André Dawance, doyen

" Où est le roi des Juifs

qui vient de naître ? "

Matthieu 2, 2

Dimanche 3 janvier 2021

Levons les yeux ! C'est en nos nuits que brille l'étoile du salut, c'est au cœur de nos difficultés que se révèle le mystère, c'est en notre humanité souffrante qu'est né le Fils de Dieu. Il offre à tous les hommes sa paix et sa lumière. Il les aime d'un amour sans frontières. Il est le visage de la joie. Que s'élève le chant de notre louange !

Traditionnellement, le 3e dimanche de l'Avent est appelé « le dimanche de la JOIE » ! La joie d'une naissance toute proche, celle du Sauveur dans quelques jours.

« Soyez toujours dans la joie », dira saint Paul aux chrétiens de la ville de Thessalonique. Je ne doute pas que cette invitation à nous réjouir peut aujourd'hui être ressentie par certains comme une provocation !

Cette année 2020 a été marquée (et elle l'est toujours) par d'innombrables souffrances, par de lourdes inquiétudes et aussi par des incertitudes dans tous les domaines.

Dès lors, la question se pose : le message de joie contenu dans les textes de l'Écriture que nous avons entendu est-il tellement décalé qu'il y paraît ?

« Je tressaille de joie et mon âme exulte en mon Dieu ! »

Isaïe adresse cette parole au peuple d'Israël qui vient de connaître plus de 50 ans en terre d'exil. Il est maintenant de retour à Jérusalem dans une ville dévastée, mise à sac. C'est dans ce contexte dramatique que le prophète se présente comme le messager de Dieu pour proclamer que Dieu rejoint son peuple au creux même de sa détresse. « La bonne nouvelle est annoncée aux humbles, la guérison aux cœurs brisés, la libération aux captifs, un temps de grâce à ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur ».

Dieu est là, à l'œuvre, à leur côté. Il fera germer la justice. Le peuple vivra, il renaîtra. L'espoir d'Isaïe (notre espoir) est là ; la joie… encore modérée peut s'exprimer.

« Soyez dans la joie ; priez sans relâche ; rendez grâce en toutes circonstances ! »

Saint Paul adresse ces recommandations à la jeune Église qu'il a fondée à Thessalonique. Tout n'est pas rose dans cette communauté : il y a des coups fourrés entre les membres, il y a chez beaucoup de la lassitude et du découragement.

Saint Paul insiste : Dieu lui est fidèle, il est à vos côtés. N'éteignez pas l'Esprit de Dieu qui vous habite. Laissez-vous animer par lui. Soyez donc dans la joie, cette joie profonde et intérieure de vous savoir aimés et déjà sauvés par lui.

Enfin dans l'Évangile, c'est Jean Baptiste qui apparaît. Il se présente comme la voix qui crie dans le désert, celui qui invite à redresser le chemin du Seigneur. À la grande déception des chefs religieux qui l'interrogent, il répond clairement qu'il n'est ni le Christ, ni Élie, ni le prophète annoncé.

Il n'est que le témoin de Celui qui est la Lumière ! Le témoin de la Lumière ; mais quel témoin ! Sa mission est de révéler à tous que, « au milieu d'eux se tient Celui qu'ils ne connaissent pas ou pas encore ». Il est donc déjà là… Celui qui vient et qui est bien plus grand que lui.

La joie de Jean Baptiste est là précisément ; une joie contenue et discrète, suscitée par la proximité du Messie : non, il n'est pas loin de vous, il est déjà au milieu de vous. Puissiez-vous le reconnaître et l'accueillir. Sa Lumière resplendit déjà !

Vous l'avez remarqué, la joie dont il est question dans ces trois lectures est liée à la justice. Elle vient de Dieu qui veut la justice entre les hommes :

  • elle vient de l'Esprit de Dieu qui nous est donné et qui fait naître en nous et,

  • entre nous, dans nos relations, la justice et la solidarité.

La vraie joie naît de nos engagements, de nos efforts répétés pour la dignité humaine.

Concrètement, ce 3e dimanche de l'Avent (c'est aussi traditionnel), la Campagne d'Avent organisée par Vivre Ensemble nous ouvre une piste dans la droite ligne de nos lectures : « Pas de sécurité sans solidarité ».

Nous le constatons autour de nous, la pandémie du Covid est en train de creuser les inégalités dans notre société.

Elle précipite encore davantage les personnes les plus fragilisées dans la précarité et la pauvreté.

Il est donc urgent de développer des solutions. Sans quoi notre sécurité à tous est menacée. Car fondamentalement nous sommes reliés les uns aux autres et ensemble reliés à notre terre. Construire une société de justice sociale et économique ne pourra se faire sans collectif, sans partage et sans entraide.

