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Abbé Fernand Sprimont

Cinquième dimanche de Carême

21 mars 2021

Troisième dimanche de Carême

Quelle étrange contradiction entre les paroles de Jésus et son attitude qui nous est rapportée dans l’évangile d’aujourd’hui. Jésus s’était défini lui-même comme doux et humble de cœur… Il avait lui-même proclamé dans les béatitudes « Heureux les doux », et voilà qu’il s’enflamme d’une violente colère contre les marchands du temple en les chassant avec un fouet de cordes.

Pourtant, ces hommes ne faisaient rien de mal… ils étaient au service du temple et des sacrifices offerts pour obéir à la loi de Moïse. Alors, pourquoi cette colère ?

Il faut vous dire que Jésus n’a pas été le premier à piquer une violente colère. Dans les temps anciens, Moïse lui-même a eu le même réflexe lorsque, descendant du Sinaï où il avait reçu les tables de la Loi, il avait retrouvé le peuple entrain d’adorer la statue d’un veau d’or. Dans un geste d’une grande violence, il a tout cassé…

Il faut dire qu’il y a une incompatibilité radicale entre les idoles, les faux dieux et le Dieu qui commence à se révéler à Moïse et que Jésus lui-même mettra en lumière.

Une idole, c’est un dieu que les hommes se fabriquent à leur convenance, un dieu dont ils peuvent en quelque sorte être propriétaires et le manipuler à leur guise, en particulier en achetant ses bonnes grâces et en lui offrant des sacrifices.

Au temps de Jésus, les juifs avaient depuis longtemps cessé d’adorer des idoles. Ils étaient devenus farouchement monothéistes, ne croyant qu’en un seul Dieu : Yahvé.

Mais beaucoup d’entre eux, surtout les responsables de la religion ne se rendaient même plus compte qu’ils s’étaient rendu propriétaires de Dieu ou du moins de sa parole et de son interprétation ainsi que du lieu où ils l’avaient assigné à résidence : le temple de Jérusalem. 

Ils avaient en quelque sorte « enfermé » Dieu dans le Temple. Et pour y avoir accès, il fallait être juifs et juifs en état de pureté. Cela voulait dire qu’en étaient donc exclus les « impurs », c.-à-d. les personnes malades, infirmes, ruinées, exerçant un métier impur, collecteurs d’impôts, tanneurs, prostituées, bergers… Ce qui devait représenter près de 80 % de la population.

Ça, Jésus ne pouvait le supporter !

Pour accéder au temple, il fallait aussi passer par l’offrande de sacrifices.

En effet à l’époque, la loi obligeait les juifs à venir chaque année offrir un sacrifice au temple. Les plus pauvres, comme ce fut le cas pour les parents de Jésus, offraient un couple de colombes, mais ceux qui avaient plus largement les moyens se devaient au moins d’offrir une brebis ou un bœuf. Évidemment ceux qui venaient de loin, ne voyageaient pas avec leur offrande, ils savaient qu’ils pouvaient s’en procurer sur place. C’est ainsi que s’est développé dans le temple un gigantesque commerce de bestiaux. Or, comme dans tous les commerces, il y a des roublards et des roulés. Et c’est ainsi que « grâce à Dieu » c’est le cas de le dire, certains se faisaient de belles petites fortunes. Dieu apparaissait donc comme le comparse, le collaborateur des riches au détriment des pauvres qui étaient exploités.

Ce Dieu ne colle évidemment pas du tout avec le Dieu que Jésus veut révéler.

Les gens offraient des sacrifices et ainsi, ils pouvaient se reposer sur cette tranquille certitude : Dieu était là, à portée de main, à leur service, à leur usage exclusif.

Jésus lui, fera sauter cette certitude. Sa colère est la manifestation de cet éclatement, de cette explosion. Par son geste, Jésus proclame avec force qu’on n’achète pas Dieu, même par des sacrifices.

