Troisième pas de l’Avent : La joie encore contenue
- Frédéric Kienen

- 13 déc. 2025
- 4 min de lecture
3e dimanche de l'Avent - 14 décembre 2025
Is 35, 1-6a.10 ; Jc 5,7-10 et Mt 11,2-11

« Gaudete in Domino semper: iterum dico, gaudete ! » Traduction pour les non-latinistes : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous ! »
Chers Frères et Sœurs,
Cet appel à la joie – qui a comme un goût non pas de spéculoos ou de guimauves offerts par saint Nicolas mais bien de madeleine de Proust pour certains d’entre vous – ; cet appel à la joie, donc, illumine notre Avent. Ce temps d’introspection qui nous invite à être des veilleurs en attendant l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ. Ainsi, en ce troisième dimanche de l’Avent, l’Église nous propose de goûter à une joie déjà là… mais encore retenue et contenue, comme un rayon de soleil qui percerait les nuages sans encore envahir tout le ciel. Mais pourquoi cette joie n’éclate-t-elle pas encore pleinement ? Simplement parce que Noël n’est pas encore arrivé et que la lumière que nous percevons n’est encore que l’aurore de la joie totale que Dieu veut nous donner dans la naissance de son Fils.
C’est en ce sens que le prophète Isaïe nous offre une vision splendide : le désert fleurit, la terre aride devient source de vie, les mains défaillantes retrouvent force, les genoux chancelants se redressent. Bref, c’est l’image d’une joie qui transforme, qui guérit, qui relève. Une joie qui ne vient pas de nos efforts mais de Dieu qui s’approche. Toutefois, ce tableau bien que lumineux n’est encore qu’une promesse car, à ce moment précis de cette prophétie d’Isaïe, la terre est encore déserte et les genoux encore faibles… ou plus précisément le Messie qu’il annonce n’est pas encore né. Ainsi, nous ne sommes pas encore arrivés au jour où « les rachetés reviendront avec des cris de joie ». Cette joie d’Isaïe demeure donc comme un parfum qui annonce et invite à la fête… même si elle n’a pas encore commencé.
Dès lors, saint Jacques dans sa lettre, traduit ce moment par un seul mot qui revient d’ailleurs à quatre reprises en seulement trois versets. Et ce mot c’est patience… à l’image du paysan qui voit la graine germer, sans toutefois se précipiter car il sait qu’il faut du temps pour que la récolte arrive à maturité. Ainsi, la joie que nous vivons en ce troisième dimanche de l’Avent ressemble à cette graine… dans le sens où elle commence à poindre. Cependant, du fait qu’elle a encore besoin de temps, elle n’est pas encore prête pour la moisson. Cette analogie de la graine correspond ainsi à notre foi et à la joie qu’elle procure dans nos vies. Une joie qui s’enracine et puise sa vitalité dans la confiance que Dieu vient, que Dieu agit… mais à Son rythme et non au nôtre. Dès lors, nous pouvons donc affirmer que durant l’Avent notre joie grandit mais il demeure toutefois quelque trace d’ombre.
C’est cette ombre que nous dévoile l’Évangile de ce jour avec cette scène bouleversante où Jean le Baptiste est en prison. Lui, le prophète du désert, l’homme du grand cri, celui qui avait osé montrer Jésus comme l’Agneau de Dieu, se retrouve maintenant dans l’obscurité d’un cachot. Toutefois, même vacillante (peut-être comme un signe de sa fin à venir), sa foi n’est pas éteinte : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Cette question résonne avec tout le poids d’une joie entravée. Plus précisément, Jean espère, mais il ne voit rien… Jean attend, mais il est enfermé… Jean croit, mais il ne comprend pas encore pleinement la manière dont Dieu accomplit ses promesses.
En réalité, l’Avent nous place exactement dans cet entre-deux, c’est-à-dire dans cette tension entre la joie de savoir que le Seigneur est proche… tout en étant dans l’expérience très réelle que nous ne le voyons pas encore. Bref, nous sommes encore dans la nuit. Toutefois, déjà quelque chose brille au loin, prêt à nous redonner la joie et la vie. C’est ce qu’affirme Jésus dans sa réponse à Jean. Non pas par un discours abstrait mais simple et direct : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés ». En d’autres termes, Jésus nous affirme que la lumière est déjà en train de percer, que la joie est déjà en action et que Royaume est déjà au milieu de vous. Mais – et c’est important – ce n’est pas encore la plénitude. Pourquoi ? Car pour Jean le Baptiste, Jésus n’a pas encore donné sa vie et n’a pas encore ouvert pour nous les portes du Ciel. Car pour nous l’enfant Jésus n’est pas encore né à Bethléem. Ainsi, il y a dans notre joie de ce dimanche un parfum de fête… mais n’anticipons pas trop car le festin n’est pas encore servi.
Pour conclure, chers Frères et Sœurs, la joie que Dieu nous offre aujourd’hui n’est pas une joie bruyante, éclatante ou facile. C’est la joie paisible, humble et naissante qui germe doucement dans le cœur du croyant qui sait que Dieu vient parmi nous. C’est la joie du veilleur qui aperçoit une lueur à l’horizon et celle du désert qui se met à verdir. C’est la joie du prisonnier qui entend une bonne nouvelle ; la joie rassurante que nous pouvons vivre même au cœur de nos nuits, de nos doutes et de nos attentes. Ainsi, patience ! Plus que quelques jours avant d’être baigné par la lumière de Noël qui éclatera et remplira entièrement le monde. Mais pour l’instant, accueillons cette joie en germe, cette lumière timide mais vraie, déjà portée par l’espérance et la paix depuis deux semaines.
Aussi, que cette lumière de la joie nous fasse marcher, espérer, et tenir dans la patience jusqu’à notre rencontre avec l’Enfant Dieu qui vient… avec l’Emmanuel.
Amen. Alléluia !
Frédéric Kienen



