André Dawance, curé - doyen

Homélie pour la Fête de la Pentecôte 

Quelle image de l'Esprit de Pentecôte nous faisons-nous ? Nous l'imaginons souvent de manière fixée comme dans de nombreuses peintures où l'on découvre les apôtres entourant Marie, les mains jointes, les yeux tournés vers le ciel,… en extase devant la flamme qui leur tombe sur la tête ! Une représentation figée, immobile !

Il n'est pas sûr que saint Luc dans les Actes des Apôtres (1re lecture) voit la scène comme cela. Bien au contraire !

Car ce matin-là à Jérusalem, au matin de la Pentecôte : '' ça a soufflé avec force et grand bruit ''. Comme le décrit Luc : '' Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière ''. Les murs ont tremblé ! Et de fait dans la Bible, quand l'Esprit de Dieu souffle, il souffle avec violence : cela s'entend et se remarque. Au commencement du monde, le Souffle de Dieu planait sur le chaos initial ; c'est lui qui organisa les éléments en les séparant : la lumière des ténèbres, la terre de la mer et ainsi de suite. À l'époque de Moïse, c'est la puissance du vent qui partagea la mer Rouge pour laissez-passer à pieds secs les Hébreux. Au soir de Pâques, c'est le Souffle du Seigneur ressuscité qui propulsera les apôtres dans la mission et le témoignage. On l'entend, le souffle dans la Bible est synonyme de mouvement, de dynamisme, de vie. Et la vie fait du bruit dès la naissance ; c'est par un cri que le nouveau-né atteste qu'il est vivant.

Ce matin-là à Jérusalem, au matin de la Pentecôte : '' ça a chauffé également ''. Comme le note Saint Luc, les apôtres ont vu apparaître '' des langues qu'on aurait dites de feu, qui se partageaient pour venir se poser sur chacun d'eux ''. Déjà dans l'Exode, Dieu s'était manifesté à Moïse dans un feu qui brûle sans détruire. Et il avait déclaré : '' Je suis le Dieu de tes Pères, j'ai vu la misère de mon peuple en Égypte. Je t'envoie vers lui avec le feu de mon ardeur ''. Jésus lui aussi se présentera comme celui qui est venu apporter le feu sur la terre (le feu de son amour passionné) et il proclamera son impatience à le voir brûler et se propager partout sur la terre… tel un feu de forêt.

Enfin ce matin-là, au matin de la Pentecôte : '' ça a causé allègrement dans les rues de Jérusalem ''. Tous, relève Luc, furent remplis d'Esprit Saint : ils se mirent à parler en d'autres langues, et chacun s'exprimait selon le don de l'Esprit ''. Si bien que le passant comme l'étranger en séjour à Jérusalem les entendaient avec stupéfaction parler sa propre langue. Les apôtres sont sortis de leur coquille ; ils osent aller vers l'autre, vers le différent, vers l'étranger pour engager la conversation avec lui. Ils pratiquent la langue de la proximité, de la compréhension et de l'entente mutuelles. Et cela marche : la communication est devenue possible, des dialogues à priori infranchissables se nouent. Voilà l'œuvre, le miracle de l'Esprit de Pentecôte. Les apôtres se rappellent la promesse que Jésus leur avait faite avant l'Ascension : '' Ceux qui croiront en moi parleront des langues nouvelles ! ''

Voilà qui est maintenant clair : la première Pentecôte rapportée par Luc n'a rien d'une scène figée et statique : en témoignent l'énergie bruyante du vent, le rayonnement de la chaleur du feu et la parole inspirée par l'Esprit qui fait se rencontrer et se parler. Avec la Pentecôte, c'est la mission de l'Église qui commence.

Saint Paul dans la 2e lecture prêche le message de la Pentecôte aux chrétiens de Galates : '' Marchez sous la conduite de l'Esprit, leur dit-il, c'est lui qui fait vivre ! '' La chair livre l'homme à ses fragilités et à ses passions égoïstes. L'Esprit de Dieu au contraire élève l'homme ; il le conduit vers ce qu'il y a de meilleur en lui : l'amour, la joie, la patience, la paix. L'Esprit est souffle de vie vivifiante, il est feu d'amitié, il est source de relation de bonté et de bienveillance.