Saint Jean ajoute : « Le temple dont il parlait, c’était son corps », son corps qu’il nous donne aujourd’hui encore dans l’Eucharistie et ainsi, Jésus fait de nous son temple. Le temple de Dieu, c’est sacré. La véritable demeure de Dieu, c’est notre cœur et celui de tout homme en particulier les plus vulnérables… « Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu », chantons-nous. En sommes-nous toujours conscients  ?

 

Abbé Fernand Sprimont

Quatrième dimanche de Carême

Parmi tous les animaux, le serpent, dans la Bible a été identifié au mal. Souvenez-vous c’est le serpent qui a séduit Eve, l’entraînant dans le péché et la mort.

 

Un autre passage du livre de l’Exode un peu moins connu, raconte cette anecdote : « Le peuple hébreu dans le désert, manque de fidélité à son Dieu, Yahvé lui envoie des serpents à la morsure mortelle. Pour les sauver, il dit cependant à Moïse de confectionner un serpent de bronze, de le suspendre à un gibet pour que tous ceux qui le regarderont soient sauvés de la mort. »

 

Histoire pour le moins abracadabrante ! Que signifie donc tout ce cinéma ?

C’est assez facile à comprendre !

 

Le serpent est l’animal qui fait peur parce que sa morsure est mortelle mais aussi parce qu’il surprend, il est caché et surgit sournoisement. C’est la raison pour laquelle il est devenu le symbole du mal, du péché.

 

De même que le mal est partout présent de façon insidieuse, sans s’étaler au grand jour, un peu comme le serpent caché dans le sable ou les hautes herbes, il se tapit toujours prêt à distiller son poison mortel.

 

En comparant Jésus en croix au serpent, St. Jean exprime en image que Jésus porte sur lui tout le péché du monde, aucun mal ne lui est étranger, ne le laisse indifférent, il est partout où est le mal. De même donc que Moïse a élevé le serpent sur un poteau à la vue de tout le peuple, de même Jésus sera exposé sur un gibet pour être vu du monde.

 

Mais pourquoi donc exposer et regarder cette horreur ? En quoi ce regard élevé sur le mal peut-il sauver ?

 

Regarder Jésus sur la croix, c’est regarder le mal en face, c’est refuser de se voiler la face devant la souffrance du monde comme les autruches qui s’enfoncent la tête dans le sable.

Regarder le mal, c’est accepter d’être lucide sur le mal qui se trouve chez les autres mais aussi en soi-même.

Comment, en effet, voulez-vous combattre un adversaire que vous ne voyez pas ? Si le mal reste caché il fait peur, angoisse et reste très dangereux. La 1ère chose à faire pour se débarrasser du mal c’est de le repérer et de le regarder lucidement, consciemment. 

 

C’est un peu le sens de toutes célébrations de pénitence. Elles n’ont pas pour objectif de nous culpabiliser, ni de nous faire comprendre que nous sommes mauvais et bons à rien, mais de nous permettre de regarder ensemble lucidement le mal qui est autour de nous mais aussi en nous.

Comme pour le serpent, c’est lorsqu’il est caché qu’il reste dangereux, dès que nous le voyons, après un moment de stupeur et d’effroi, nous pouvons réagir, l’éviter ou le chasser.

 

Avant de vivre la résurrection il nous faut d’abord lever les yeux vers la croix symbole de mort, càd regarder avec courage et audace le mal qui germe en moi insidieusement tout autant que dans le monde, ce mal que je dois combattre pour ensuite célébrer la victoire de la vie sur le mal et la mort.

 

La semaine sainte est proche… la croix apparaît déjà à l’horizon.

Désormais, notre regard ne va pas vers un serpent sans vie, image du tentateur vaincu mais il va vers Jésus, vainqueur du mal et de la mort.

L’élévation de Jésus en croix n’est qu’une première phase, trois jours plus tard, il sera élevé par la Résurrection et il nous ouvrira la route vers le Père.

