Fraternité Laïque Dominicaine
Dominique Pire et Sainte Catherine de Sienne

Frère Ignace Berten o.p.

Samedi 2 mai 2020

Seigneur, nous venons devant toi

en faisant l’expérience difficile de notre fragilité :

notre société se croyait forte et puissante,

capable de maîtriser la nature,

de dominer tous ses éléments…

et nous voici victimes d’un virus inconnu jusqu’ici,

une substance microscopique

qui se répand, se transmet,

qui ronge les corps.

Prière d'introduction

Nous osons crier vers toi :

tu ne résoudras pas le problème à notre place, tu ne nous protégeras pas de cette menace, mais aide nous à aimer,

à être attentifs aux plus fragiles,

à tous ceux qui souffrent de la situation

parce qu’isolés,

parce que réduits au chômage,

parce que se demandant de quoi vivre demain…

Maintiens en nous une véritable espérance,

et reste avec nous.

Textes

Qu’est-ce que l’homme,

pour que tu le connaisse, Seigneur,

le fils d’un homme, pour que tu comptes avec lui ?

L’homme est semblable à un souffle

ses jours sont une ombre qui passe.

(Psaume 143 (144), 3-4

Nous sommes si fragiles

Homélie

Cela fait un certain temps que nous interrogeons sur les ambiguïtés de la modernité.

Celle-ci, par les progrès de la médecine et de la pharmacie, a vaincu le caractère mortel de bien des maladies, et elle a plus que doublé notre espérance de vie, tant en nombre d’années qu’en bonne santé. Elle a amélioré notre existence quotidienne : éducation générale, qualité du logement, équipements qui facilitent la vie, diversité de l’alimentation, allègement des travaux les plus lourds, et pour la grande majorité, sortie de la misère. Il ne peut être question de renier tous ces bienfaits ou de les mépriser. Même s’il faut s’interroger sur le sens du projet des transhumanistes qui rêvent de prolonger presque indéfiniment la vie humaine en bonne santé (au moins pour certains privilégiés), voire de vaincre la mort !

Nous naviguions entre confiance et inquiétudes, entre croyance aux pouvoirs de salut de la science et critique marqué de pessimisme…

Mais voici qu’un élément hétérogène vient brouiller tout notre paysage. Le coronavirus est là au milieu de nous. Il frappe sans crier gare. Tout le monde peut être atteint, et personne, s’il est atteint, ne sait s’il en sortira vivant. Les plus âgés sont les plus menacés. La société essaie de se défendre. Le confinement et la distanciation sociale sont imposés. Dans les homes, l’isolement est dramatique, même si quelques allègements sont promis. Notre société a tout fait pour cacher la mort, et voici qu’elle s’affirme brutalement, n’importe qui pouvant être pris à l’improviste.

Nous découvrons combien tous nous sommes fragiles, que notre vie ne pend qu’à un fil. Nous redécouvrons combien la relation interpersonnelle fait vivre, combien l’interdépendance dans la relation fait partie de notre condition humaine. Combien nous sommes des êtres corporels et combien la relation corporelle est importante : la présence, les gestes d’affection et de tendresse… Cette dimension relationnelle dans sa dimension corporelle est pour une part brisée dans le présent.

Nos moyens de communication se trouvent tellement limités. La communication par la voix, par le téléphone est importante pour briser l’isolement ; la communication par vidéo quand elle est possible… Mais cela ne remplace pas la présence.

Et Dieu dans tout cela ?

Les paroles du psaume retentissent profondément en moi :

Qu'est-ce que l'homme,

pour que tu le connaisse, Seigneur,

le fils d'un homme, pour que tu comptes avec lui?

L'homme est semblable à un souffle

ses jours sont une ombre qui passe.

Question posée à Dieu. Dieu ne va pas vernir résoudre les problèmes d’aujourd’hui à notre place ou à la place de tous ceux et celles qui sont en situation de décideurs. Et ce n’est pas parce que je prie avec ferveur et dans l’inquiétude pour un parent qui se trouve en soins intensifs, que Dieu le sauvera et ne sauvera pas son voisin pour qui personne ne prie… Mais la question est là : Dieu se soucie-t-il de nous, nous ces infimes poussières dans un univers dont les dimensions ne cessent d’exploser ? La crise du présent met au grand jour une question latente.

Nombre de psaume posent question à Dieu:

 

Et toi, Seigneur, que fais-tu ?

Reviens, Seigneur, délivre-moi,

sauve-moi en raison de ton amour

Ps 6,4-5

Pourquoi, Seigneur, es-tu si loin ?

9b (10),1

Mais beaucoup de psaumes, davantage encore, disent la confiance en Dieu du priant :

Je dis au Seigneur :

Mon refuge,

mon rempart, mon Dieu, dont je suis sûr ! »

Ps 90 (91),2

Heureux qui s’appuie sur le Dieu de Jacob,

qui met son espoir dans le Seigneur son Dieu.

Ps 145,5

Comment concilier dans notre foi cette expérience de silence de Dieu, d’inaction dans le malheur, et cette confiance radicale, double expérience dont témoignent les psaumes ?

Tournons-nous vers Jésus comme il s’offre à nous dans les évangiles.

