Fraternité Laïque Dominicaine
Dominique Pire et Sainte Catherine de Sienne

Dimanche 3 mai 2020

Fragile et plein d'espoir

Marie-Luce Clément, o.p.

Chant : 

 

Comme un souffle fragile, ta parole se donne.

Comme un vase d'argile, ton amour nous façonne.

 

Ta parole est murmure, comme un secret d'amour

Ta parole est blessure qui nous ouvre le jour.

 

Ta parole est naissance, comme on sort de prison

Ta parole est semence, qui promet la moisson.

 

Ta parole est partage, comme on coupe du pain

Ta parole est passage, qui nous dit un chemin.

Prière d'introduction

Toi, l’enfant de la crèche, le nouveau né fragile,

Toi l’homme de Galilée fatigué sur les chemins,

Toi le supplicié injustement mis à mort,

Toi le Vivant,

 

Donne-moi de me reconnaître fragile, vulnérable,

Apprends-moi à accepter mes failles, mes faiblesses,

Pour Te laisser Te glisser dans tous mes manques,

Pour que Tu fasses de moi, un Vivant !

Chantal Lavoillotte.

Texte et commentaire

« Certes, il a été crucifié du fait de sa faiblesse, mais il est vivant par la puissance de Dieu. Et nous, maintenant, nous sommes faibles en lui ; mais, avec lui, nous serons vraiment vivants par la puissance de Dieu qui s’exercera envers vous. ». (2 CO 13)

« Le Seigneur est ma force et mon rempart ; A lui mon cœur fait confiance :

Il m’a guéri, ma chair à refleuri,

Mes chants lui rendent grâce. ». (Ps 27, 7)

Bonjour à chacune et chacun,

 

Je voudrais, en à ce temps de pandémie, vous partager ma réflexion sur notre état de vulnérabilité, de faiblesse, cette fragilité que nous essayons d’assumer tout au long de notre vie terrestre.

J’ai choisi ce verset de St Paul et cet extrait de psaume car ils ont été, depuis pas mal d’années, une référence pour mon cheminement de vie.

Dès notre naissance et pendant, au moins, les 7 premières années de notre vie, nous sommes fragiles et dépendants pour les soins de base comme nous nourrir, nous mobiliser, communiquer… Nous avons grand besoin des attentions et de l’affection de nos parents, de la famille, des enseignants, des amis, afin de pouvoir prendre le large lorsque nous serons prêts à « voler de nos propres ailes ». Je veux dire devenir « adulte » avec des projets de vies quels qu’ils soient.

Actuellement nous vivons des temps incertains pour notre état de santé, nous le devons à un virus inconnu avec un taux de morbidité élevé qui tue beaucoup de personnes dans le monde entier. Pour nous protéger, des mesures de confinement ont été instaurées. Depuis, nous sommes privés de contact avec nos familles, amis, personnes que nous accompagnons tant bien que mal. Privés aussi des retrouvailles en famille, en communauté, en fraternité pour une Eucharistie.

Toutes ces incertitudes nous conduisent à des sentiments de peur, d’angoisse, de manque. Nous sommes aussi amenés à nous poser beaucoup de questions sur le pourquoi de notre faiblesse ou vulnérabilité. Cette faiblesse et cette force de l’Homme, je les ai souvent rencontrées dans mon métier d’infirmière.

Combien de personnes qui nous semblaient arrivées au terme de leur vie, reprenaient courage et « re-venaient » à la vie. Un évènement connu ou   inconnu survenait et changeait tout le  pronostic  de santé de la personne. Un encadrement familial chaleureux, des retrouvailles avec des proches qui,  depuis longtemps, ne côtoyaient plus le parent malade  et qui, enfin, passent outre leur rancœur et arrivent à se réconcilier.

D’autres malades arrivent à accepter l’issue de leur maladie, savent que le temps du mourir est advenu.

Certains trouvent un réconfort dans leur religion, Ils peuvent donner sens à ce qu’ils vivent, trouver la force de traverser cette épreuve et continuer leur chemin jusqu’au bout. Personnellement, dans maintes situations, j’ai ressenti cette présence apaisante qui m’a permis de surmonter un sentiment de peur et, avec humilité, d’affronter les défis et difficultés rencontrés dans ma vie.