Enfin dans l'Évangile, Jésus donne un autre nom à l'Esprit : le défenseur, l'avocat ! Il est le Défenseur dont les disciples auront besoin pour annoncer sans peur l'Évangile. Jésus sait que leur mission sera périlleuse : ils rencontreront des oppositions ; ils connaîtront la persécution venant de leurs frères juifs. Jésus leur promet l'assistance efficace de l'Esprit qui les défendra dans l'annonce authentique de la mort et de la résurrection de Jésus; qui les aidera aussi à en comprendre et à en approfondir le message.

Il n'y a pas d'autre Esprit aujourd'hui que celui que les apôtres ont accueilli au matin de la première Pentecôte. Il nous est donné à nous, à nos communautés et à notre Église avec la même force, la même ardeur, le même élan. Il nous est envoyé particulièrement en cette année troublée et ce long temps de confinement pour nous aider à sortir de nos peurs avec lucidité et prudence : la peur de soi, de l'autre, la peur pour nos proches, peur d'être malades, peur du vaccin, peur de se rassembler. L'Esprit de Pentecôte vient au creux de nos fragilités et au cœur de notre vulnérabilité. Il nous rend confiance en nous-mêmes, nous donne l'audace d'aller vers les autres et le courage de faire face aux événements.

André Dawance, Curé-Doyen

28 février 2021

Homélie pour le deuxième dimanche de Carême
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RENDEZ à César... et RENDEZ à Dieu

L'Évangile bien connu de ce dimanche suscite en nous de multiples questions : existe-t-il une politique chrétienne ? Un État peut-il se revendiquer du Christianisme ou d'une autre religion, de l'Islam par exemple ? Ou encore, quels sont les rapports entre la religion et la politique ?

Autant de questions qui renvoient à notre actualité et qui par ailleurs ne sont pas étrangères aux contemporains de Jésus. Faut-il payer l'impôt à l'empereur César ?

La question posée à Jésus est piégée, on le sait. Répondre OUI, c'est se mettre à dos les pharisiens qui considèrent que la Terre d'Israël appartient à Dieu et au peuple élu. Par contre, répondre NON, c'est se montrer, aux yeux des Hérodiens, ennemi de Rome ; eux qui cherchent à tirer profit de l'occupant romain et collaborent avec lui.

La situation est compliquée pour Jésus. Pourtant il va déjouer le piège : ''Montrez-moi le denier de l'impôt''. Sur une face, figurait l'effigie de César, sur l'autre une inscription : ''Tibère César, fils du divin Auguste, Empereur''. On connait la célèbre réponse de Jésus qui est devenue proverbiale : 'Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu''.

Cela veut-il dire que Jésus renvoie ses opposants dos à dos ? Les croyants ... dans leurs lieux de culte et les politiques ... dans leurs salles ? Chacun dans son domaine ! Cela serait un peu court ! Les croyants, comme tout bon citoyen, ont à contribuer aux frais des services publiques et à s'engager au service du bien commun. Mais pour Jésus, il est tout aussi important de rendre à Dieu ce qui est à Dieu ; rendre à Dieu son effigie qui est inscrite en tout être humain : ''l'homme est fait à l'image et à la ressemblance de Dieu'' et non à l'image de César !

En clair, cette parole de Jésus permet d'échapper à trois tentations.

Celle d'abord d'utiliser la religion au service de l'État. On se sert de Dieu pour imposer ses idées, ses lois, son pouvoir. C'est le 'Gott mit uns' sur les ceinturons ; c'est le 'Allah akhbar des d'Yihadistes. Jésus a toujours refusé qu'on fasse de lui un roi, un messie politique. Son Royaume n'est pas de ce monde.

Ensuite, celle de se servir de l'État pour imposer sa religion. C'est ici la religion du roi ou du chef qui devient celle de son pays. Dans l'Histoire que de guerres de religions trouvent leur origine dans cette dérive, en laissant le plus souvent dans la mémoire des peuples des traces profondes et malheureuses. Jésus a toujours refusé les avances du diable qui lui offrait tous les royaumes de la terre.

Enfin, celle de renvoyer la religion dans le domaine privé. ''La religion étant perçue comme une source de conflits et de violences, écartons-là de la vie sociale. Qu'elle soit évacuée de la place publique (et de l’école !) ; que la foi soit une affaire personnelle et que les croyants se réunissent dans leurs églises et mosquées, mais que pour le reste... ils se taisent ! '' Tout l'Évangile nous montre que le règne de Dieu se joue et se construit au sein du monde. Servir Dieu, c'est servir l'homme, la société et le monde. La religion a sa place dans l'espace public. Et la foi chrétienne a une parole à dire sur un grand nombre de problèmes de société : la protection des plus faibles, le respect de la vie aux différents âges, le partage des richesses, le souci de la ''Maison commune'' (Pape François), etc.

