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  • Photo du rédacteurFr. Laurent Mathelot, o.p.

32e dimanche du temps ordinaire

Évangile de Matthieu (Mt 25, 1-13)



Les veilleuses endormies



Il y a un paradoxe dans la parabole d’aujourd’hui, comme un clin d’œil au temps de l’Avent qui s’annonce. L’Avent en effet est le temps des veilleurs. Au long de ces quatre semaines, les lectures nous rappelleront de veiller, de scruter les signes de la venue de Dieu parmi les hommes. Et c’est déjà la conclusion de l’Évangile d’aujourd’hui : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure » (Mt 25, 13). Or le paradoxe, c’est que dans la parabole les jeunes filles s’endorment…


Frère étudiant, j’avais inscrit sur la porte de ma cellule : « Dieu comble son bien-aimé quand il dort » (Ps 126, 2). Et quand un frère s’endort à la chapelle, on dit qu’il fait une oraison de Saint Pierre, rappelant l’épisode au Jardin des oliviers, où Jésus reproche à Pierre de n’avoir pas su veiller même une heure avec lui (Mc 14, 37 ; Lc 22, 46). Sainte Thèse de Lisieux elle-même confessait s’endormir à l’oraison, cette prière silencieuse que font, chaque jour, les religieuses et les moines. Ici aussi, les jeunes vierges s’endorment. Et, contrairement à Pierre, ce n’est pas ce que Jésus leur reproche.


L’Écriture est pourtant constante à nous rappeler l’importance de veiller en attendant la venue de Dieu. On se souvient de Jésus qui parle de la venue de Dieu comme celle d’un voleur la nuit : « Sachez-le bien, si le maître de la maison savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison » (Luc 12, 39). Dans sa Première lettre aux Thessaloniciens, saint Paul recommande : « Ne nous endormons pas, comme font les autres, mais restons éveillés et sobres » (1 Th 5, 6). Et, dans la Première épître de Pierre : « Soyez sobres, veillez. Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera. » (1 Pi 5, 8). On trouve ainsi 23 fois la recommandation de « veiller » dans le Nouveau Testament.


Mais le reproche qui est fait ici n’est pas de s’être endormies, mais de ne pas avoir tenu leurs lampes allumées. C’est l’imprévoyance des vierges insouciantes que la parabole dénonce, le fait qu’elles n’ont pas prévu assez d’huile pour que leur veilleuse continue de briller. Ainsi, il nous reste à comprendre ce que signifie cette huile pour comprendre comment il est possible de veiller endormi.


Longtemps l’Église a enseigné que cette huile qui permet de maintenir la lumière divine allumée alors qu’on s’endort c’étaient les bonnes œuvres que vous avions accomplies. Au fond, l’idée était de dire que ce sont nos bonnes actions qui nous permettent de dormir en paix ; qu’au-delà de notre présence, nos actes de charité continuent à briller pour nous. Et ce n’est pas faux : le bien comme le mal que nous avons faits continuent à faire leur œuvre, même au-delà de notre mort. Les conséquences de nos actes ne s’éteignent pas avec nous.


Mais c’est sans doute un peu étroit comme spiritualité de considérer qu’on puisse simplement capitaliser sur nos bonnes actions pour rayonner de Dieu dans la nuit. Cela signifierait tout bonnement que les personnes qui font le bien devraient échapper à toute dépression. Or ce n’est pas le cas. C’est d’ailleurs toute la problématique évoquée par le Livre de Job, que Dieu lui-même proclame juste en tout ce qu’il fait. Job pourtant se trouve soudainement accablé de malheurs. Il faut certainement plus qu’un capital de bonnes actions pour encore briller dans la nuit.


Alors qu’est-ce que cette huile dont l’épuisement nous empêche de rencontrer Dieu ? Ce ne peut être la foi, que Jésus compare plus volontiers à une graine de moutarde. La foi vit ou meurt ; elle est présente ou pas. Mais elle n’est pas tant fonction de quantité. Celui qui a la moindre parcelle de foi en Dieu a toute la foi.


Si ce n’est donc ni la charité, ni la foi, ce que l’huile représente ici c’est l’espérance. C’est l’espérance que la nuit consume quand nous sommes loin de Dieu. C’est l’espérance que brûlent les ténèbres, les malheurs, les souffrances. C’est aussi l’espérance qui maintient en nous la lumière divine quand tout s’assombrit.


On comprend que les vierges sages avaient pour elles l’espérance alors que celles insouciantes n’en avaient pas assez. Et elles auront beau aller en chercher ailleurs, le Christ leur répondra : « Je ne vous connais pas. » Je crois, en effet, qu’il y a des croyants qui se laissent gagner par une désespérance telle, que toute rencontre avec Dieu leur devient impossible. Je crois qu’il y a des ténèbres qui, si elles gagnent totalement notre esprit, finissent par nous séparer radicalement de Dieu. C’est le désespoir qui tue la foi. Job, lui, n’a jamais atteint ce point ; jamais le malheur et le désespoir ne l’ont poussé à renier Dieu.


Bientôt donc, ce sera le temps de l’Avent, ce temps où spirituellement nous travaillons l’espérance, où dans nos vies nous cherchons la lumière divine. Mais à quoi allez-vous concrètement travailler cette année ? Qu’espérez-vous de Dieu actuellement ? Ce sont des questions importantes pour vivre un Noël concret.


Qu’espérez-vous de Dieu pour ce Noël ?


— Fr. Laurent Mathelot, OP



Année A, 32ème dimanche du temps ordinaire, année A - 12 novembre 2023
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