C'est dans cet esprit que Vivre Ensemble nous invite à soutenir des Associations qui viennent en aide aux plus démunis pour éradiquer la pandémie de la pauvreté et œuvrer pour notre avenir à tous.

Puissions-nous trouver aussi notre joie de Noël dans des gestes de partage qui construisent une société plus juste et fraternelle.

Pour conclure, me reviennent en mémoire ces quelques lignes de Tagore, magnifique poète indien bien connu :

« Je dormais et je rêvais que la vie n'était que joie.

Je m'éveillai et je vis que la vie n'était que service.

Je servis et je compris que le service était la joie »

Non, cette joie-là…, soyez-en sûrs, n'a rien de décalé ou de déplacé en ces jours difficiles pour beaucoup.

André Dawance, Doyen

« Soyez toujours dans la joie ! »

L'inaccessible étoile

« Rêver un impossible rêve…, aimer jusqu'à la déchirure… telle est ma quête. Suivre l'étoile ; que m'importe mes chances, que m'importe le temps… lutter, lutter toujours… pour atteindre l'inaccessible étoile ! » 

 

Les aînés d'entre nous ont encore en tête ces paroles chantées magistralement par Jacques Brel dans « L'homme de la Mancha ».

J'ignore à quelle étoile pensait Jacques Brel. Mais j'ai le sentiment que l'étoile de Brel et celle des mages de l'Évangile ne sont pas tout à fait étrangères l'une à l'autre.

En face de ces chercheurs, de ces hommes d'espérance et d'avenir, l'Évangile nous décrit le pouvoir en place à Jérusalem : Hérode, les grands-prêtres et les scribes. Eux, ils habitent tout près : ils ont le nez sur l'événement. Ce sont des Juifs. Des croyants. Ils se présentent comme ceux qui savent. Ils n'ont aucune difficulté à indiquer aux mages le passage de l’Écriture, dans le Livre de Michée, où il est question de l'annonce de la naissance de Jésus. Ils savent donc ce qui est écrit au sujet de la naissance du Messie ; ils connaissent les Écritures par cœur, mais elles ne les concernent pas, elles ne les font pas bouger, elles ne sont pas pour eux Parole de Vie. Leurs connaissances ne les mettent nullement en route pour aller voir. Ils restent enfermés dans leur ville, dans leur fonction, dans leur pouvoir !

À chacun son chemin, ses tours et ses détours ! Les mages de l'évangile ont découvert que leur marche à l'étoile passait par Jérusalem (Écritures) pour ensuite les conduire à Bethléem… leur lieu de rencontre et de reconnaissance de Jésus, fils de Dieu et fils d'homme.

Et si chacun se remettait à chercher… l'étoile, une étoile, son étoile ? Sera-t-elle accessible ou inaccessible : cela dépend de chacun. Ce que je sais, c'est que l'important ce n'est pas nécessairement de l'atteindre, mais d'emprunter le chemin qui y conduit ; ce dont je suis certain c'est que pour la trouver, il faut se mettre ou se remettre sans cesse en route. Elle est là, à l'horizon, au terme d'un long voyage !

Au seuil d'une nouvelle année, je vous souhaite de partir encore à la recherche de l'étoile, de votre étoile, de notre étoile… avec l'intelligence du cœur et les yeux de la foi. Dieu se laisse toujours rencontrer par qui le cherche !

Épiphanie  du  Seigneur

J'ignore à quelle étoile pensait Jacques Brel. Mais j'ai le sentiment que l'étoile de Brel et celle des mages de l'Évangile ne sont pas tout à fait étrangères l'une à l'autre.

Brel comme les Mages sont des étrangers… à la religion officielle. Brel n'a jamais caché son interrogation religieuse ; il s'est toujours bien gardé de se lier à telle Église ou à telle religion.

Les Mages, eux aussi, étaient des étrangers à la religion juive : ce sont des païens venus d'Orient. Après une longue marche, ils se présentent à Jérusalem comme ceux qui ne savent pas ! Ils ne savent pas, mais ils voient ; ils voient l'étoile, ils la suivent avec confiance et ils veulent voir ce qu'elle annonce ! Alors ils interrogent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » Ils cherchent, se renseignent et obtiennent la réponse.

Les Juifs ont l'intelligence du Livre : ils suivent et obéissent consciencieusement à ce que dit le Livre : ce sont des croyants. Les mages ont l'intelligence du Cœur ; ils suivent une étoile : ce sont des voyants. Des voyants de l'invisible : ils entrevoient dans l'étoile la présence de Dieu qui les guide et dans l'Enfant de la crèche, ils découvrent l'Épiphanie, la manifestation de l'Amour de Dieu offert à tous les hommes.