Non seulement une parole, mais aussi des engagements à prendre et à tenir ... pour ''rendre à Dieu, ce qui lui appartient''.

André Dawance, Doyen

Épiphanie  du  Seigneur

3 janvier 2021

" Où est le roi des Juifs

qui vient de naître ? "

Matthieu 2, 2

Levons les yeux ! C'est en nos nuits que brille l'étoile du salut, c'est au cœur de nos difficultés que se révèle le mystère, c'est en notre humanité souffrante qu'est né le Fils de Dieu. Il offre à tous les hommes sa paix et sa lumière. Il les aime d'un amour sans frontières. Il est le visage de la joie. Que s'élève le chant de notre louange !

Liturgie de la Parole du 3 janvier 2021 :

L'inaccessible étoile

« Rêver un impossible rêve…, aimer jusqu'à la déchirure… telle est ma quête. Suivre l'étoile ; que m'importe mes chances, que m'importe le temps… lutter, lutter toujours… pour atteindre l'inaccessible étoile ! » 

 

Les aînés d'entre nous ont encore en tête ces paroles chantées magistralement par Jacques Brel dans « L'homme de la Mancha ».

J'ignore à quelle étoile pensait Jacques Brel. Mais j'ai le sentiment que l'étoile de Brel et celle des mages de l'Évangile ne sont pas tout à fait étrangères l'une à l'autre.

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J'ignore à quelle étoile pensait Jacques Brel. Mais j'ai le sentiment que l'étoile de Brel et celle des mages de l'Évangile ne sont pas tout à fait étrangères l'une à l'autre.

Brel comme les Mages sont des étrangers… à la religion officielle. Brel n'a jamais caché son interrogation religieuse ; il s'est toujours bien gardé de se lier à telle Église ou à telle religion.

Les Mages, eux aussi, étaient des étrangers à la religion juive : ce sont des païens venus d'Orient. Après une longue marche, ils se présentent à Jérusalem comme ceux qui ne savent pas ! Ils ne savent pas, mais ils voient ; ils voient l'étoile, ils la suivent avec confiance et ils veulent voir ce qu'elle annonce ! Alors ils interrogent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » Ils cherchent, se renseignent et obtiennent la réponse.

En face de ces chercheurs, de ces hommes d'espérance et d'avenir, l'Évangile nous décrit le pouvoir en place à Jérusalem : Hérode, les grands-prêtres et les scribes. Eux, ils habitent tout près : ils ont le nez sur l'événement. Ce sont des Juifs. Des croyants. Ils se présentent comme ceux qui savent. Ils n'ont aucune difficulté à indiquer aux mages le passage de l’Écriture, dans le Livre de Michée, où il est question de l'annonce de la naissance de Jésus. Ils savent donc ce qui est écrit au sujet de la naissance du Messie ; ils connaissent les Écritures par cœur, mais elles ne les concernent pas, elles ne les font pas bouger, elles ne sont pas pour eux Parole de Vie. Leurs connaissances ne les mettent nullement en route pour aller voir. Ils restent enfermés dans leur ville, dans leur fonction, dans leur pouvoir !

Les Juifs ont l'intelligence du Livre : ils suivent et obéissent consciencieusement à ce que dit le Livre : ce sont des croyants. Les mages ont l'intelligence du Cœur ; ils suivent une étoile : ce sont des voyants. Des voyants de l'invisible : ils entrevoient dans l'étoile la présence de Dieu qui les guide et dans l'Enfant de la crèche, ils découvrent l'Épiphanie, la manifestation de l'Amour de Dieu offert à tous les hommes.

Ces mages nous représentent peut-être. Ils représentent tous les hommes qui, dans la nuit de leur existence ou dans la nuit du monde, sont à la recherche d'une étoile ; tous les hommes qui s'interrogent sur le sens de la vie et sur l'existence d'une transcendance ; d'une transcendance ; tous les hommes qui cherchent Dieu ou leur avenir dans les puissances cosmiques, dans l'astrologie ou dans les horoscopes.