Viens, Seigneur Jésus… Gloire à Toi qui étais mort, gloire à Toi qui es vivant…

 

Attire-nous à Toi et tourne vers Toi nos regards. Amen.

 

 

Abbé Fernand Sprimont

Si nous nous déplaçons à la campagne, nous allons bientôt revoir les cultivateurs en pleine action. Après avoir labouré et retourné la terre, ce sera le temps des semailles, geste tout simple qui remonte à la nuit des temps.

Geste simple peut-être… mais qui exige des agriculteurs un terrible investissement : des tonnes de graines qu’ils n’ont pu vendre l’an dernier pour les jeter en terre aujourd’hui. Si cela représente déjà une grosse dépense pour les cultivateurs de nos pays riches, c’est encore une plus terrible épreuve pour ceux des pays en voie de développement.

Quelle tentation de puiser dans les réserves qui doivent servir pour l’année suivante.

Pour manger et vivre demain il faut savoir donner et se priver aujourd’hui.

Ceci me fait penser à une petite anecdote vécue.

Un jour, un prêtre d’une paroisse de ville m’a raconté cette histoire… Une de ses paroissiennes commençait à sentir que sa santé devenait caduque et qu’elle risquait de se trouver en difficulté. Elle décida donc de prendre un appareil de télé vigilance… Pour cela, elle devait trouver au moins une personne à qui elle confierait une clé de sa maison et qui accepterait d’aller voir en cas de besoin… même la nuit.

Elle sollicita une de ses voisines, mais celle-ci refusa.

Quelque temps après, la voisine qui avait refusé dut subir une intervention délicate. Elle passa un temps à l’hôpital, puis rentra chez elle. Son curé lui rendit alors une petite visite… et au cours de la conversation, elle confia au curé : « C’est drôle… personne dans le quartier n’est venu prendre de mes nouvelles ! » - temps de silence - ne sachant que dire. Puis, prenant sans doute conscience de ce qui précède, elle dit « c’est vrai que je n’ai jamais été très voisin ! ». En entendant çà ajouta le curé, j’ai pensé à ce grain de blé que l’on doit investir si l’on veut récolter.

Se priver, donner, ce n’est pas tellement dans l’air du temps.

Dans notre logique économique, donner c’est s’appauvrir.

La logique de Jésus va en sens inverse : donner est un gain.

Naturellement on ne peut en faire la démonstration arithmétique, on ne peut qu’en faire l’expérience.

Elle est pourtant facile : imaginez un monde où le don n’existe pas ! D’abord ce monde serait inexistant puisque le point de départ est un don. La vie nous est donnée, c’est tout le sens du récit de la création dans la Bible.

Tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons est reçu : vie, éducation et même la santé… tout est don.

Une existence qui ne serait fondée que sur le mérite, le contrat, le donnant - donnant, deviendrait vite absurde : seul le don peut donner sens à la vie.

Un enseignant par exemple qui n’accomplirait son travail auprès des jeunes que dans l’unique but de gagner sa vie, sans y investir son cœur, sans se préoccuper de la construction du monde de demain, cet enseignant serait vite blasé, usé, dégoûté.

De même pour toutes professions, que l’on soit infirmière, pompier ou même derrière un guichet… celui qui ne travaille que pour l’argent, sans souci de l’autre, ne pourra jamais s’épanouir, son travail restera une pénible corvée.

Ce qui donne la couleur à la vie, même si on peut parfois connaître quelques désillusions, c’est l’investissement, le don que nous faisons de nous-mêmes que ce soit en famille, dans notre profession ou notre quartier.

N’est-ce pas déjà le message que le prophète Jérémie adressait à son peuple lorsqu’il mettait dans la bouche de Yahvé ces paroles : « je mettrai ma loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur ». Donne-nous, Seigneur, un cœur nouveau… une mentalité où on accepte de s’investir pour que nos villages ou nos communautés ressemblent un peu plus à ce que Jésus appelait « le royaume de Dieu ».

 

Abbé Fernand Sprimont