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  • Photo du rédacteurFr. Laurent Mathelot, o.p.

Douzième Dimanche du temps ordinaire

Dernière mise à jour : 13 sept. 2023

Évangile de saint Matthieu (10, 26 - 33)



L’enfouissement de la foi


Je ne sais pas si vous vous êtes déjà senti persécuté, moqué, critiqué à cause de votre foi. La persécution et le mépris sont le lot de beaucoup de chrétiens. On pense en premier lieu à ceux qui donnent leur vie au Nigeria où des massacres et des enlèvements ont régulièrement lieu. On pense au Gouvernement du Nicaragua qui persécute l’Église et emprisonne les chrétiens qui parlent. On pense à tous ceux pour lesquels prier, se rassembler représente une menace réelle dans bien des endroits du monde.

En second vient l’inégalité des chances, là où les chrétiens sont des citoyens de seconde zone, dont l’accès à l’éducation, à certains emplois ou responsabilités sont freinés ou empêchés.

Enfin, il y a le mépris que certains subissent, dès qu’ils affirment leur foi. C’est plutôt à ce genre de cas que nous nous trouvons ici confrontés. Je me souviens de cette dame âgée qui, en maison de repos, s’est vue refusée l’installation de KTO sur sa télévision par le technicien : « Vous ne croyez pas à ces bêtises ? ». Le mépris est, chez nous, plutôt intellectuel : la foi serait le signe des peureux et des faibles, des simples qui ont besoin de l’idée de Dieu pour se rassurer… Ce mépris n’est pas nécessairement moins violent.

Autre persécution encore que celle que subit Jérémie. : la persécution interne. Par ses contemporains auxquels il annonce la destruction du Temple et l’exil à Babylone, Jérémie est vu comme un prophète de malheur. Il est mis à l’écart de la société, brutalisé, jeté en prison puis exilé en Égypte. Jérusalem et le Temple seront pourtant détruits en 586 av. J.-C. C’est la clairvoyance de la foi qui fait les prophètes et c’est le refus du témoignage de cette foi qui fait les persécuteurs.

Dans tous les cas, qu’elle soit externe ou interne, la persécution fait du croyant le bouc émissaire de Dieu. C’est en tant qu’agent de Dieu que les Chrétiens sont persécutés, parce qu’ils témoignent d’une foi que les autres n’ont pas et qui les indispose.

La foi, comme l’amour, est une petite plante fragile que le moindre mépris a vite fait de piétiner. Le réflexe est alors grand de s’auto-protéger, de taire l’élan de la foi qui surgit en nous, de nous enfouir religieusement, jusqu’à nous enfermer dans une spiritualité de catacombes ou de citadelle assiégée.

Le martyre n’est pas toujours sanglant, d’ailleurs qui serions-nous pour juger celui qui craint effectivement pour sa vie et veut protéger les siens ? Mais nous vivons ici tout de même dans une culture de mépris général des religions et de la religion chrétienne en particulier. Heureusement ici personne n’a encore à craindre pour sa vie. Par contre, à mesure qu’il investira l’espace public pour témoigner de sa foi, le croyant s’affrontera douloureusement au mépris. La société occidentale veut à tout prix cantonner la religion à la sphère privée. Il est désolant que l’Église s’y soumette.

Le témoignage public de foi, sa célébration communautaire sont essentiels à notre religion sinon elle meurt. La foi chrétienne ne peut en aucun cas être une affaire privée puisqu’elle est témoignage de l’amour de Dieu pour l’Humanité.

Et c’est le terrible constat d’échec que l’on dresse aujourd’hui. L’Église a cédé à cet enfouissement de la foi qui lui était imposé. Par crainte du mépris, reflet sans doute de la laideur qu’elle voit en elle-même, l’Église s’est tue et a perdu son élan missionnaire. Conséquence : nos églises sont vides. Et le paroxysme de cet auto-enfouissement de l’Église, de cette mentalité de citadelle assiégée qui paralyse tout, aura été l’absence de réponse ecclésiale au surgissement de la pandémie de Covid alors que c’était précisément sur ce terrain-là qu’on l’attendait. L’Église n’est-elle pas aujourd’hui prisonnière de son auto-enfouissement ?

Le Christ, dans l’Évangile d’aujourd’hui, tient le discours inverse : « Ne craignez pas les hommes ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. » Ensuite, il avertit sur les conséquences de l’enfouissement : vous mourrez corps et âme. Et c’est ce que nous constatons de nos communautés. Le corps du Christ qu’est l’Église s’étiole et succombe, à mesure que son élan d’amour pour le monde est empêché.

Une autre dynamique est cependant possible, celle qui voit la crainte des persécutions et du mépris comme une occasion de creuser sa foi, de l’affermir et de trouver là un élan nouveau pour aller embrasser le monde.

La semaine passée le Christ nous exhortait à la mission, aujourd’hui il nous prévient que l’immobilisme est plus mortel que les persécutions. C’est aussi le constat que nous faisons, au regard de nos communautés actuelles.

Ainsi, c’est un vibrant appel à l’audace missionnaire qui nous est lancé, un appel à transcender la crainte du mépris du monde pour témoigner à nouveau publiquement de notre foi en l’amour divin, d’autant que le monde d’aujourd’hui, pétri lui-même de craintes quant à l’avenir, en a cruellement besoin.

Il n’est plus temps de se désoler sur l’état de l’Église. Il est temps d’agir, d’aller redire au monde que Dieu l’aime, chacun à notre façon.

— Fr. Laurent Mathelot , dominicain



Année A, 12ème dimanche du Temps Ordinaire, A - 25 juin 2023
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