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À chacun son chemin, ses tours et ses détours ! Les mages de l'évangile ont découvert que leur marche à l'étoile passait par Jérusalem (Écritures) pour ensuite les conduire à Bethléem… leur lieu de rencontre et de reconnaissance de Jésus, fils de Dieu et fils d'homme.

Le refus des Juifs de se déplacer ainsi que la foi des mages (des païens au départ !) ne devraient pas manquer de nous interroger : ne sommes-nous pas trop habitués à '' notre Dieu '' au point de ne plus discerner dans le quotidien de nos vies ses '' épiphanies '' ? Ne sommes-nous pas un peu trop comblés de lumière au point de ne plus voir les mille et une petites étoiles qui de temps en temps percent la grisaille de nos journées ? Ne sommes-nous pas un peu trop engoncés dans le confort de notre religion au point de ne plus alimenter notre foi par des lectures, des questionnements ou des temps de prière ?

Et si chacun se remettait à chercher… l'étoile, une étoile, son étoile ? Sera-t-elle accessible ou inaccessible : cela dépend de chacun. Ce que je sais, c'est que l'important ce n'est pas nécessairement de l'atteindre, mais d'emprunter le chemin qui y conduit ; ce dont je suis certain c'est que pour la trouver, il faut se mettre ou se remettre sans cesse en route. Elle est là, à l'horizon, au terme d'un long voyage !

Au seuil d'une nouvelle année, je vous souhaite de partir encore à la recherche de l'étoile, de votre étoile, de notre étoile… avec l'intelligence du cœur et les yeux de la foi. Dieu se laisse toujours rencontrer par qui le cherche !

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André Dawance, Doyen

Deux verbes vont nous aider à entrer dans les textes de ce jour et à en dégager du sens pour vivre notre deuxième étape sur le chemin de Pâques.

D'abord le verbe ''défigurer''. Défigurer, c'est rendre méconnaissable, c'est altérer, abîmer. On parlera d'un visage défiguré à la suite d'un accident, d'une maladie ; ou on dira d'un paysage qu'il est défiguré par l'installation de pylônes électriques ou d'éoliennes !

Ensuite le verbe ''transfigurer''. Transfigurer signifie transformer, redonner un nouvel aspect, un nouvel éclat ... à un visage, à un quartier ou à un paysage.

 

À l'époque d'Abraham, on a défiguré le visage de Dieu.  Il était habituel de sacrifier à Dieu le fils premier-né d'une famille, de même le premier-né d'un troupeau ou encore de lui offrir les premières gerbes de la récolte. Ainsi on voulait rendre hommage à Dieu ; mais en échange on espérait obtenir la fertilité de la famille, du troupeau et de la récolte !

À partir d'Abraham, les choses vont radicalement changer et marquer une évolution majeure dans le culte rendu à Dieu et dans l'histoire des religions de l'humanité. Abraham va d'abord se plier à la coutume en partant sacrifier son fils Isaac. Mais au moment de passer à l'acte, l'ange de Dieu va intervenir : ''Ne porte pas la main sur le garçon ; ne lui fais aucun mal''.

Ces paroles marquent la fin des sacrifices humains et leurs interdictions. Dieu refuse catégoriquement ce visage défiguré qu'on lui donne : un dieu meurtrier, sanguinaire.  Au contraire Dieu ne réclame que la foi d’Abraham qui est prêt à lui donner en offrande son fils unique. Dieu lui fera comprendre que dorénavant il ne veut plus de victime humaine, mais qu'il attend une réponse de confiance à sa seule bonté : il est le Dieu de la vie. ''Parce que tu ne m'as pas refusé ton fils, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel''.  Abraham a cru en ce visage de Dieu qui donne vie et dignité à tout être humain. C'est pourquoi, il est devenu notre père dans la foi et qu'en lui sont bénies toutes les nations de la terre.

 

Au 1er siècle, le visage de Jésus n'était pas moins défiguré par ses contemporains.  St Marc le note dans son évangile : la foule voyait très souvent en lui un simple guérisseur de grand chemin ; les responsables civils et religieux le taxaient de perturbateur, de messie politique ; même certains de ses disciples le considéraient comme un rabbin tout puissant, un extra-terrestre qui échapperait à la souffrance et à la mort ! Autant de déformations de sa personne et de son vrai visage que Jésus ne peut accepter de la bouche de Pierre qui un jour se révoltera ouvertement à l'idée d'entendre son maître parler de sa passion et de sa mort.

