Dimanche 18 octobre 2020

Rejouis Toi Rayonnement de JoieHymneAcathist

Frère Laurent Mathelot, o.p.

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » Saint Matthieu

Il y a des questions auxquelles, quelle que soit la réponse que l'on donne, on tombe dans un piège. Des questions faites pour accuser… C'est le cas de celle-ci : «Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César ?».

 

Replongeons-nous dans le contexte. Le groupe qui pose la question à Jésus est assez improbable : il s'agit de Pharisiens et d'Hérodiens or ces gens se détestent.

 

La Palestine est occupée par les Romains depuis l'an 63 av. J.-C. et c'est une occupation très dure – les nombreuses révoltes juives à l'époque en témoignent – en particulier les habitants croulent sous l'impôt. Littéralement, l'occupant pille la Judée. Hérode est un roi collaborateur de l'envahisseur romain ; son objectif c'est la romanisation de la Palestine : il veut faire de la Judée un joyau romain. Certes, il reconstruit le Temple de Jérusalem, mais il bâtit aussi de nouvelles villes totalement romaines : Césarée maritime, sa nouvelle capitale, dénommée en l'honneur de César, mais aussi Séphoris, que des fouilles viennent de retrouver et qui est la grande ville totalement romaine située juste à côté du petit village de Nazareth. Jésus voyait la romanisation forcée de la terre de Judée, ça se passait juste à côté de chez lui.

 

Les Hérodiens – les partisans d'Hérode – sont donc des collaborateurs. Alors que les Pharisiens sont plutôt des résistants. Peut-être, pour mieux comprendre l'étrangeté du tableau que l'Évangile nous présente, pouvez-vous vous replacer dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale : un groupe composé de collabos et de résistants vient trouver Jésus… « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l'occupant ? »

 

Si Jésus répond « oui », il est un collabo, il trahit la nation d'Israël ; s'il répond « non », il est un subversif, il incite à la révolte. Dans les deux cas, la question vise à faire tenir à Jésus un rôle qu'il ne veut pas tenir : celui d'un leader politique. Dans les deux cas, la question est piégée. Y répondre revient à se situer au niveau d'une querelle de souverainetés terrestres alors que Jésus se présente lui-même comme “Roi de l’Univers”, d'un Royaume qui “n’est pas de ce monde”.

 

César, lui, à la prétention des deux : il est celui qui règne sur le monde, mais il se présente aussi comme un Dieu. C'est d'ailleurs ce qui déclenchera les persécutions des premiers chrétiens qui refuseront d'offrir des sacrifices à l'empereur, qui seront en fait vus par la puissance impériale comme des athées, des gens qui ne participent pas à la religion d’État.

 

Tous les gouvernements encourent le risque de se prendre pour Dieu. Les pharaons égyptiens étaient des dieux, les empereurs romains se proclamaient « Fils de Dieu », jusqu'aux cultes de la personnalité du XXe siècle, d'extrême droite ou d'extrême gauche, en passant par les Khans, les Tsars et les Empereurs du Japon.

 

Cyrus, dont parle le Livre d'Isaïe est un de ces rois de l'Antiquité à la stature divine. Et pour le coup, c'est la Bible elle-même qui lui confère cette aura. Cyrus est le seul roi étranger que la Bible qualifie de messie, d'envoyé de Dieu.

 

Ici aussi, il convient de faire un peu d'Histoire. Vous le savez le roi babylonien Nabuchodonosor avait envahi la Judée, détruit le Temple et déporté toutes les élites juives en exil dans sa capitale, Babylone, située dans l'Irak actuel. La destruction du Temple et l'exil sont, pour le peuple hébreu, la grande catastrophe dont parlent de nombreux textes bibliques. C'est plus qu'Israël qui est détruit ; c'est toute la puissance de Dieu qui est mise en cause. Comment a-t-il pu laisser un païen détruire son Temple ?

 

Quelques années plus tard, Cyrus, roi de Perse, l'actuel Iran, conquiert le Royaume voisin de Babylone, et libère tous les peuples que Nabuchodonosor avait opprimés. Si vous voulez, Cyrus est le destructeur des destructeurs du Temple de Dieu, celui par qui la puissance du Dieu d'Israël est restaurée. C'est pour cela qu'il est qualifié de messie, comme l'ont été tous les rois d'Israël, David, Salomon et tous les envoyés de Dieu chargés de mener son peuple à la libération.

 

Jésus aussi, bien sûr, est un messie. Il est même LE messie par excellence, celui qui nous apporte la libération définitive, celle de la mort.

 

Si Jésus s'était abaissé au niveau de la question « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César ? », il aurait perdu son statut de sauveur universel, en entrant dans une vision partisane.

 

La phrase « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » invite finalement à faire la part des choses : d'où vient le véritable pouvoir de gouvernement ? De César qui se le donne à lui-même ou de messies qui le reçoivent de Dieu ?

 

Et nous, qui gouverne finalement nos vies ? Est-ce nous-mêmes ou est-ce Dieu ? Comment comprendre pour nous aujourd’hui ce « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » ? Vous l’avez compris c’est une invitation à faire le tri entre ce qui est spirituel et ce qui ne l’est pas.

 

Bien sûr les grands mystiques vous diront de compter pour rien ce qui est dans le monde, d’être tout tendus vers les cieux. Mais ça ne signifie pas pour autant qu’il faut se déconnecter du monde, le rejeter. L’incarnation de Dieu en la personne de Jésus-Christ est au contraire, un élan d’amour pour le monde.

 

La question qui reste c’est : dans nos relations avec le monde qui nous entoure nous comportons-nous comme un César – avide et oppressant, exigeant des autres un culte - ou comme Dieu – compatissant et aimant, acceptant même, s’il le faut, des autres le mépris. Et si nous sommes honnêtes, nous dirons qu’en nous il y a un peu des deux : César et Dieu.

 

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Faites de toutes vos relations au monde un enjeu spirituel.

Fr Laurent Mathelot, o.p.

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