Jésus a aussi connu le questionnement dramatique, une forme d’absence de Dieu : sur la croix, il a crié

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Jésus n’était pas sans questions dans sa relation avec son Père, mais ultimement, il s’en est remis à lui : « Entre tes mains, je remets mon esprit. »

Mais, et c’est le plus important pour nous maintenant. Les évangiles nous disent à de multiples reprises que dans sa relations aux autres, sa manière de parler, sa manière de se comporter, dans son accueil sans condition, dans son offre de pardon, dans sa force de guérison, les personnes faisaient l’expérience que Dieu était présent pour eux. Et cette présence était source de vie et de bonheur. Les gestes concrets, les attitudes de bienveillance, d’affection, de tendresse peuvent dévoiler aujourd’hui une présence de Dieu, un Dieu de bonté et de vie, dans les moments difficiles que nous vivons. Un Dieu porteur de lumière.

Le confinement a brisé de multiples possibilités de relations immédiates, avec d’immenses conséquences de solitude. Le mot distanciation sociale est caractéristique et lourd de signification. Pour minimiser les dégâts de cet état de fait, les initiatives virtuelles se sont largement développées : téléphone, Internet, Skype et autres possibilités. Y compris du point de vue pastoral : multiplication des liturgies virtuelles. Il faut cependant bien se rendre compte qu’il s’agit là d’un pis-aller, qui ne peut remplacer la rencontre directe, le face à face de la relation, et la dimension communautaire et corporelle de la liturgie et de la vie sacramentelle. Nous avons besoin de revivre pleinement cette possibilité de relation immédiate.

Nous sommes invités à être présence de Dieu les uns pour les autres, peu importe que Dieu soit lu ou perçu dans la relation : l’important est que la relation contribue à la vie, et que nous osions croire que Dieu est là à l’œuvre.

 

Intentions

Seigneur, nous portons devant toi dans notre prière tous ceux et celles qui ont perdu un être cher

auquel ils n’ont pu dire au-revoir pendant ces semaines de confinement.

 

Seigneur, nous portons devant toi dans notre prière tous ceux et celles qui se sont totalement donnés pour apporter les soins aux malades du coronavirus.

 

Seigneur, nous portons devant toi dans notre prière les populations des pays pauvres

totalement désarmés face à cette pandémie.

 

Seigneur, nous portons devant toi dans notre prière notre Église :

que toute la créativité pastorale suscitée par la situation de confinement rejaillisse et se prolonge lorsque les choses seront redevenues normales.

 

 

Prière finale

Marie, fille d’Israël,

femme de foi et d’espérance, f

femme du oui libre

à l’imprévu de l’histoire, à l’imprévu de Dieu,

donne-nous de dire oui

à l’appel de Dieu

quand il ouvre à une nouvelle histoire.

 

Marie, habitée par l’Esprit,

pour que naisse au monde le Fils de Dieu,

ouvre en nous l’espace d’accueil de l’Esprit,

afin que dans l’Église

Jésus prenne encore corps aujourd’hui

pour la vie du monde.

 

Marie, annonciatrice d’un monde nouveau

où sont renversées toutes les puissances d’oppression

et où les pauvres et les sans-voix ont leur place,

aide-nous à engendrer aujourd’hui déjà

ce nouvel ordre des choses

et à faire vivre l’espérance du Royaume

pour tous les écrasés, les exclus

et les blessés de nos sociétés.

 

Marie, fidèle dans la foi au pied de la croix,

frappée par les larmes et la douleur

aux côtés de ton fils livré à la mort,

donne-nous de rester aux côtés

de tous ceux qui, aujourd’hui,

sont réprimés ou tués

pour leur foi en l’homme

pour leur foi en Dieu.

 

Marie, témoin de la résurrection,

présente au cœur de l’Église naissante,

mémoire vivante de l’histoire de Jésus,

garde en nous le souvenir

des gestes de Dieu dans notre histoire,

donne-nous d’être les témoins de la foi

dans nos communautés d’Église

et de rayonner la présence vivante du Christ.

 

Marie, toi que vénèrent

le Coran et la grande communauté musulmane,

donne à tous les croyants de nos traditions

de s’ouvrir les uns aux autres,

de s’apprécier mutuellement dans leurs différences

et de s’engager ensemble

pour une société et un monde

pacifiés et fraternels.

 

Marie, visage de tendresse

en qui des générations de croyants ont mis leur confiance

et ont trouve la force pour continuer à vivre,

à croire et à espérer, nous nous confions à toi

pour les jours où le poids de la vie est trop lourd :

tu nous aideras à continuer notre route.

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Mais la médaille a une autre face. D’un côté, nos technologies ont gravement porté atteinte à l’environnement et au climat : ce sont les conditions mêmes d’une vie humaine qui se trouvent menacées dans l’avenir, à moins de prendre des décisions difficiles de changement de nos modes de production et de consommation. L’économie et la finance ont pris le pouvoir. La grande pauvreté a été réduite, mais des conditions de vie dans la dignité dans nos espaces urbains sont de plus en plus coûteux et deviennent inaccessibles pour beaucoup. De nouvelles maladies professionnelles se répandent en raison des impératifs d’efficacité et de rentabilité, et le burn out menace de plus en plus de travailleurs. La précarité augmente et touche tout une partie de la classe moyenne, et augmentent aussi très fortement les inégalités entre une infime minorité de super-riches toujours plus riche et la masse de tous les autres. Et nous faisons l’expérience aujourd’hui qu’on a gravement sous-investi dans le domaine de la santé.

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