ce qu’on retrouvera tout au long de l’enseignement de Jésus : le plus petit parmi vous est le plus grand ; celui qui s’abaisse sera élevé ; les premiers seront les derniers et les derniers premiers ; faites du bien à ceux qui vous persécutent ; aimez vos ennemis. Toutes ces phrases sont le reflet de ce paradoxe de la nuit de Noël, de la grandeur qui survient dans les plus basses conditions, parmi les plus humbles et, même, face aux plus grands dangers.

 

C’est le paradoxe de l’Évangile d’aujourd’hui, le paradoxe de l’Annonciation. Marie est une jeune fille – si on se reporte aux mœurs de l’époque, elle ne doit pas avoir plus de quatorze ans – une jeune vierge, promise en mariage à un homme nommé Joseph. Elle se retrouve enceinte et tous deux savent pertinemment que l’enfant n’est pas de lui. Voilà exactement comment l’enfant Jésus apparaît au monde.

 

Joseph aurait pu – parce que c’était à l’époque la loi – faire lapider Marie. Il lui suffisait de la dénoncer, puisqu’elle-même reconnaissait ne pas être enceinte de lui. C’étaient alors les mœurs de lapider les vierges tombées enceintes.

 

Il n’y a pas plus radical abaissement, de la part de Dieu, que d’arriver au monde par l’innocence d’une jeune fille que la résolution du cœur d’un seul homme pouvait condamner à mort ou laisser vivre.

 

Il n’y a pas plus fragile naissance que celle soumise à la fragilité de cœur des hommes. Voilà qui dit tout du Christ et de l’incarnation de Dieu dans notre vie.

  

— Fr. Laurent Mathelot OP



Année B - 4e dimanche de l'Avent - Quand vie et mort s'embrassent - 24 décémbre 2023
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