Voilà pourquoi Jésus entraîne trois de ses disciples, Pierre, Jacques et Jean, sur une haute montagne. C'est à cet endroit qu'un court instant, l'être profond de Jésus, sa face intérieure leur sera révélée. ''Il est transfiguré devant eux''.

Les mots sont trop courts pour traduire l'intensité de leur expérience spirituelle. Elle ne peut être communiquée que dans des images :  la blancheur des vêtements de Jésus qui dit la couleur du monde céleste, du rayonnement de l'amour du Père qui enveloppe son Fils ; la présence de Moïse et d' Élie qui s'entretiennent avec Jésus  qui témoigne du fait que Jésus  accomplit l'Alliance de Dieu avec les hommes dans le prolongement de la Loi et des prophètes ; la nuée qui est le symbole de la présence voilée de Dieu qui accompagne toujours son peuple et enfin la Voix qui se fait entendre qui est celle de Dieu qui vient authentifier l'ensemble de la vision : ''Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le''.

En d'autres mots, faites-lui pleinement confiance, n'hésitez pas à le suivre sur le chemin qu'il vous propose ; c'est un chemin de vie qui, certes, passe par la souffrance et la mort, mais qui débouche sur la Vie. Sa mort sur la croix est la preuve suprême de son amour et de sa vie donnée pour le salut de tout homme.

 

Sur la montagne, les trois disciples ont vécu un moment de grâce ; il leur a été donné d'anticiper la lumière du ressuscité de Pâques qui a vaincu la mort. Moment unique de grâce ! On comprend qu'ils voudraient prolonger l'instant. Mais non, pas question ; ils doivent descendre de la montagne, porteurs de la révélation qu'ils ont reçue et forts de cette conviction que ni la haine, ni le mépris, ni les souffrances ne défigureront jamais le Fils bien-aimé du Père. La transfiguration est le témoignage de la présence de Dieu à ses côtés. Dieu est du côté de cet homme-Jésus qui marche vers sa Pâque, il est au cœur des combats qu'il mène contre le mal sous toutes ses formes. ''Avec lui, Dieu nous a tout donné'' dira Saint-Paul. Nul doute que ce moment de grâce les a soutenus dans des moments de doutes ou de découragements.

 

À la lumière de la foi d'Abraham, du témoignage de Paul et de l'expérience des trois disciples, nous voilà maintenant invités à reconfigurer notre propre image de Dieu et celle de son Fils bien-aimé ; invités aussi à reconfigurer notre beauté intérieure d'enfants de Dieu, d'hommes et de femmes aimés de Dieu et appelés par lui à grandir ''à son image et à sa ressemblance'' ; enfin, invites encore à reconfigurer selon le dessein de Dieu notre planète-terre que nous avons contribué depuis trop longtemps et sans le discernement suffisant à défigurer !

 

 

André Dawance, Curé-Doyen

Homélie pour le cinquième dimanche de Carême

La destinée d'une semence est pour le moins étrange ! Si je la garde précieusement dans son sachet, elle ne sert à rien, elle ne produit rien. Par contre, si elle est jetée en terre, elle va disparaître, ensuite elle va se décomposer pour libérer son potentiel, elle va germer et donner du fruit.

Je transpose.

Jésus aurait pu rester dans l'atelier de son père à Nazareth ; il aurait pu mettre de l'eau dans son vin et chercher des compromis dans ses controverses avec les autorités juives et les pharisiens ; il aurait pu se désolidariser des malades, des pauvres et des exclus ; il aurait pu se présenter comme un guérisseur de grand chemin en taisant son rapport à Dieu ; il aurait pu encore rebrousser chemin au moindre obstacle et reprendre ses outils de charpentier.

Il aurait pu ; il aurait pu ! On peut allonger la liste ! Imaginons un instant qu'il ait choisi une de ces suppositions-là ! Dans ce cas, très certainement, on ne parlerait plus de lui aujourd'hui ! Il aurait eu une vie banale, ordinaire, sans grande ampleur ; une vie qui n'aurait pas pleinement donné son fruit !

