Fraternité Laïque Dominicaine
Dominique Pire et Sainte Catherine de Sienne

Fabien Van Vlodorp, o.p.

Vendredi 8 mai 2020

Prière d'introduction

Prière d'introduction

En Toi, mon Père, dont la sollicitude pour l’homme est pour moi, une certitude, je trouve mon refuge quand je me retrouve seul face à mes peurs, à mes erreurs. Tu es un roc qui jamais ne se dérobe.

Toi Notre-Dame, ma Mère, tu m’ouvres les bras à chaque fois que le doute s’installe en moi. Ta douceur réchauffe ma « petite flamme intérieure» qui ne s’éteint jamais, mais qui vacille, parfois…

Avec Toi Jésus, mon Frère, qui est passé par là, je partage mes déceptions, mes frustrations, ma désespérance face au monde et ses injustices.

Dieu que c’est bon d’avoir une famille comme la nôtre ! Et si, on adoptait, histoire d’être une famille encore plus nombreuse ?

Jésus dit à ses disciples :


Vous serez dispersés chacun chez soi et… vous me laisserez seul.

Mais je ne suis pas seul, car le Père est avec moi.

Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi.

Vous aurez des tribulations dans le monde; mais prenez courage, j'ai vaincu le monde.

Parole (Jean 16, 32)

Commentaire

« Vous serez dispersés chacun chez soi et… vous me laisserez seul. »
 

Ils avaient abandonné Jésus qui partait à la croix. La foi avait fait la place à la peur, la peur de se retrouver en première ligne, sur la croix, avec Lui. On ne peut leur jeter la pierre : mourir, même à plusieurs, ce n’est pas vraiment ce à quoi nous aspirons naturellement. Mais, quand même, c’était avec lui qu’ils avaient vécu, qu’ils avaient partagé, marché à travers toute la Palestine, tissé des liens forts durant 3 années.  C’est pas rien ! Alors quoi ? Rideau ?

 

Non, heureusement ! Sinon, nous ne serions pas là aujourd’hui, moi, à écrire et vous, à me lire !

Comment sont-ils donc passés du confinement mortifère au déconfinement vivifiant ? Et bien, Il leur aura fallu un évènement fort, la Résurrection, qui a balayé la peur qui les rongeait. Ensuite, il y a eu la Pentecôte et ce don de Dieu, l’Esprit saint. C’est cet Esprit Saint qui les a libérés et mis en route.

 

Aujourd’hui, nous sommes un peu comme ces disciples, dispersés, chacun chez soi. La peur d’être contaminés, le risque de mourir, nous ont poussés à abandonner notre boulot, nos loisirs, nos amis, notre famille, nos ainés. Ce choix, même initié par nos gouvernants, nous l’avons soutenu, guidés naturellement par la peur.

Commentaire 1

Même si une raisonnable prudence s’impose face à un virus mortel, je pense qu’il nous faut aussi faire attention à ce qui nous tuerait, certes seulement psychologiquement, mais tout aussi certainement que le virus : la peur.  « La peur est mauvaise conseillère », me disait mon grand-père et il n’avait pas tort. 

La peur, au mieux, nous fige, nous bloque dans une situation. Au pire, la peur d’envisager quoi que ce soit pour en sortir, nous terrorise encore plus et nous entraîne dans une spirale infernale de peurs.

Une autre conséquence de ce sentiment est le repli sur soi, pour se rassurer et se protéger. On voit l’autre comme un danger potentiel.  Vous me direz, en ce moment, pas trop le choix.  C’est vrai mais pensez-vous que notre regard sur les autres va changer quand, une fois « libérés », nous allons recommencer à nous croiser au magasin, dans un marché ou un espace public. Un doute ? Pensez à la peur, même latente, qui habite encore nombre de parents d’enfants depuis l’affaire Dutroux. Un traumatisme pour toute une population…

Pour achever son œuvre, la peur nous empêche de nous projeter dans l’avenir, imaginer un autre « possible », concentrés que nous sommes sur le présent et les dangers qui rôdent autour de nous.

Alors, la peur va-t-elle avoir le dernier mot ? Pas sûr…

 

« Mais je ne suis pas seul, car le Père est avec moi. »

Évangile selon saint Jean
Commentaire 2

Allez, on y va !

Jésus se retrouve seul … en apparence seulement. C’est lui qui l’affirme : le Père est AVEC moi. Ils sont donc deux en… Un. Cela fait très « produit de vaisselle », je vous l’accorde, mais, cette affirmation de Jésus illustre parfaitement ma première arme pour combattre la peur.