Ces mages nous représentent peut-être. Ils représentent tous les hommes qui, dans la nuit de leur existence ou dans la nuit du monde, sont à la recherche d'une étoile ; tous les hommes qui s'interrogent sur le sens de la vie et sur l'existence d'une transcendance ; d'une transcendance ; tous les hommes qui cherchent Dieu ou leur avenir dans les puissances cosmiques, dans l'astrologie ou dans les horoscopes.

Le refus des Juifs de se déplacer ainsi que la foi des mages (des païens au départ !) ne devraient pas manquer de nous interroger : ne sommes-nous pas trop habitués à '' notre Dieu '' au point de ne plus discerner dans le quotidien de nos vies ses '' épiphanies '' ? Ne sommes-nous pas un peu trop comblés de lumière au point de ne plus voir les mille et une petites étoiles qui de temps en temps percent la grisaille de nos journées ? Ne sommes-nous pas un peu trop engoncés dans le confort de notre religion au point de ne plus alimenter notre foi par des lectures, des questionnements ou des temps de prière ?

André Dawance, Doyen

Liturgie de la Parole du 3 janvier 2021 :

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RENDEZ à César... et RENDEZ à Dieu

L'Évangile bien connu de ce dimanche suscite en nous de multiples questions : existe-t-il une politique chrétienne ? Un État peut-il se revendiquer du Christianisme ou d'une autre religion, de l'Islam par exemple ? Ou encore, quels sont les rapports entre la religion et la politique ?

Autant de questions qui renvoient à notre actualité et qui par ailleurs ne sont pas étrangères aux contemporains de Jésus. Faut-il payer l'impôt à l'empereur César ?

La question posée à Jésus est piégée, on le sait. Répondre OUI, c'est se mettre à dos les pharisiens qui considèrent que la Terre d'Israël appartient à Dieu et au peuple élu. Par contre, répondre NON, c'est se montrer, aux yeux des Hérodiens, ennemi de Rome ; eux qui cherchent à tirer profit de l'occupant romain et collaborent avec lui.

La situation est compliquée pour Jésus. Pourtant il va déjouer le piège : ''Montrez-moi le denier de l'impôt''. Sur une face, figurait l'effigie de César, sur l'autre une inscription : ''Tibère César, fils du divin Auguste, Empereur''. On connait la célèbre réponse de Jésus qui est devenue proverbiale : 'Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu''.

Cela veut-il dire que Jésus renvoie ses opposants dos à dos ? Les croyants ... dans leurs lieux de culte et les politiques ... dans leurs salles ? Chacun dans son domaine ! Cela serait un peu court ! Les croyants, comme tout bon citoyen, ont à contribuer aux frais des services publiques et à s'engager au service du bien commun. Mais pour Jésus, il est tout aussi important de rendre à Dieu ce qui est à Dieu ; rendre à Dieu son effigie qui est inscrite en tout être humain : ''l'homme est fait à l'image et à la ressemblance de Dieu'' et non à l'image de César !

En clair, cette parole de Jésus permet d'échapper à trois tentations.

Celle d'abord d'utiliser la religion au service de l'État. On se sert de Dieu pour imposer ses idées, ses lois, son pouvoir. C'est le 'Gott mit uns' sur les ceinturons ; c'est le 'Allah akhbar des d'Yihadistes. Jésus a toujours refusé qu'on fasse de lui un roi, un messie politique. Son Royaume n'est pas de ce monde.

Ensuite, celle de se servir de l'État pour imposer sa religion. C'est ici la religion du roi ou du chef qui devient celle de son pays. Dans l'Histoire que de guerres de religions trouvent leur origine dans cette dérive, en laissant le plus souvent dans la mémoire des peuples des traces profondes et malheureuses. Jésus a toujours refusé les avances du diable qui lui offrait tous les royaumes de la terre.

Enfin, celle de renvoyer la religion dans le domaine privé. ''La religion étant perçue comme une source de conflits et de violences, écartons-là de la vie sociale. Qu'elle soit évacuée de la place publique (et de l’école !) ; que la foi soit une affaire personnelle et que les croyants se réunissent dans leurs églises et mosquées, mais que pour le reste... ils se taisent ! '' Tout l'Évangile nous montre que le règne de Dieu se joue et se construit au sein du monde. Servir Dieu, c'est servir l'homme, la société et le monde. La religion a sa place dans l'espace public. Et la foi chrétienne a une parole à dire sur un grand nombre de problèmes de société : la protection des plus faibles, le respect de la vie aux différents âges, le partage des richesses, le souci de la ''Maison commune'' (Pape François), etc.

Non seulement une parole, mais aussi des engagements à prendre et à tenir ... pour ''rendre à Dieu, ce qui lui appartient''.

André Dawance, Doyen

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