Néanmoins, j’ai quand même connu, lors d’épreuves liées aux décès survenus dans ma famille, ces moments de fragilité. Je les ai ressentis au fond de moi : la tristesse, le désarroi, le désespoir, la sensation d’être hors du temps et ne plus savoir que faire, l’impression de se sentir dans le fond du trou. En même temps, j’ai aussi ressenti une force intérieure qui me poussait à ne pas me laisser aller dans le « dévivre » comme le dit Dominique Collin op. La grâce de la Présence m’aide à continuer ce travail de deuil et, doucement, d’autres évènements positifs surgissent.

Cette vigueur, je l’ai reliée à ma foi en un Dieu aimant d’un amour inconditionnel  et à la force du Christ, du Christ mort sur la croix mais ressuscité. Oui, il peut paraître   faible car c’est l’homme qui a été crucifié mais c’est dans sa résurrection qu’il montre sa force. Résurrection, voulue par son Père, en tant que fils de Dieu qui a donné sa vie par amour pour nous. C’est vrai que pour beaucoup de personnes, cela paraît insensé.  St Paul  a eu bien des difficultés à faire comprendre cela aux Corinthiens.

Ce qui est important pour moi dans mon quotidien, c’est d’essayer de mettre mes pas dans ceux de Jésus, le Christ, guidée par son histoire, par ses Paroles plutôt encourageantes qui n’accablent pas, par sa façon d’être dans ses relations, son écoute,   ses attentions. Son amour m’a ouvert à d’autres chemins possibles.

Dans son livre « Vivre libre avec Etty Hillesum » (éd.

Tallandier), Cécilia Dutter nous explique comment Etty Hillesum a trouvé dans cet environnement le moyen de vivre une existence plus libre et plus belle. Pour y arriver, elle est passée par 3

étapes : se rencontrer soi-même ; tourner son regard vers l’autre ; ouvrir son cœur à l’absolu. Elle nous dit : « Les chemins de l’âme et de l’esprit sont si vastes, si infinis (…) ; Je n’ai pas l’impression d’avoir été privée de ma liberté et au fond, personne ne peut vraiment me faire du mal. » (Lettre d’Etty Hillesum à Han Wegrif et autre, Westerbork, le mardi 29 juin 1943)

Je suis aussi, tout comme vous, émerveillée par ces équipes de soins, d’entretien et logistique qui, dans les hôpitaux, maisons de repos et de soins et autres structures d’accueil, « tiennent » depuis plusieurs semaines pour accompagner, soigner, sauver, quoi qu’il en coûte. C’est un « miracle ».

Personnellement, je pense que le Seigneur est là auprès de nous comme il l’a dit en Mt 28,20 « Voici que je suis avec vous, tous les jours jusqu’à la fin des temps », dans Is 41,10 « Ne crains pas, je suis avec toi » ou dans Jr 1,8 « n’aie peur de personne, je suis avec toi pour te libérer » …

Pour conclure, je pense qu’il est important de se reconnaître fragile, comme le dit cette prière, afin de pouvoir prendre soin de soi-même, de nos proches, d’être dans la bienveillance, la tendresse, la confiance et l’espérance comme nous l’enseignent les béatitudes. Tout cela afin qu’un monde plus généreux et respectueux de la vie puisse survenir pour chacune et chacun de nous.

Dans son homélie du 19 avril dernier le Frère Didier Croonenberghs, o.p., nous confiait :

 

« Nous sommes aussi capables de grandir à travers nos manques qui peuvent avancer à travers l’expérience de séparations fécondes. C’est cela l’annonce de Pâques : le tombeau vide devient un lieu d’annonce ; découvrir une réelle proximité, malgré la distance, une présence intime, malgré les apparences ».

Intention de prière

Donne-nous de nous reconnaître fragile, vulnérable, Apprends-nous à accepter nos failles, nos faiblesses,

Mais aussi de garder foi, espérance et amour envers toutes nos sœurs et frères proches ou moins proches, Seigneur nous te prions.

Prière à Notre-Dame

Marie, Mère de Dieu, écoute notre Prière

 

Marie, Mère des pauvres, reçois nos cœurs d’enfants.

Marie, notre Mère, entends-tu le cri de notre monde.

Aide-nous à garder l’espérance, celle que tu portes jusqu’à la résurrection.

Avec ton fils, notre frère. Amen.

(Septennales 2005)

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Je vous salue Marie
Comme un souffle fragile

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Chant:

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