C’est ce sentiment de présence, indéfinissable, à mes côtés de « quelqu’un » dont je sais qu’il est un bon guide pour ma vie, un puits de bienveillance envers moi, qu’il me fait confiance, qu’il « mise » à 100 % sur moi malgré mes faiblesses, mes erreurs.

La plus belle image de ce Père est celle de celui du fils prodigue (Luc 15, 20)

«  Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.»

Jésus est notre frère à tous. Le Père était à ses côtés, il est à mes côtés, il est à côté de chacun de vous. Il m’a fallu des années pour que ce sentiment s’impose à moi comme une évidence. Je prie pour que, tous, vous le découvriez un jour ou l’autre et qu’il vous donne confiance et force.

 

La seconde arme contre la peur découle un peu de la première. Tous les parents le savent : c’est par l’amour, la confiance qu’ils donnent à leur enfant que celui-ci peut développer la confiance en lui-même. Voilà la seconde manière de contrecarrer la peur : avoir confiance en soi, croire raisonnablement en ses possibilités.  Pour certains, ce n’est pas chose facile.  Les aléas de l’existence sont passés par là. A nous de les aider à retrouver les richesses qui sont en eux comme en chacun de nous. 

Parfois cette confiance en soi tient à peu de choses.  Ceux qui ont déjà fait du ski le savent : En haut d’une piste un peu raide, il faut se dire « ça va aller, je gère ».  Si vous pensez « c’est quand même bien pentu…, il y a peut-être du verglas… », alors, prenez un autre chemin ! Si, gonflés à bloc, vous vous lancez mais, qu’après quelques mètres, vous êtes un peu malmenés, ne pensez surtout pas « ouuuuu j’vais m’planter ». Ce serait le ticket direct pour aller lécher la poudreuse. Ecoutez plutôt cette petite voix qui vous dit « t’inquiète, t’es le meilleur, ça passe… ! » vous aurez la chance d’arriver sans encombre. (Ndlr : n’oubliez pas de dire merci merci à la petite voix…)

Cette histoire de confiance personnelle, c’est un peu celle de Pierre en Jésus, quand il est sur le lac et qu’il voit Jésus (Mt 14, 28-31). Ici pas de neige mais de l’eau, celle d’un lac sur lequel Pierre marche, appelé par Jésus, en qui il a confiance.  En chemin, un petit coup de vent et hop, la peur revient et, évidemment, il commence à couler et appelle Jésus à son secours. Celui-ci lui glisse quand même :

« Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »
 

Circonstances atténuantes pour Pierre, il était au début d’un long cheminement qui lui a permis d’affermir sa confiance en Jésus et en Dieu. Comme Jésus, il est allé jusqu’au bout… 

 

Bon, maintenant que j’ai la confiance et que je n’ai plus peur, je fais quoi ?

 « Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi.
Vous aurez des tribulations dans le monde; mais prenez courage, j'ai vaincu le monde. »

Jésus nous annonce déjà la couleur : nous aurons des tribulations.  Selon Larousse, tribulation = Suite d'aventures plus ou moins désagréables, de revers, d'obstacles surmontés. Les disciples et les premiers chrétiens pourraient apporter quelques nuances à cette définition, surtout quant au « surmontés ».  Nombre sont, quand même…, ceux qui ont péri au terme de ces tribulations. Jésus ne promet pas une promenade de santé aux disciples. Ils ne vont certainement pas avoir facile. Ils vont sans doute souffrir et même mourir. La seule chose que Jésus peut leur offrir pour les aider à construire ce monde d’amour, c’est la confiance en lui, en son soutien, « courage » leur dit-il.  « J’ai vaincu le monde », c.-à-d., il a montré que le monde de pouvoir, d’argent, de violence qui l’avait condamné, n’a pas réussi à prendre le dessus.  Par sa résurrection, c’est bien le « monde nouveau » qui a gagné, celui que Jésus propose à tous les hommes de bâtir, en toute liberté, depuis 2000 ans.

 

Alors, aujourd’hui, dans ce monde nouveau qui traverse, quand même, une sérieuse épreuve à cause d’un minuscule virus, comment faire pour « lui rendre toutes ces couleurs », dirait Yannick Noah ?  Comment trouver notre voie et faire réentendre notre voix ?

Cette épreuve, c’est aussi une opportunité. Celle de changer ce qui ne va pas dans la société et dans nos existences. Jamais dans l’histoire, notre frénétique monde n’a été à l’arrêt comme aujourd’hui.