Or, nous le savons,… c'est tout le contraire : sa vie, il l'a jetée en pleine terre, celle de l'humanité. Sa vie, il l'a donnée à tous et toutes et elle a donné son fruit et elle le donne encore 20 siècles plus tard. Sur la croix (et cela est paradoxal) Jésus manifeste pleinement le sens de toute sa vie donnée par amour : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit ». Sa vie donnée par amour est le moment ultime, le plus significatif de sa vie : c'est l'heure de la croix, l'heure de la mort, l'heure du don total de sa vie. C'est ce que l'évangéliste saint Jean appelle l'Heure de Jésus ; … l'Heure avec un H majuscule.

Lors des noces qui se sont déroulées à Cana, Jésus avait déjà évoqué cette Heure. À sa mère qui avait remarqué que les convives n'avaient plus de vin, Jésus avait répondu : « Mon Heure n’est pas encore venue ». Réponse surprenante, énigmatique. Maintenant, sur la croix, l'explication est là. L'heure de Jésus, c'est l'Heure de son passage de la mort à la vie, de la mort à la résurrection. Pour l'évangéliste Jean, l'heure de la mort de Jésus coïncide avec l'heure de sa Résurrection. C'est en mourant à lui-même, comme le grain enfoui dans la terre, que la vie de Jésus donne tout son fruit. C'est sur la croix, les bras du Fils largement ouverts à tous et toutes que se manifeste la gloire de Dieu, le rayonnement de son amour. Dieu se reconnaît dans la vie donnée, partagée de son Fils. Il l'authentifie !

Jésus appréhende cette Heure. Il est parfaitement lucide sur ce qui l'attend. Il ne veut pas échapper aux douleurs de la souffrance humaine et de l'agonie. Et en même temps, il aspire à cette Heure-là. Parce qu'elle représente le sommet de sa vie, l'expression la plus forte de sa vie donnée. « Ceci est mon corps livré pour vous ; ceci est mon sang versé pour vous »… par pur amour.

Enfin, cette Heure de Jésus est aussi l'Heure du jugement, de notre jugement. C'est maintenant, au pied de la croix, que se passe le jugement ; c'est maintenant que tout homme… chacun, a à prendre position et à choisir librement le sens de sa vie : garder pour soi, calfeutrer sa vie et quelque part rester seul ou à l'exemple de Jésus et à sa suite mourir à son égoïsme, à son confort et à ses habitudes pour donner sa vie, la risquer au grand jour, l'ouvrir à Dieu et aux autres et donner des fruits de résurrection.

L'évangile de ce jour nous invite donc à entrer dans la logique de vie toute naturelle, toute humble de la semence ! Programme de vie intenable ? Impossible ? C'est à voir ! À hauteur d'homme peut-être ; au regard de Dieu certainement pas !

Car Dieu cherche toujours à rejoindre l'homme au plus profond de lui-même. Le prophète Jérémie en a fait l'expérience et il le déclare au nom du Seigneur : « Je mettrai ma loi au plus profond d'eux-mêmes ; je l'inscrirai sur leur cœur ». Nous l'avons vu au long de ce carême, Dieu n'a cessé d'être pour tous un Dieu proche, un Dieu qui donne et pardonne. Jérémie en a pris conscience : l'amour de Dieu est bien plus grand que les infidélités du peuple. Son amour miséricordieux est toujours prêt à refaire l'alliance ; non plus une alliance liée à l'observance d'une loi ou de commandements, mais une alliance nouvelle, personnelle qui s'inscrira au cœur des siens ; une alliance qui leur parlera au cœur et qui les transformera de l'intérieur. Une alliance qui rend l'homme, qui nous rend capables avec la force de l'Esprit Saint de vivre dans la logique du grain de blé qui une fois enfoui dans la terre accepte de mourir pour porter beaucoup de fruit.

André Dawance, Curé-Doyen

« Soyez toujours dans la joie ! »

Traditionnellement, le 3e dimanche de l'Avent est appelé « le dimanche de la JOIE » ! La joie d'une naissance toute proche, celle du Sauveur dans quelques jours.

« Soyez toujours dans la joie », dira saint Paul aux chrétiens de la ville de Thessalonique. Je ne doute pas que cette invitation à nous réjouir peut aujourd'hui être ressentie par certains comme une provocation !

Cette année 2020 a été marquée (et elle l'est toujours) par d'innombrables souffrances, par de lourdes inquiétudes et aussi par des incertitudes dans tous les domaines.