Inconcevable hier, on commence enfin à lever un peu le pied, souffler, prendre le temps pour soi ou ses enfants.  On redécouvre le plaisir de prendre son temps ! Le repas n’est plus expédié en 10 minutes car il faut encore faire ceci ou cela. Prendre le temps de téléphoner à des parents ou des amis isolés chez eux.  Voir avec bonheur la liste vide des « A faire : urgent, très urgent ».  Enfin lire ce livre que l’on a entamé l’an passé.  Toutes des choses qui nous font du bien, qui donnent à nos vies un rythme enfin d’humain et plus de machine.

Une opportunité aussi de changer nos habitudes de consommation.  On achète local, chez le fermier ou le maraîcher du coin, on fait connaissance, on recrée un lien social local.  Changer aussi notre regard sur la société, sur les pauvres de plus en plus nombreux et les quelques riches toujours plus riches.

Changer …..etc….etc… (Pas assez de place pour tout mettre !)

Est-ce que j’ai envie de déconfiner et de relancer le même monde qui s’est arrêté hier ? Personnellement non. Malgré toutes nos « tribulations actuelles », j’ai goûté, comme vous je l’espère, à d’autres choses, à des bonheurs simples,  oubliés et je rêve du monde proposé par Dieu.  

J’aspire à un monde solidaire, décentré, plus juste, plus respectueux de notre planète,
simplement ….plus humain !  Un peu le monde du film « DEMAIN ».

 

Pour me lancer et construire cet autre monde, je n’ai pas peur.  Je sais qu’Il est là et que vous êtes là !

Alors, on s’y met ? On y va ? Allez, on se lance !

Ose (Yannick Noah)

Allez, on y va ! (Edouard Bear)

Presque rien
Juste un pas
Et venir plus près
D'autres liens
D'autres voies
Au moins essayer

L'étincelle
Qu'on reçoit
D'un premier regard
L'étincelle
Vient de toi
S'envole au hasard
Et peut tout changer
Alors

Ose, ose
Redonne à ta vie
Sa vraie valeur
Ose, ose
Redonne à ce monde
Toutes ses couleurs

Presque rien
Un silence
Qu'il faut écouter
Un chemin
Une chance
Qu'on peut partager

Pas de doute
Pas de peur
Tu peux avancer
Fais ta route
Il est l'heure
Tu dois essayer
Tu dois tout changer

Ose, ose
Redonne à ta vie
Sa vraie valeur
Ose, ose
Redonne à ce monde
Toutes ses couleurs

Presque rien
Une route
Tu peux avancer
Presque rien
Un regard
Tu peux essayer
Alors tu peux tout changer

Ose, ose
Redonne à ta vie
Sa vraie valeur
Ose, ose
Redonne à ce monde
Toutes ces couleurs

Redonne à ce monde
Toutes ces couleurs

Ose, ose
Redonne à ta vie ses couleurs

Intentions

Père, nous savons que notre maison « terre » est en danger. Nous savons aussi que tu n’es pas le « Harry Potter » des chrétiens. Nous savons enfin que c’est à nous, et pas à Toi, de la protéger. C’est donc à nous tous qu’incombe la responsabilité de changer le Monde et de le mener vers plus de respect, de justice et d’humanité. Alors, Père, viens nous murmurer en songe : « Allez, on y va, tu n’es pas seul.  OSE !»

 

Mère, trop de tes enfants sont mal nourris, maltraités, rejetés, oubliés, comptés pour rien par leurs frères. Tes enfants ont grandi mais certains ont oublié que c’est ton amour maternel, la chaleur de tes bras qui les ont fait grandir. Alors, Mère, visite nos rêves et murmure-nous : « Mes enfants, quand vous aidez un de ces petits, c’est vous aussi que vous aidez à devenir de vrais enfants de Dieu »

 

Frère, tu nous as montré un chemin. Pas le plus facile, un peu accidenté ou exigeant, parfois. Mais il menait à la Vie et au bonheur. Nombre d’entre nous ont préféré prendre l’autoroute de la facilité, du « moi d’abord ». Cela les a menés à un cul de sac et, seul face à un mur, ils se lamentent… ! Alors Frère, tends-leur une corde pour passer l’obstacle et propose-leur à nouveau ce merveilleux chemin.

Prière à Marie

Je ne peux vous proposer une prière à Marie car je pense que prier, c’est être en dialogue, d’être au plus intime de la relation qui nous lie à elle. Et chaque relation est unique, personnelle.  Nous avons donc tous notre manière de prier. Je ne peux que vous ouvrir humblement à la mienne.

 
Ecoutez une musique qui vous touche, par exemple cet « Ave Maria » merveilleusement interprété par Jessy Norman, posez le regard sur une image qui vous parle, ici Notre-Dame de La Sarte, et laissez Marie dialoguer avec vous…

Ave Maria
Intentions
Commentaire 3
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