Dès lors, la question se pose : le message de joie contenu dans les textes de l'Écriture que nous avons entendu est-il tellement décalé qu'il y paraît ?

« Je tressaille de joie et mon âme exulte en mon Dieu ! »

Isaïe adresse cette parole au peuple d'Israël qui vient de connaître plus de 50 ans en terre d'exil. Il est maintenant de retour à Jérusalem dans une ville dévastée, mise à sac. C'est dans ce contexte dramatique que le prophète se présente comme le messager de Dieu pour proclamer que Dieu rejoint son peuple au creux même de sa détresse. « La bonne nouvelle est annoncée aux humbles, la guérison aux cœurs brisés, la libération aux captifs, un temps de grâce à ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur ».

Dieu est là, à l'œuvre, à leur côté. Il fera germer la justice. Le peuple vivra, il renaîtra. L'espoir d'Isaïe (notre espoir) est là ; la joie… encore modérée peut s'exprimer.

« Soyez dans la joie ; priez sans relâche ; rendez grâce en toutes circonstances ! »

Saint Paul adresse ces recommandations à la jeune Église qu'il a fondée à Thessalonique. Tout n'est pas rose dans cette communauté : il y a des coups fourrés entre les membres, il y a chez beaucoup de la lassitude et du découragement.

Saint Paul insiste : Dieu lui est fidèle, il est à vos côtés. N'éteignez pas l'Esprit de Dieu qui vous habite. Laissez-vous animer par lui. Soyez donc dans la joie, cette joie profonde et intérieure de vous savoir aimés et déjà sauvés par lui.

Enfin dans l'Évangile, c'est Jean Baptiste qui apparaît. Il se présente comme la voix qui crie dans le désert, celui qui invite à redresser le chemin du Seigneur. À la grande déception des chefs religieux qui l'interrogent, il répond clairement qu'il n'est ni le Christ, ni Élie, ni le prophète annoncé.

Il n'est que le témoin de Celui qui est la Lumière ! Le témoin de la Lumière ; mais quel témoin ! Sa mission est de révéler à tous que, « au milieu d'eux se tient Celui qu'ils ne connaissent pas ou pas encore ». Il est donc déjà là… Celui qui vient et qui est bien plus grand que lui.

La joie de Jean Baptiste est là précisément ; une joie contenue et discrète, suscitée par la proximité du Messie : non, il n'est pas loin de vous, il est déjà au milieu de vous. Puissiez-vous le reconnaître et l'accueillir. Sa Lumière resplendit déjà !

Vous l'avez remarqué, la joie dont il est question dans ces trois lectures est liée à la justice. Elle vient de Dieu qui veut la justice entre les hommes :

  • elle vient de l'Esprit de Dieu qui nous est donné et qui fait naître en nous et,

  • entre nous, dans nos relations, la justice et la solidarité.

La vraie joie naît de nos engagements, de nos efforts répétés pour la dignité humaine.

Concrètement, ce 3e dimanche de l'Avent (c'est aussi traditionnel), la Campagne d'Avent organisée par Vivre Ensemble nous ouvre une piste dans la droite ligne de nos lectures : « Pas de sécurité sans solidarité ».

Nous le constatons autour de nous, la pandémie du Covid est en train de creuser les inégalités dans notre société.

Elle précipite encore davantage les personnes les plus fragilisées dans la précarité et la pauvreté.

Il est donc urgent de développer des solutions. Sans quoi notre sécurité à tous est menacée. Car fondamentalement nous sommes reliés les uns aux autres et ensemble reliés à notre terre. Construire une société de justice sociale et économique ne pourra se faire sans collectif, sans partage et sans entraide.

C'est dans cet esprit que Vivre Ensemble nous invite à soutenir des Associations qui viennent en aide aux plus démunis pour éradiquer la pandémie de la pauvreté et œuvrer pour notre avenir à tous.

Puissions-nous trouver aussi notre joie de Noël dans des gestes de partage qui construisent une société plus juste et fraternelle.

Pour conclure, me reviennent en mémoire ces quelques lignes de Tagore, magnifique poète indien bien connu :

« Je dormais et je rêvais que la vie n'était que joie.

Je m'éveillai et je vis que la vie n'était que service.

Je servis et je compris que le service était la joie »

Non, cette joie-là…, soyez-en sûrs, n'a rien de décalé ou de déplacé en ces jours difficiles pour beaucoup.

André Dawance, Doyen